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Publié par Ph. Guillaume

Le cinéma d'Yves Boisset mêle cinéphilie et engagement citoyen.

Le coauteur de " Trente ans de cinéma américain " met au service d'une cause tout ce qu'il a appris et aimé dans les "B movies". Quitte à tirer au bazooka, à grossir et déformer le trait pour retrouver la puissance des films de Robert Aldrich et Richard Brooks que goûtait tant son scénariste Jean Curtelin. " On aimait les films puissants " disait ce dernier. Nous aussi ! et cela implique sinon la haine du moins la hargne et la rage.

 Curtelin auteur en son temps d'un article mémorable sur le sergent Croft des " Nus et les morts ", scénariste de " Dupont Lajoie " et de" Train d'enfer " n'était pas un tiède !

Dans " Canicule "Boisset fait des Beaucerons les répliques des sudistes d'Erskine Caldwell. Maintenant que Tom Doniphon est mort, c'est paradoxalement au tour de Liberty Valance d'incarner le mythe de " l'américain ", Lee Marvin débarque à Saint Crépy les Oies, face à des péquenots avinés, collectionneurs de petites culottes, bien décidés à lui faire la peau et à faucher ses biffetons ! Ces inquiétants bouseux portent ironiquement les noms de Horace et Socrate ( Lanoux et Carmet )

Marvin joue la placididité hiératique. Ligoté, interloqué, abasourdi par une nymphomane boiteuse ( Bernadette Lafont ) qui agite ses mamelles sous son nez , il amène la liberté à la molle et masochiste Miou Miou via le magnum qui va lui permettre de descendre son vilain barbon.

L'amateur de " Louis la brocante " série consensuelle sur les vertus de la France profonde n'en revient pas de voir Victor Lanoux prendre Miou Miou sur la table de la cuisine avant de violer et d'assassiner deux campeuses hollandaises délurées. Ces deux filles d'ailleurs détournent opportunément l'attention des hélicos du GIGN qui oublient Marvin caché dans la marée de blé.

 Je vois ici un combat sans merci entre la poisserie naturaliste et le roman noir, Robert Aldrich contre Duvivier, Simenon contre Dashiell Hammet et Raymond Chandler. Lee Marvin se retrouve devant un épouvantable gosse , fier de devenir " L'homme qui a tué Johnny Cobb " et dépité, fatigué, il préfère se faire sauter la cervelle... On le comprend !

 

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