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Publié par philippe Guillaume

 

Voilà un film inspiré par la célèbre " Lincoln County war " de 1878 qui donne l'occasion de convoquer à l'écran quelques figures légendaires et aussi quelques-uns des interprètes habituels de la Batjac,maison de production de John Wayne.

" Chisum " fait partie de ces films qui allaient à contre- courant de l'idéologie dominante des années 70 et se voulaient  de manière ostentatoire les héritiers du western traditionnel. A l'époque de " Little big man " et " Soldat bleu ",cette tentative relevait de la provocation ! Ici on démolissait la légende et là elle réapparaissait avec Chisum, Pat Garret et Billy le Kid.

Au diable Arthur Penn et Sam Peckinpah ! Le Kid restait un brigand bien aimé encore plus angélique que Johnny Mc Brown ( son premier interprète ) et John Chisum, cette figure du capitalisme américain naissant, était statufié.

Le western italien ? Connais pas ! Aucune violence esthétisée, pas de femmes vénales et perverses, une belle jeune fille virginale et une épouse fidèle, le tout couronné par un mépris total de la paperasserie et des procédures juridiques.                                                             

Le point de départ est la rivalité historique de John Simpson Chisum et Lawrence Murphy, le premier, un "Cattle baron ", le second, un marchand, transporteur, hôtelier, meunier...Tous deux jouant de leur influence politique pour asseoir leur puissance ( selon Jean Louis Rieupeyrout, vénérable historien de l'Ouest, la réputation de Murphy était plus que douteuse ). Arrivent l'avocat Mc Sween et son épouse avant que n'entre au service de l'éleveur anglais Tunstall, homme bon, grand lecteur de la Bible, le fougueux Billy Bonney.

Tous les protagonistes sont réunis, la vérité historique est respectée, n'en déplaise à ceux qui prétendaient ne la rétablir que dans leurs westerns cradingues, complaisants et masochistes. L'assassinat du shérif Brady par le Kid en pleine rue, le siège de la maison Mc Sween, le meurtre de Tunstall ,tout y est !..Ou presque car Murphy est mort dans son lit et non au cours d'une bagarre homérique avec  Chisum. En revanche c'est bien le gouverneur Lew Wallace, auteur de " Ben Hur "qui ramena l'ordre dans la région. Cela dit, la complexité des personnages est mise de côté et le film est construit autour de Wayne.

" Chisum..Jooohn ..Chisum entend-on dans la chanson hagiographique du début, chanson ponctuée par un récitatif laudateur. On glisse de la toile peinte manière Remington à un John Wayne, souverain, contemplant son domaine, qu'on retrouvera à l'identique sur le même promontoire au terme de l'aventure. C'est lui le " patron "qui, deux heures durant, nous aura gratifiés de sa présence tonique et roborative. 

Personnages et acteurs se confondent, les uns regrettent la prairie perdue, les autres les chevauchées fordiennes. Ben Johnson, Richard Jaeckel,Bruce Cabot, Forrest Tucker adoubent une jeune garde qui ne fait pas la maille et ne prendra jamais la relève ( Cristopher George, Andrew Prine, Glenn Corbet).

Si Wayne agit comme vingt ans auparavant  ce n'est plus " Rio Bravo " ou " Fort Apache "car le western est, alors, devant un dilemme cornélien : se figer en exploitant les vieilles recettes ou mourir en levant le masque !

Les carottes étaient déjà cuites et le " Duke " évitera de les servir en purée en mettant en scène dignement son propre mythe dans " Le dernier des géants "....       

                                                          

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Harry.L.Blackbird 25/09/2011 10:49



Merci pour cette analyse pertinente. Dans la jungle cinématographique, Ciné-Phill est le guide indispensable.


Vivent les bons vieux westerns lyriques! Mais comme disait Jzépluky,le bon vieux western est mort à partir du moment où le cow-boy s'est mis à penser plus que son cheval.


Et le bon vieux western ne prend-t-il pas déjà un coup de colt dans l'aile à partir de "L'homme qui tua Liberty Valence"?, chef d'oeuvre nostalgique de John Ford et avec John Wayne?


Amitiés.