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Un chemin de terre noire bordé de fleurs gelées serpente
sur les bords d’un volcan endormi. 
Vaches et moutons ont rejoint étables et bergeries. En bas, la gare routière est sur
le point de s’écrouler, un panneau mal enfoncé dans un cube de béton nous dit
de faire attention mais à quoi exactement je n’en suis pas certaine. 
Je suis montée là haut pour être avec toi. Encore une idée « à la con ».
Tous mes gestes, tous mes efforts, tous mes moyens sont vains, parfois
j’accepte de n’être que de passage et j’entends des applaudissements
quand je dis que tout cela ne durera pas plus longtemps qu’une décennie, 
sachant que je disais déjà cela il y a dix ans.

Je suis chez moi dans cette brume froide qui immobilise des arbres nus. 
Ici, l’après-midi et en début de nuit, les chiens aboient, leurs aboiements
se cognent contre les hautes maisons. Ils aboient sans te regarder, 
ils aboient parce qu’ils sont là pour ça, on les nourrit pour ça, on les garde en vie
pour ça et dès qu’un des chiens te voit passer il avertit les autres, au fond des jardins, des enclos,
des niches à côté des poulaillers. Dans la fosse des volcans l’orchestre des langues
pendues et des oreilles dressées joue à rompre l'hiver. 
Nous faisons exactement la même chose. Nous ne sommes pas plus forts sur deux pattes.

Encore trois kilomètres et je serai, enfin, prisonnière des collines de sapins. Des coups
de feu résonnent entre les arbres, la saison de chasse n’est pas terminée, lentement
je me souviens des mouvements pour ouvrir un fusil, le casser en deux comme un distributeur
de bonbons pez. 
La montée n’est pas difficile, il suffit de cracher un peu de sang dans le fossé quand
il encombre la gorge et après les jambes font le reste. 
Une fois devant la petite cabane fermée il faut tourner à droite, emprunter une ligne irrégulière entre deux champs vides et marécageux. Le froid a tout pétrifié. Sauf les chiens, mes jambes, et le cur
qui bat dans mes oreilles.

Il n’y a de chaleur que dans le souvenir de nous. 
Il n’y a de chaleur que dans le silence que ce souvenir impose.

 

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