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Publié par ph.Guillaume

Imaginons que " Stagecoach " ait subi le sort de nombre de films muets de John Ford et qu'il ne reste de ce western archétypal que la séquence de l'attaque de la diligence par les Apaches. Eh bien.. cette poursuite dans le désert serait déjà un chef-d'oeuvre de court métrage.

Une diligence traverse Monument Valley, un travelling latéral nous fait découvrir la tribu indienne sur les hauteurs. Il ne s'agit pas là de diables déguisés vociférant des cris de guerre mais d' hommes saisis dans toute leur dignité de guerriers, tout aussi majestueux que le décor dans lequel il s'inscrivent, figés, le visage quasi inexpressif. Avant d'inspirer la crainte cet immobilisme solennel impose le respect. Puis le mouvement intervient et les indiens s'élancent à la poursuite de la diligence.

Chaque passager se révèle alors dans l'action. Le jeune Ringo, intrépide et courageux, monte aux côtés du postillon et du shérif, il saute sur le cheval de tête pour freiner la voiture, le joueur Hatefield ( il porte un derringer, arme favorite du joueur ) massacre de l'indien avec un certain sadisme raciste, le banquier Gatewood montre sa lâcheté de gros bourgeois prudhommesque, le représentant Peacok son impuissance de voyageur de commerce, Doc Boone son courage pragmatique, Dallas son fatalisme et madame Mallory, sa terreur de jeune femme sudiste égarée dans l'ouest.

Les munitions s'épuisent, Hatefield a gardé une balle, le plan suivant nous montre madame Mallory son bébé dans les bras, prostrée dans ses prières, Dallas,la prostituée, a un tout autre comportement devant le danger et se plie à cette fatalité qui la suit depuis toujours. Hatefield choisit une femme mais pas n'importe laquelle et son choix révèle une solidarité de classe. L'homme, en effe, a tout de l' aristocrate, sa barbe est parfaitement taillée, son costume  impeccable.

Gros plan sur madame Mallory tandis que Ford se sert de la bande son pour nous avertir de l'arrivée de la cavalerie. Hatefield va tirer pour " épargner les derniers outrages  " que les " sauvages " feraient subir à la seule dame digne de son attention, sa main entre dans le champ, et... laisse échapper le revolver..

Il y avait d'autres manières de faire intervenir la cavalerie ( indien touché par une balle, plan sur les soldats...)Ford choisit d'utiliser toutes les possibilités offertes par le cinéma pour intensifier le drame et cette séquence dit ( presque ) tout sur les personnages et leurs rapports, en les inscrivant dans le cadre grandiose et immémorial d'une nature qui n'a que faire de leur mesquines préoccupations.

 " Pourquoi les indiens ne tirent-ils pas sur les chevaux de la diligence ? " ( 1 )   A cette question idiote qui se voulait intelligente Ford se contenta de répondre : " Dans ce cas ç'aurait été la fin du film ". Ca coule de source..tout comme la mise en scène.

 (1) C'est le scénariste Frank Nuggent qui posa cette question à Ford

  

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