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Publié par elsapopin

LE COURRIER DU TSAR

 ( suite du 6 juillet )

Résumé : 1906 - Narcisse Lecardinois, expéditionnaire aux chemin de fer prétentieux et ridicule, se plaignant sans arrêt de ses chefs et de son emploi, se considére comme un poète au talent incomparable depuis qu'il a reçu un prix...Ayant appris qu'écrire un poème à un grand de ce monde  ( roi, empereur...) était souvent récompensé, il décide pour la naissance de la fille de tsarine de lui écrire un poème...

 

 Le soir même, car Narcisse n'était jamais à court d'inspiration, le soir même, un sonnet qui, n'étant pas sans défauts, ne valait pas un long poème, partait à l'adresse du tsar...

le poète-expéditionnaire n'avait conté à personne, pas même à sa femme, qu'il avait tenté de resserrer dans la mesure de ses moyens, les liens d'affections qui attachaient la Russie à la France.

Il n'ignorait pas, en effet, que son envoi pouvait ne pas toucher l'empereur. Qu'un secrétaire négligeant omis de lui en parler, et jamais il n'en n'aurait de nouvelles.  Qui qu'il lui en coûtait beaucoup, il préférait donc se taire. car Mme Euphemie Lecardinois et ses collègues jugeraient certainement que ses vers étaient médiocres, si de Russie n'arrivait pas quelques lignes de remerciements...

Quinze jours se passèrent sans que Narcisse reçût la lettre espérée, et, comme il ne doutait pas des qualités de sa poésie, il commençait à penser que le politesse n'était pas la vertu dominante du tsar.

- " je lui accorde, se dit-il, une semaine encore pour me répondre. Si d'aujourd'hui en huit, rien de lui n'est parvenu, je le tiendrai pour un pignouf ! "

Il n'eut pas, heureusement, à traiter aussi cavalièrement l'empereur de toutes les Russies. Avant l'expiration du délai qu'il s'était fixé pour médire du tsar, il reçut une lettre de son ministre des Affaires étrangères, qui lui apprit que sa Majesté avait été " très émue " de sa délicate et charmante attention ".

la joie et l'orgueil du poète ne connurent plus de bornes. A tous ses collègues, à tous ses amis, à tous ses voisins, Narcisse Lecardinois lut l'épître du ministre russe. Mme Lecardinois en parla à son boucher et à son épicier, et aux saluts que ces commerçants lui firent , Narcisse comprit que, désormais, il était un haut personnage.

A l'administration, il fut un autre homme. jusqu'alors, il s'était contenté d'être ridicule. Il devint odieux.

Toisant les gens, s'immisçant dans toutes les conversations, il donna, le verbe haut, des avis qu'on ne lui demandait pas, imposa son opinion et traita d'imbéciles ceux qui s'avisaient de ne pas la partager. Cette attitude, après avoir amusé, choqua.

Lucien Michois, le rédacteur élégant, estima que l'outrecuidant poète méritait une leçon, et il confia au vieux commis d'ordre Boutot, son intention de jouer à Narcisse un tour dont il conserverait , à coup sûr, longtemps le souvenir...

L'idée de Michois devait être comique, car Prosper Boutot, après avoir ouvert de grands yeux ahuris, fut pris d'un fou rire qui le suffoqua. Elle n'eut pas moins de succès auprès de Loustanol, l'archiviste, et de Planot, le sous-chef de bureau, qui, malgré son grade, ne répugnait point à se divertir aux facéties de ses subordonnés...

A suivre vendredi prochain.

 

bon apres midi

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