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Publié par elsapopin

Au milieu d’un parterre enrichi des couleurs
De mille autres charmantes fleurs,
Brillait la rose la plus belle
Dont jamais le printemps eut paré nos jardins ;
Mais les attraits les plus divins
Ne donnent pas le droit d’être fière et cruelle.
Or, notre rose rejetait
Tous les vœux que lui présentait
D’adorateurs une foule empressée,
Et se trouvait très offensée
De la liberté qu’on prenait.
Il convient bien, se disait-elle,
De venir m’obséder ainsi,
Et de me fatiguer par les preuves d’un zèle
Si peu digne de mon souci.
Arrive sur ces entrefaites
Un jeune et léger papillon,
Éblouissant d’azur, d’or et de vermillon,
Et surtout, comme on sait, grand conteur de fleurettes
Pareil galant se dépêche bientôt
De parler d’affaire amoureuse ;
Aussi fut-il accueilli comme il faut
De notre beauté dédaigneuse,
Qui vous le régala d’un mépris si piquant,
Qu’on vit, pour cette fois, le pauvre volatile
Renoncer au métier d’amant,
Et s’enfuir, tout honteux, au plus prochain asile.
Tout à coup le ciel s’obscurcit,
L’air s’allume et s’appesantit,
La foudre ouvre les flancs d’un immense nuage.
Qui crève, et par torrents inonde les vallons ;
Les feuilles, les fleurs, les boutons,
Tout roule pêle-mêle en ce commun naufrage.
Arrête, dieu cruel ! Ah ! fais grâce du moins
Au parterre où repose un si charmant ouvrage ;
Conserve-nous l’objet de nos plus tendres soins.
Mais c’en est fait, hélas ! et la rose effeuillée,
De ses frêles attraits est très dépouillée.
Alors du papillon,
Dit-on,
Elle regretta les hommages.

Apprenez, beautés trop sauvages,
A mettre à profit vos beaux jours ;
Craignez de voir bientôt flétrir, par les orages,
Les fleurs dont vous orna la saison des amours.

Almanach des Fabulistes

 

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Christian Gastou 09/10/2019 10:33

Belle fable; mais si la beauté est éphémère, finalement est-ce bien là l'essentiel!?