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Publié par S.granjon

Il traita pas moins de soixante-dix sept sujets, alliant des thémes aussi divers que l'avarice ou la beauté, l'orgueil ou la pauvreté, le secret, le remords, l'honneur ou la vengeance.

 

A la tombée du jour quand approchait la morte saison, on voyait les flâneurs déserter la rocaille et les allées feutrées des jardins Marengo. Comme des papillons de nuit, ils voletaient volontiers jusqu'aux abords de la rue Général Foy, là où les globes du luminaire au gaz offraient un raccourci des fastes parisiens.

 

UN CURIEUX BOUQUINISTE

Dans cet îlot de lumière au milieu du siècle passé, une échoppe pourtant n'avait pas reçu la grâce de la fête impériale : le 2 de la rue de la Loire ( de nos jours Georges Tessier ) ne rappelait guère les cuivres d'Offenbach. Tout y semblait morose à tel point qu'on croyait longer un bout de palissade plutôt que le négoce d'un marchand de vieux  livres.

Et il fallait se frotter le nez contre la devanture pour déceler une maigre clarté filtrée par l'abat-jour d'une sorte de quinquet. Dans ces conditions, peu de gens s'aventuraient à pousser la porte pour faire leur entrée dans l'antre ténébreux. Et les rares audacieux qui s'exposaient à heurter du front un rayonnage rudimentaire ressortaient vite, contrariés par l'indigence des titres exposés.

Les plus patients y trouvaient bien leur compte, au point qu'ils devenaient de fidèles pratiques. Cela tenait beaucoup à la personne du vendeur. Sa vie passée à lire rehaussait ses propos d'une chaleur contagieuse, qui décelait dans un insipide grimoire des pouvoirs enchanteurs. Mais il ne s'acharnait qu'à guider ses clients, jamais il ne leur mettait un livre sous le bras.

D'ailleurs il se montrait si peu intéressé qu'il négligeait fréquemment d'ouvrir sa boutique. Un jour le cadenas y resta pour de bon. Joseph Badinand avait vendu son fonds avec un reste de bouquins hérité de sa mère. Et dès lors il confia aux bords de la Loire, si près du Pertuiset, le soin de bercer toute sa solitude. Il la rendit contemplative, à l'ombre de sa mémoire nourrie d'oeuvres classiques et des souvenirs qu'abandonne la vie...

 

ENTRE EMBARRAS ET REVERIES

Il naquit le 5 mars 1800, dans une famille de cultivateurs du côté de son père, et de papetiers du côté de sa mère, fixés à la Marandinière , au dessous de Saint-Priest. De l'une il reçut des principes honnêtes, de l'autre l'attirance pour la pâte à papier.

Orphelin de bonne heure, il fut élevé par sa grand-mère maternelle, au Marais où la famille de Montviol possédait une ferme. Deux soeurs de son père, qui tenaient rue Froide ( actuelle Denis Escoffier ) un commerce d'étoffe plutôt florissant, encouragèrent son goût pour l'étude : elles lui offrirent à Verrières le petit séminaire, qu'il quitta pour Alix, où il entreprit, quelques mois durant, d'apprendre la théologie.

Du fait qu'il n'avait pas une vocation de clerc, il préféra retrouver des senteurs aimées depuis l'enfance, qui le conduisirent auprès d'un imprimeur stéphanois. Son apprentissage achevé, il partit pour Lyon, où il se plaça ouvrier typographe. Ce travail lui fit relire les classiques, et lui forgea son style par leur fréquentation. Il trouva malgré tout le temps de se marier, et celui d'être heureux ...peu d'années en ménage.

Or sa femme avait mis au monde deux filles. ce fut pour payer leur instruction chez les religieuses de Saint-Maurice en Gourgois qu'il installa, rue de la Loire, un magasin de livres anciens. Une fois qu'il l'eut vendu, il vécut chichement et pêcha à la ligne sur les rives du Pertuiset, mais il se ruina pour la pension de ses filles.

Alors il se fit employer comme expéditionnaire dans une étude de notaire, jusqu'à ce qu'il héritât de son père. Il approchait la soixantaine et repartit au Pertuiset, pour y laisser ses rêveries errer. il revenait parfois à Saint-Etienne, puisque c'est là qu'il trépassa le 4 décembre 1863. Et puis, l'année d'avant, il s'était attelé à une ultime oeuvre : la publication d'un livre intitulé " Poignée de réflexions "? dont il avait lui-même composé l'impression chez un imprimeur du 2 rue de la Croix ( actuelle rue Blanqui ).

 

AUX LISIERES DE LA MISOGYNIE

Il s'agissait de pensées, un peu à la manière de Vauvenargues, La Bruyère ou La Rochefoucault. Mais, à la différence de ces derniers, il ne cherchait pas à bâtir quelquessystème philosophique.  Il ne cherchait pas à bâtir quelque système philosophique. Il se contentait de simples observations. En s'appuyant sur d'élémentaires règles de morale, il paraissait n'avoir d'autre souci que d'être l'interprète des gens vertueux ou aspirant à le devenir.

 Mais s'il est des pensées qui apparaîtront aux uns délicieusement surannées, et aux autres scandaleusement réactionnaires, ce sont bien celles ayant trait aux femmes. En voici quelques-unes :

- " L'honnête femme, en baissant les yeux, voile sa personne et défend son honneur ".

- " C'est au vide et à la légèreté de la tête, que maintes femmes doivent de courir après la mode ".

- " Les femmes ont reçu de la nature une longue et belle chevelure, non pour qu'elle la fassent servir à leur vanité, mais pour qu'elle en voilent au besoin ce que la pudeur veut qu' une femme ait soin de voiler ".

- " De l'honnêteté des moeurs chez les femmes dépendent la vigueur des hommes, la puissance des empires et l'indépendance des nations ".

 

Chacun appréciera en toute liberté. Car émettre un jugement, ne serait-ce pas, déjà, risquer de réveiller les vieux démons assoupis ?

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