Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

IMGP1337[1]Nous pratiquons certains rites, qui se réfèrent à toute une symbolique, pas si éloignée de certaines pratiques héritées de la Celtide et assez proches de la pratique chrétienne du premier siècle. Ce qui n’empêche pas certains d’entre nous de pratiquer, les rites, soit  musulmans, soit catholiques, soit orthodoxes, voire bouddhistes.

La religiosité nous importe peu ! Pourvu qu’elle soit viable, seule la spiritualité légitime nous guide, sur les grandes eaux tumultueuses du voyage sans retour !

Les saisons, la cosmologie, rythment par analogie, tous nos instants de vie, de la naissance à la mort. Ne va pas croire qu’ils sont contraignants, ils sont à la mesure de chacun de nous, d’où notre sens inné, pour une certaine forme de hiérarchie, plutôt matriarcale, car plus douce et plus compassionnelle, que la rudesse patriarcale.

La vieille Maria demeure garante de notre légitimité, aux yeux des autres clans Rroms.

Les trois autres roulottes sont occupées, par trois matriarcats avisés, régisseuses des trois autres orientations de l’espace. Au centre demeure Sainte Sara, en communion avec le ciel.

En dessous, c’est le domaine des vieux, plus spécialement issus de la corporation des forgerons.

Contemplation et compassion nous sont des maîtres mots, dans tous nos usages de veille, voir d’éveil, pour nous le domaine du rêve comble les manques et fait le lien entre ce qui semble illusoirement séparé. 

La gent masculine n’est pas en reste, puisqu’une certaine forme, subtile, d’androgynie primordiale, nous permet de résoudre toute problématique liée au dualisme apparent. Dépasser le domaine de la dualité, n’est pas une simple histoire de concept, ni même une pure notion d ‘égalitarisme, mais fondamentalement une de nos aspirations spirituelles, des plus précieuses, de notre point de vue, de pauvres créatures. Peut être, une synthèse des multiples voies menant à l’Identité Suprême ? 

L’homme garde ses prérogatives dans ses domaines de prédilection, mais toujours avec l’aval de  Maria, garante de tout ce qui vient à manifestation dans le camp.

En concertation avec les trois autres matriarcats, Sofia, Prudence, Espéranza et les quatre anciens, Abel, Adam, Emmanuel, Mohamed, Maria sait mener à bien ses missions et fonctions, tout en usant de l’intelligence de la délégation, appropriée, pour chacun des domaines, existentiels de notre quotidien. Un vrai moteur immobile, si l’on peut dire !

La démocratie fait force de loi, ici, chacun à sa mesure, a sa voix au chapitre au cours des décisions communes.

Les tâches domestiques, la recherche de subsistance, sont réparties, harmonieusement et sans contrainte.

Toutes nos activités artisanales, artistiques, banales, se déroulent, suivant des schémas de phases, d’apprentissages, de confirmations, de perfectionnements, de réalisations, un ensemble partagé par tous, suivant ses propres capacités.

Cette attitude d’humilité et d’ordre face au Mystère de la vie, traduit parfaitement notre adage : l’action inspirée par la méditation, simple  reflet de se sentir en puissance et en actes, ce qui signe notre profond respect pour la création.

La vie nous est contingente, comme pour le commun des mortels, faite de joies, de peines, de Révélations, nous la prenons simplement, comme elle se présente, puisqu’elle demeure, un véritable miracle, preuve du Mystère.

A chaque instant d’un cœur qui bat la bonne mesure, nous nous unissons au Principe.

La fête, ne nous est pas étrangère, elle prend souvent des accents de programmations religieuses, mais demeure ouverte à tout événement qui nécessite une célébration, digne de ce nom. Un rien nous rend heureux !

Tu vois, nous sommes bien occupés !

Num-riser0067.jpgLà où nous nous devons de redoubler d’efforts d’attention, c’est lorsque nous nous confrontons à l’extérieur, du campement. Là, les dangers rôdent et par l'expérience des anciens, nous usons de stratagèmes bien élaborés, ceux de l’honnêteté et de la bienveillance, nous servent d’armures. Mais ceci n’empêche pas certaines désillusions d’advenir.

Certains de nos frères et sœurs ont souffert des répercussions de rafles iniques, de la part de la police, commanditées par des gouvernements à la solde d’une oligarchie financière. Ils végètent encore quelque part en Roumanie, en Hongrie, voire en Bulgarie où les conditions de vie nous sont rendues inhumaines, sous tous les rapports.

Dans notre malheur, la Providence  fait que certains gajés compatissent, à nos souffrances.

Ils se mettent en quatre pour nous faciliter la vie et prendre notre défense, en de multiples circonstances, n’hésitant pas à flirter avec une certaine forme de désobéissance civique.

Notre européanité n’est plus à prouver, depuis l’an mille !

Pour ma part j’ai beaucoup œuvré, pour permettre aux enfants du clan, d’acquérir les bases d’une éducation scolaire et de les renseigner sur toutes les vicissitudes de ce monde moderne, quelque peu concentrationnaire. En juste retour, à leurs côtés, toutes les subtilités de la langue romani, me sont devenues pures poésies.

Certains comme Helena, franchement douées, font à présent des études universitaires. Helena prépare un doctorat en science des religions. La relève est assurée, sans omettre la tradition qui reste primordiale, avant la singerie des sciences profanes, devenues incontournables, pour mieux se grimer dans cette histoire d’enflure de l’ego. Helena semble être prédestinée à une destinée de meneuse de clan, sa grand’mère n’est autre que la vieille Maria. Son complément d’éducation, valait bien le prix d’une crème dépilatoire !

Mes talents naturels, pour la pratique des arts plastiques, m’ont permis de faire partager mon savoir-faire, entre autres, pour embellir les intérieurs des cabanes. Les fresques que tu vois sur mon mur témoignent de l’Art du non-faire. Nous comptons, parmi nos réalisations communes et individuelles, quelques petits chefs- d’œuvre qui feraient suer de convoitise, de nombreux collectionneurs de la FIAC. Mais pour nous l’Art n’est pas une marchandise, il ne sert qu’à célébrer la vie et à l’embellir !

Et, bien sûr, cinq jour sur sept, aux environs de 15 heures, une radio grésille, au beau milieu de ce camp de fortune, sous le pont de Clichy. Elle est positionnée sur une fréquence de  la bande FM, pour retransmettre fidèlement les mots, les voix, les sons d’une émission radiophonique, qui tient chaud au cœur ! Là-bas si j’y suis !Tu vois, Zoé notre vie de bohème rejoint bien des nostalgies d’artistes, bohèmes, vivant d’amour et d’eau fraîche »

Num-riser0068.jpg- J’en conviens Johanna, mais l’amour dans tout ça, quelle place prend-il dans ta vie ? »

- Arrête, je vais rougir, je suis pudique, mais pas puritaine ! Même pour toute une éternité au paradis des saintes nitouches !

Pour nous  peuple Sinti, l’Amour est sacré, il est le fondement de l’être, de l’incarnation, du clan, de la famille, du couple…et transpire dans toute notre aventure existentielle ! Naturellement je suis amoureuse et mon adoption par ce peuple, me permet d’envisager une prochaine union avec ?!… Eh bien le timide Ruan, qui en pince pour moi depuis mon arrivée au camp. Il demeure réservé, mais ardent dans son amitié amoureuse. Aux vues de la tradition, je lui ferai prochainement signe, pour qu’il m’enlève et que nous puissions convoler en nobles noces. Les mariages Roms, sont des fêtes rituelles, des plus orientales, ils durent sept jours, sept nuits… Seras-tu des nôtres ? »

- Si je suis invitée, pourquoi pas, Johanna, je viendrai avec mon magnéto et ferai d’une pierre deux coups !

- Ce sera certainement pendant le mois de Marie, car après le solstice d’été, vers la St Jean, un danger nous guette, mais  par les bonnes grâces de l’Esprit Saint, nous saurons le déjouer !

Tag(s) : #Hacene Bouziane - textes Libres

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :