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Publié par ludovic Richard

Luc, le personnage imaginé par Ludovic Richard débarque sur le Blog comme un feuilleton qui nous incitera à suivre chaque semaine les aventures, illusions, désillusions, pensées de ce trentenaire( quasi quadra ) qu'on a pas forcément envie de côtoyer... un brin marginal, solitaire, désabusé, pessimiste sur le monde qui l'entoure mais tellement en quête d'un " sursaut de fraternité, d'amour " de la part de cette humanité en laquelle il ne comprend plus rien ( peut-être par ce qu'il se pense lui-même n’être plus rien ? ) qu'au final on se surprend à vouloir en savoir plus sur lui et sa vie...peut-être aussi parce que quoi qu'on en pense il est bien plus proche de nous qu'il n'y paraît ...

Rendez-vous donc chaque lundi pour suivre LUC !

Ça c’est Luc. Luc, c’est un mec normal. Bientôt quadra, divorcé, des enfants… Par contre il n’en veut plus. Sinon, il a deux chats. Il aime bien ça, les chats, Luc, parce qu’un chat, ça se démerde plus ou moins seul. C’est le genre de gars que quand tu le vois, tu vois que ça va pas.

Là Luc, il erre comme un plancton dans les artères de la ville où il crèche depuis qu’il est venu au monde. Il fait beau. Il fait bon aussi. 
Dans le quartier, on l’appelle pas. Il ne connaît personne et personne ne le connaît. Il est tout le temps seul Luc. Faut dire que ce n’est pas vraiment ce que l’on peut décemment nommer comme une moitié de con Luc ! Mais il l’accepte, il fait avec… alors bon… Luc ne croit quasiment plus en rien -pas même en lui d’ailleurs- mais il aime la pierre et les bougies. Alors, il n’est pas impossible de le surprendre en train de pénétrer dans une église… ou n’importe dans quel autre temple érigé au nom de n’importe quelle autre croyance. Tous les mêmes les dieux pour Luc. 
Bref, il entre dans la cathédrale qu’était posée là, sur sa route.
C’est marrant, ça résonne !
« Le moindre petit bruit prend de l’assurance en un tel lieu… mais pas ces voix-là ! Sont-elles dans ma tête ? » se demande Luc. 
Une sorte de curé débarque et lui propose une confession. Luc lui répond poliment qu’il n’a pas vocation à écouter les insanités qu’un mec qui n’a pas droit au sexe, qui bosse avec des cadavres et des enfants et à qui son dieu et maître pardonne tout, a pu faire dans sa triste vie, puis tourne les talons. Le curé reste coi. Luc s’en va. Il voulait juste mater des pierres et des bougies, lui, après tout…

Luc rentre chez lui. Il est du genre inquiet. Il observe son environnement en permanence. Il n’a pas confiance. Sauf quand il est bourré… Forcément. Mais passons… 
Il marche assez vite, Luc, c’est un piéton de souche. Et, à regarder la façon dont se comportent ses contemporains sur le trottoir, il se dit que c’est pas si mal, la marche. C’est moins dangereux. 
« Sont pas foutus de garder la même allure ou la même trajectoire sur vingt mètres… à pied ! Alors, ils ont vite fait de te retravailler la viande façon mixer avec une tonne lancée à cent trente entre les mains » songe-t-il, le mégot éteint de son vieux joint au bec. Il est blasé, Luc.

Il doit acheter des clopes et des feuilles. Il s’engouffre dans le tabac où il va presque toujours… Comme pour le bar… Il change souvent de corps Luc, mais pas trop de comptoirs. 
Il y a du peuple. Ça le fait chier. Mais il ne résiste pas à une envie de fumer. Il ne résiste pas à grand-chose dans l’absolu, d’ailleurs… Mais là n’est pas l’objet de la bafouille… oui, si elle en a un.
Pour tuer le temps, il attrape un magazine au hasard. Il lit « Recherches les plus tapées sur Google », puis, plus loin « Comment sortir d’une dépression ? » qui était troisième au classement. Ça l’a pas aidé à être ambitieux pour l’espèce.
« Bordel, ils sont là, ils n’en peuvent plus de leur solitude, ils en crèvent… et, pour en sortir, ils se tournent vers… un moteur de recherche à la con ! C’est cuit, c’est bon… La boucle est bouclée. » réfléchit-il en reposant le torchon à l’endroit où il ne l’avait pas trouvé. Il est un peu paumé, Luc.

Enfin chez lui. Il pose son cul dans le canapé, s’ouvre la Chimay qu’il vient de chasser dans le frigo et rallume le vieux mégot gisant entre ses lèvres. Il pense. Il n’est bon qu’à ça Luc, penser. Il se demande pourquoi il ne pige rien à rien ici-bas ; rien au monde ; rien aux autres bipèdes qui lui ressemblent pourtant. Il est persuadé que se faire blanchir l’anus ou maquiller la shnek pour se sentir présentable et ne pas prendre en compte les voix de ceux qui ne se retrouvent dans aucune des idées des partis établis au sein d’une démocratie ne sont pas des signes forts d’une quelconque forme d’évolution. Il affirme qu’on ne peut pas être à la fois raciste, misogyne et intelligent ; que c’est comme violent, pédophile et sympa… ça colle pas. 
Bref, il a perdu la foi, Luc, la plupart du temps… Mais il lui arrive encore, comme ce soir, d’aller se pieuter en essayant brièvement de se convaincre que ce Monde n’est qu’une immense blague ; qu’il ne peut en être autrement ; et que demain, lorsqu’il ouvrira les yeux, y’aura un gus planté là qui lui soufflera :
« -Allez souris frérot… En fait on déconnait ! »
Il a une drôle de manière de jouer les optimistes, Luc…

Photo Julie Ladret

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