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Et puis il y a tes yeux.
Des yeux dans lesquels on peut lire des histoires,
celles que tu n’as pas entendues,
celles qu’on t’a trop racontées,
maman, s’il te plaît, juste une fois raconte-moi le livre,
tu sais, plus tard, quand je serai grande,
je pourrai t’en lire moi aussi.

Et puis il y a tes yeux.
Des yeux dans lesquels crissent des balançoires,
bruissent des secrets que les grands ignorent,
des souvenirs de genoux écorchés,
les ballons rouges qui s’échappent,
et ce premier voyage sans les petites roues,
dis, papa, pourquoi n’es-tu pas là pour applaudir ?

Et puis il y a tes yeux.
Des yeux dans lesquels chantent les Roméo
des cours d’école, à l’ombre des marronniers,
des premiers baisers et des mains qui se touchent,
qui croient que rien ne part,
que rien ne meurt,
dis frangin, ramène moi la lumière de ton départ.

Et puis il y a tes yeux.
Des yeux de petite fille qui veut qu’on la rassure,
échoués dans un corps d’adulte,
mais qui, entre ciel et terre, jouent à la marelle,
à la poupée, je t’aime d’amour puisque tu es ma fille,
un, deux, trois, soleil,
dis, la vie, pourquoi tu t’amuses toujours à me faire pleurer ?

Et puis il y a tes yeux.
Cette fractale du temps des robes blanches,
qui vole en éclats d’iris,
quand viennent s’échouer sur tes rives les poètes,
les chiens errants et les manque de tout,
de ceux qui n’ont d’espoir que de voir
une dernière fois le jour drapé de rêche se lever.

Et puis il y tes yeux.
Livre ouvert sur ce que nous fûmes,
ce que nous serons sans doute,
où l’on peut lire, juste en fermant les paupières,
les « je t’aime » hésitants,
tracés à la craie sur les tableaux noirs,
et les cicatrices rougies à l’existence de notre enfance.

Photo Julie Ladret

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