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Publié par s. Granjon

Dans le château de sable

En janvier 1893, la mairie reprit les locaux affectés au préfet. En échange de terrains cédés au département pour une préfecture à part entière…et du château de Cizeron. Histoire d’une odyssée.

Tant pis pour le poète. Seuls les crapauds ne se souviendraient pas d’y avoir vogué en silence : les pièces d’eau de l’enclos s’apparentaient plus à des bassins pour enfants qu’à de vastes étangs. A défaut de rocailles, des cascades, eaux ménagères et pluviales dévalaient les descentes d’éviers ou les murs àn tuiles creuses.

Et de fait le château fut simplement nommé maison de maître dans l’estimation qu’en fit l’expert envoyé du préfet. Il l’évalua, meubles compris, à 90000 francs, soit 60000 de moins que la première mise à prix, aux mêmes conditions. Le maire l’avait rejetée. L’estimation, par contre, lui parut convenable et le marché fut rondement conclu, le 25 mai 1858.

Aussitôt le préfet occupa le domaine et devint, à titre gracieux, locataire de la ville. Faute de lui offrir une vraie demeure à Saint-Etienne, elle lui accordait une résidence d’été. De quoi lui faire oublier l’exiguïté de la cohabitation à l’Hôtel de Ville…à condition que le domaine ne tombât pas en ruine.
Or, dix ans plus tard, fut soulevée la question de la barrière : détériorée ou absente,  au bonheur des bestiaux ou des curieux du dimanche. Allait-on à sa place bâtir un mur ? Les finances communales en eurent des sueurs froides. Conciliant, le préfet se contenta d’une réparation. Mais le maire prévint le conseil municipal qu’il ne faut pas réveiller le chat qui dort : le conseil général n’avait jamais admis la préfecture dans la mairie, et pouvait exiger un site définitif. Moyennant quoi, la ville se plia à de nouvelles dépenses. Il fallut pour finir un vrai mur de clôture qui s’écroula en partie, à l’été 1876, sous le poids d’un vieux cèdre renversé par l’orage. On dut réparer les conduits des bassins, protéger la serre du poids de la neige.

L’affaire du puits contaminé

En 1886, elle vint empoisonner les relations diplomatiques : la Ville s’en prit à la pompe, pour travaux coûteux et inutiles. Le préfet, lui, s’en tenait à son eau, «  tellement corrompue qu’elle ne ( pouvait ) être utilisée ni comme eau de table, ni même comme eau de toilette ». Il faut dire que les conduits venaient des écuries. Le représentant du département survécut à ces eaux infectes. Mais en 1892 les services de la préfecture transmirent  ce rapport à la mairie : «  les crépissages tombent, la charpente de la toiture est en mauvais état. Des parties du mur de clôture et de soutènement sont tombées. Les dépendances sont également dans un état déplorable ».

Le maire dut se soumettre ou se démettre, en d’autres termes payer ou renoncer au château. Il en préféra…l’abdication.

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