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Publié par hacène Bouziane

IMGP1348[1] « Qu’il y’ a-t-il à l’intérieur d’une noix, que voit-on quand elle est fermée ? »

 - Au beau milieu de la dernière noyeraie sauvage de mon Périgord natal, paisiblement adossé à même le tronc centenaire du prime noyer géniteur, de ce verger hors d’usage,  je rêvassais, le temps d’une fin de saison estivale. Mille et une pensées désaccordées me projetaient, dans la sensation ouatée d’un doux rêve éveillé. La réalité fuyante des certitudes laissait place aux illusions concrètes du désoeuvrement des jours chômés, depuis que les virtualités assassines de la financiarisation globalisée, avaient eu raison de l’économie réelle, pourvoyeuse de concrétisations salariales, pour une infinitude de petites mains ouvrières, notamment les miennes.

Il y a peu encore, comme mes congénères, je vendais encore ma capacité de force laborieuse,  chez les barons Chagrins, fermes et doux maîtres de nos destins.

Parce que l’on nous avait inculqué très tôt dans le monde enfantin, sous les auspices de la bannière cocardière, la maxime sacro-sainte, qu’il fût noble de gagner dignement son pain quotidien, tout au moins pour le patriote soucieux de son rôle de chef de famille ; Nous ne cherchions pas véritablement l’émancipation de l’être et revenions inexorablement, par le biais de multiples populismes, aux fondements initiaux d’une quelconque forme progressiste, sans se rendre compte des vilains tours d’illusionnisme, en cette histoire-là.   Ainsi nous ne mordions aucunement la main qui  nous nourrissait si bien, sans soucis du lendemain, quitte à mourir pour cette protection séculière.

Par malchance la prégnance de l’appât du gain fut intronisée sans contrepartie, par un esprit libéral malfaisant. Une engeance malsaine accentua la dégénérescence filiale de nos fermes et doux maîtres de nos destins. Ils nous livrèrent aux chiens de la spéculation, ces bailleurs de fonds du travailler plus pour beaucoup moins de gains, jusqu’au jour où il ne resta presque rien, que l’appât d’une vaine allocation de crève-la-faim.

Cela en était fini de la servitude tranquille, de ces journées laborieuses, de toute une vie placée sous l’égide du travail, famille, patrie, soit dit en passant, qui pouvait se travestir en une indéfinie déclinaison. Sans avoir pu compter mes points  d’une retraite bien méritée, un beau matin de septembre, j’ai jeté la clef de la raison gardée, par-dessus la barrière, sans jamais plus me retourner en arrière. Pourtant l’emprunt des chemins de la liberté ainsi retrouvée me ramenait inexorablement vers ce verger abandonné, en lisière de la veille chaumière de mes pères.

Souvent ma mère me comptait la vie ancestrale, de cette paysannerie pauvre, mais riche de par ses traditions millénaires, propices aux fructifications saisonnières, raisonnées, offertes par une terre  de générosité nourricière. Une émotion passagère se saisit de mon petit moi éphémère, qu’est ce que j’aurais bien pu faire, pour que soit asséchée l’amertume des larmes de ma mère ? Mettre un terme brutal à la lignée de mes pères, n’aurait été que lâcheté passagère, sans autre résultat, q’une errance infinitésimale, de mon âme dans les affres de l’espace intermédiaire.  Là où le destin se dérobe, la providence interagit secrètement.

Il suffit que la maturité d’un fruit à coque vienne à tomber juste à point nommé, là àNum-riser0060.jpg l’extrémité de mes pieds, pour que la lumière de l’espérance retrouvée se saisisse fermement, de la noirceur de mes tourments.

Sans trop de réflexion, instinctivement, mes sens aiguisés de curiosité m’intimèrent le saisissement, d’entre mes doigts,  de cette drupe échouée à mes pieds. 

Ce fruit charnu octroyé par la générosité naturel de ce bon vieux noyer, m’intrigua et je me mis aussitôt en quête d’en dévoiler le mystère. A cet effet je comptais, bien user de la remémoration, de toute la puissance héréditaire, d’un savoir-faire issu d’une filiation ancestrale, secrètement tapie dans les tréfonds de mon psychisme endolori. 

J’en dégageais délicatement le noyau. Une coquille admirablement lignifiée, sur l’ensemble de ses deux hémisphères, presque symétriques, donc en l’occurrence asymétriques, dévoilait à mes yeux  toute la générosité chaleureuse d’une coloration ocre jaune, finement déposée en nervures crevassées.  Cette vulgaire coque de noix, au profil ovoïde d’à peine quelque deux petits centimètres cubes, semblait receler en ces intérieurs bien des mystères. Une pensée étrange se saisit de ma conscience, entièrement occupée par l’effet de cette vulgaire contemplation singulière, qui plus est curieusement occasionnée par la présence d’un fruit sec. J’eus la fulgurance de la certitude, que mon destin se tenait entièrement renfermé, dans les secrets intériorisés de cette simple coquille, que mes espérances les plus sincères, ne souhaitaient aucunement vide. 

La vocation de devenir en partie nuciculteur, ne me quitta plus, depuis cet instant contemplatif. Je m’empressai à l’aide de mon couteau, fine lame héritée de mes aïeuls, de séparer délicatement les deux hémisphères striés de ce fruit providentiel, destiné à être l’objet passionné de ma  vocation soudaine.

Num-riser0065.jpgChose faite, j’en dénoisillageais méticuleusement une amande d’un blanc jaune écru, composée de deux cerneaux présentant des circonvolutions, qui me firent immédiatement penser au cerveau humain, que des docteurs neurobiologistes zélés disséquaient, sur leurs Ipads, en quelques salles lumineusement obscures. L’amande débarrassée de son zeste et ainsi mise à nu,  ordinairement destinée à l’essor d’un futur arbrisseau, à vocation de noyer, ne se fit pas prier pour être mise en bouche, en l’occurrence la mienne.

Sa chair tendre et goutteuse, me permit d’en déceler toute la valeur nutritive, riche en lipides, protides et autres glucides, sans oublier sa valeur conséquente en oméga 3, mélatonine, magnésium,  fibres alimentaires et multiples vitamines. Au vu de cette érudition soudaine, je ne cache pas mon propre désarroi. En matière de sciences de la vie et de la terre, propices au jardinier contemplatif, l’onction du saint esprit de l’écologie serait-elle une des conséquences de son baptême naturel, même tardif ? Seul le semeur primordial, le sait !  

Pour ce qu’il en est de la transformation sacrificielle, de cette petite amande doucereuse, nous pouvons escompter, la bénédiction d’un véritable bienfait nourricier, protecteur, à usages alimentaires multiples. Sous forme décorative, entre deux feuilles de salades, elle contribuera au craquant de la fraîcheur saladière. Astucieusement répartie sous forme pâtissière, tartinée en confitures ou sous forme de miel, elle honore les palais des plus fins gastronomes, même de ceux en culottes courtes.  

Les pains et les fromages la revendiquent telle une invitée prestigieuse, qui stupéfiera les fines bouches. Ses vins et ses liqueurs sont à consommer avec modération, pour ne pas tomber en quelques-unes de ces soûleries de vile canaille. Sa noblesse impériale elle la tire de son huile, qui seulement se laisse  assaisonner, laissant la friture et la cuisson à d’autres.   Tout dans ce fruit exprimait la générosité, même le péricarpe recouvrant la coquille, pourtant n’étant pas comestible, émettait un jus tenace en tache, nommé sous le vocable poétique de brou de noix.

Son usage multiple, propre à la teinture et surtout à la peinture, me permettrait d’étendre ma vocation à une certaine pratique artisanale. Si l’hiver se montrait  trop vif, une bonne réserve de coquilles vides, alimenterait généreusement un feu de fortune. Toute cette diversité si généreusement produite par ce noyer centenaire, me mit du baume au cœur. 

Je m’empressai, en guise de remerciement de l’enlacer et l’embrasser à satiété, tout en lui promettant de prolonger sa mémoire, une fois trépassé,  par l’utilisation de son bois pour la confection de quelques beaux meubles d’ébénisterie, naturellement recouverts d’une belle ronce de noyer. 

Ivre de cette perspective salutaire, liée à une certaine et relative autonomie existentielle retrouvée, je levais les bras au ciel pour y recueillir une seconde noix.

En ses intérieurs, s’y logeait ma destinée, à présent je pouvais la visualiser clairement.

Tel un talisman divin, je logeai cette simple coquille de noix dans la poche intérieure de mon veston, là bien au chaud, tout près de mon cœur. A présent il ne me restait plus qu’à me mettre en besogne, pour rénover la chaumière de mes pères, réhabiliter le verger abandonné, en une jolie petite noyeraie, biologique, cela va de soi. Une partie jardinière et quelques ruches suffiraient amplement à joindre les deux bouts.  Y permettre la cohabitation de quelques fraternelles animalités, ne serait pas des plus inappropriées, surtout pour la confection de quelques bases fromagères, propices à « l’encrèmement » de quelques noix. Sans plus attendre, je me dirigeai vers  la petite chaumière de mes pères.

Une porte entrouverte laissait présager quelques occupations clandestines…

Sans trop y réfléchir, j’exprimais ma présence par un sifflement digne d’un rossignol moqueur… Une mélopée de vocalises féminines, y répondit favorablement…

Une belle étrangère, aux doux parfums d’olives et d’amandes douces, mélangés, se dévoila de derrière un énorme tas de coquilles de noix… Un suave Salam, en guise d’accueil… Elle me conta mille et une histoires, à propos d’une espèce de pèlerinage de l’Amour, qui l’avait acheminée jusqu’en cette chaumière abandonnée… Une irrépressible nécessité de besogne, l’avait amené à gauler et à amasser ce tonnage de noix…

Maintenant la main posée sur mon cœur, elle en discerna cette forme qui lui était devenueNum-riser0070.jpg familière… Et sans plus attendre, elle me posa une étrange question : « Qu’il y’ a t il à l’intérieur d’une noix, que voit-on quand elle est fermée ? » … « L’Amour clarté de toute une vie en partage »… lui répondis-je. 

Le tas de noix fructifia et finança nos premiers travaux de rénovation… Le rêve enchâssé au creux d’une toute petite noix, s’élança tel un majestueux noyer, les racines bien ancrées au ciel, pour qu’y fructifient en partage, mille et une histoires du Rêvé… 

Le ventre de la belle étrangère, aux doux parfums d’olives et d’amandes douces, mélangés, prit, à multiples reprises, la forme d’une demi-sphère de coquille de noix…

La question de ce qu’il pouvait recouvrir comme secret, ici, ne se pose pas… 

A la fin de l’hiver de ma petite vie, sous le regard chaud d’êtres aimés, je transmis à mon aîné, cette petite coquille de noix, simple symbole d’Amour,  que j’ai partagé et porté au cœur tout au long d’une vie de paysannerie…  Sachant bien que d’autres le portent au cœur, tel des noix d’arec, du brésil, de cajou, de coco, de ginkgo, de gueguin, de kola, de macadamia, de muscade, de pékan, de vomique…En somme tout un collier de noix d’Amour… Qui se conte en de multiples dialectes.  

Toiles Hacène Bouziane

 

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