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Publié par Philippe Guillaume

Sans hésitation des deux mains, du coeur et de la tête, je me rallie à l'opinion de Stéphane Bourgoin : indiscutablement, " 20000 lieues sous les mers " est un des plus grands films d'aventures de l'histoire du cinéma ". Un récit aux résonnances mythiques mettant en scène des personnages d'une étonnante complexité psychologique. A chaque vision du film on s'identifie alternativement à chacun d'eux.

D'abord, au capitaine Nemo, fascinant James Mason, esthète misanthrope, rêvant d'un univers marin beau et harmonieux débarrassé de l'humain. Il recueille trois hommes qui causeront sa perte et le remettront en contact avec cet " humain trop humain "du temps où il jouait le jeu dans un monde qui fit de lui un sous-homme réduit en esclavage. Dans son Nautilus, entouré d'un équipage de réprouvés,il torpille  sans états d'âme les salauds de la surface.

Face à lui, Kirk Douglas le harponneur Ned Land, mal élevé, vulgaire,le torse saillant sous le maillot mouillé, tout entier mû par l'appétence nihiliste d'une liberté sans frein. Aronnax, le savant positiviste, vieil humaniste un tantinet casse-bonbon que Paul Lukas débarrasse du ridicule des Tournesol et autres Nimbus. Et enfin Conseil, l'ingrat, le serviteur fidèle, pleutre et timoré, néanmoins  profondément attachant, à qui le rondouillard Peter Lorre prête ses yeux globuleux.

Aronax, le scientifique perd la partie devant Nemo et Land,les certitudes du XIXeme siècle seront battues en brèche par les passions du XXeme et l'explosion de l'île devient une anticipation allégorique des hécatombes à venir.

Certes, Jules Verne n'est pas pour rien dans la réussite du film, on regrette l'absence de l'épisode racontant la découverte de l'ATLANTIDE, mais on fait sans remords l'impasse sur le relevé encyclopédique fastidieux des espèces sous-marines. Et c'est tant mieux ! De là à voir un film supérieur au roman il n'ya qu'un pas que je n'hésite pas à franchir.

L'otarie Esméralda, dont les exhibitions rigolotes commandées par les studios Disney sont on ne peut plus déplacées, est le seul élément féminin du film et les rapports entre Land et Nemo apparaissent des plus ambigus. Lors de la célèbre attaque du calmar géant qui permit au film de recevoir un oscar pour les effets spéciaux, Nemo  est près d'être englouti par le bec corné de l'animal qu'on assimile sans mal à un sexe féminin géant et Ned Land,  viril harponneur, sectionne la tentacule du monstre.

" Pourquoi m'avez-vous sauvé ? " demande un Nemo hagard et sceptique. Va savoir...ni l'un ni l'autre ne peuvent répondre à cette question cruciale !

Dans " Violence et passion " le vieux professeur Burt Lancaster réfugié dans son appartement vétuste est profondément ébranlé par le jeune Konrad, Luchino Visconti et Richard Fleischer sont plus proches qu'ils n'en ont l'air, c'est l'irruption de la vie et de la sensualité qui causera la perte du Nautilus et la mort du capitaine Nemo pour le pire et le meilleur.

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