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Publié par s. Granjon

Maison vraiment commune : la Mairie-Préfecture

 

 

Une fois n’est pas coutume : ce mardi 31 juillet 1855, la nouvelle, d’ordre local, mais de portée nationale, faisait la une en même temps que la première colonne du « Mémorial de la Loire ».

 

 

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( photo - le Musée du Vieux Saint-Etienne )

 

« Nous avons une bonne nouvelle à apprendre à nos lecteurs du département. La préfecture de la Loire vient d’être transférée à Saint-Etienne par décret du 25 juillet. La mise à exécution de ce décret est fixée au 1er janvier prochain.
Cet acte de haute justice administrative avait été longtemps réclamé sans succès par les gouvernements précédents. Le gouvernement impérial a mieux compris les exigences de la situation et les vrais intérêts du département de la Loire. Nos populations lui en seront reconnaissantes ».
 
La déclaration triomphante, se terminait par un coup d’encensoir au gouvernement de Napoléon III. Et la louange, sincère, dépassait de beaucoup, cette fois, le simple désir d’échapper à la censure impitoyable du règne.

La page trois évoquait les arguments du ministre de l’Intérieur pour faire aboutir le projet : la ville comptait à présent 80000 habitants, nettement plus que les 15 ou 16000 de 1793, quand le département de la Loire avait été créé. D’autre part, si la position centrale de Montbrison dans le département lui avait valu d’être choisie comme préfecture, cette raison avait perdu toute importance depuis que le chemin de fer traversait le département du nord au sud, reliant plus facilement la majorité de la population, regroupée au sud, à Saint-Etienne qu’à Montbrison.

 

 

 

 

 

Photo Saint-Etienne ( Le Musée du Vieux Saint-Etienne )

 

 

 

Et puis se profilait un argument massue, toutefois enrobé en des termes prudents : le développement rapide de la ville, créant une agglomération ouvrière considérable, rendait souhaitable l’installation des autorités civiles et militaires, surtout après l’alarmante série de grèves et d’émeutes qui sévissait depuis dix ans.

Survenait alors la phrase clé qui, à elle seule, expliquait la décision du ministre : «  un pouvoir fort, constitué surtout au profit de la paix publique, ne saurait hésiter à réaliser une mesure évidemment réclamée par elle ». Ainsi, c’était au nom de l’ordre si cher à l’empereur que la préfecture de la Loire changeait de résidence.

Comme prévu, le mardi 1er janvier 1856, elle prenait possession de ses nouveaux locaux. Faute d’édifices assez grands, susceptibles de l’accueillir, on dut l’installer à l’Hôtel de Ville. Mais pour éviter que les services municipaux et départementaux n’empiètent les uns sur les autres, la préfecture tourna le dos à la mairie : étrange destinée d’un bâtiment devenu bicéphale, avec la mairie côté face et côté pile la préfecture, qui s’ouvrit de la sorte sur la place Marengo.
L’expression «  maison commune » prenait ici un double sens.

Et ce fut bientôt, quelques semaines plus tard, la première expérience de cohabitation. A l’aube d’un matin de mars, on affichait fébrilement ce télégramme, sur les murs de l’Hôtel de Ville :
« Paris, le 16 mars 1856, 4 heures du matin. Le ministre de l’intérieur à MM les, préfets.
L’impératrice est heureusement accouché d’un Garçon, aujourd’hui 16 mars, à 3heures 1/4 du matin. S.M et le prince impérial vont aussi bien que possible ».

Vers 10 heures, furent tirés 101 coups de canons. Plus chiche, moins exubérant, ou simplement plus protocolaire ? …
A Paris le canon des Invalides s’était contenté de tirer 22 fois.  L’Empereur exultait, sa succession paraissait enfin assurée.

Voilà pourquoi, le dimanche suivant, comme dans toutes les églises de France, en présence des autorités et des corps constitués, un «  Te Deum » fut célébré à la Grand’Eglise.

 

 

 

Un préfet tout terrain.

 

 

 

Début avril 1856, M.Thuillier, ex-préfet de Corse, était nommé en remplacement du préfet Ponsard. Celui-ci n’avait pu être maintenu dans la Loire, car la préfecture avait changé de grade : de préfecture de troisième classe quand elle était à Montbrison, elle était élevée au rang de première classe. M. Ponsard ne devait espérer au mieux que sa mutation pour une préfecture de seconde classe.

Et pourtant, s’il n’était tenu qu’à sa valeur ! Ses administrés lui étaient reconnaissants d’avoir assaini la plaine du Forez. Il n’avait pas hésité à la débarrasser de ses étangs fiévreux, quitte à s’attirer les foudres de certains propriétaires. Agronome convaincu, il avait aussi beaucoup incité les fermiers à pratiquer le drainage. Et ce goût d’entreprendre ne l’abandonna pas. A peine installé dans la cité industrielle, il s’attela à de nouveaux dossiers : les aménagements indispensables dans cette ville-champignon. Mais il resta trop peu pour les concrétiser.

Le 5 avril 1856, venu d’Ajaccio, M.Thuillier arrivait à Saint-Etienne. Et, pour lui aussi, s’acclimater si vite, d’un site lumineux à une ville enfumée, révélait d’athlétiques facilités d’adaptation.


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