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Publié par philippe Guillaume

Comment s’y retrouver ? Enfant on joue à la guerre, on vous inculque le culte du « winner » et puis on saupoudre de perlimpimpin idéologique votre désir de reconnaissance, et vous voilà « marine » au cours d’une guerre forcément sale comme toutes les guerres.

On s’aperçoit vite que le Bien contre le Mal, la croisade de la civilisation ont leur contrepartie d’hôpitaux sordides de merde et de dégueulis. Punition suprême, le culte du phallus conduit à la castration.  Pour Ron Kovic ( alias Tom Cruise ) c’est la descente aux enfers mais ce culte de l’Amérique qui se rêve au pluriel est basé sur des assises psychologiques qui ont des résonnances chez tous les individus. A la fin du film Kovic retrouve le lien avec son passé et le moyen de vivre le rêve américain sous une forme pure et non dévoyée. Il déchiffre enfin son destin, il est né un 4 Juillet pour redorer le blason de la constitution et pour en appliquer l’esprit, pas la peine de tout renier, il suffit de sortir de la voie déviationniste.

Le triomphe de Ron Kovic à la convention démocrate de 1976 prouve qu’une Amérique débarrassée de ses « bad guys » sera plus belle et plus fidèle à ses principes bibliques.

 Le cinéma américain conserve son schématisme tout en inversant les données du problème. Kovic loin d’être un looser ou un paria rejeté a finalement trouvé sa place au sein du système en publiant un livre et en devenant un personnage.

 Dès l’enfance, les signes annonciateurs se multiplient. La mère de Ron le voit s’adresser à une foule et lui dire des choses « merveilleuses ». Le gamin sort de l’anonymat en tentant d’être le premier en sport avant de rejoindre le corps d’élite des marines.

Manque de pot, cet épisode guerrier conduit au mépris, à l’incompréhension et à l’hostilité. Le 4 Juillet 1969, il parade, médaillé, dans une voiture décapotable et reçoit quolibets et injures. Spectateur halluciné, passif, docile, pris dans la bousculade au milieu du campus, il descendra encore plus loin vers le lumpenproletariat du Mexique. Qu’il rencontre là-bas l’interprète du Jésus de Scorsese, l’inquiétant Willem Dafoe, ne doit rien au hasard.

Revenu, régénéré, il va enfin trouver cette place que son passé de guerrier patriote n’a pu lui donner. A la fin, dans la dernière séquence ( lumineuse celle-ci ! ), il est conduit vers les sunlights de la politique. Son visage a changé, sa mine n’est plus celle d’un clochard hippie, il est habillé, coiffé, lustré, peigné.

Nous sommes dans l’après Watergate, Silicon Valley ouvre les bras aux anciens des campus. En France, Serge July et Bernard Kouchner sont en passe de devenir des notables. Enfin la prophétie de la mère a un sens : on respecte Ron, on l’entoure, on quémande des autographes. Deux jambes et une paire de roubignoles en moins ne changent rien à la chose, Ron Kovic entre dans l’histoire de l’Amérique.

On eût préféré en rester au désespoir du voyage au bout de l’enfer, et à la critique de l’inspiration biblique du rêve américain. Comme disait Godard, faire des films politiques c’est bien, mais faire politiquement des films, ce serait mieux !

 

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