Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par elsapopin

Les autorités avaient eu le tort d'en sous-estimer l'ampleur : elles auraient dû  se douter que le passage du Tour de France serait très prisé, dans une ville où le cycle s'était hissé au rang d'une industrie, et où de sociétés organisaient des courses de plus en plus nombreuses. Car même s'il n'en était qu'à sa seconde édition, le Tour semblait déjà à beaucoup prestigieux, aux inconditionnels de la bicyclette comme aux simples badauds qui s'étaient apprivoisés aux chevaux mécaniques. Les uns comme les autres s'attroupèrent vite sur la place Fourneyron, dans le courant de la matinée.

Alors le service d'ordre, composé en tout et pour tout de quatre agents et d'un brigadier, avait du mal à maintenir la foule qui se pressait à présent à l'extrémité de la rue de Saint-Chamond ( actuelle rue des Alliés ).

 

VAINQUEUR DE MAURICE GARIN

Premier-Tour-de-France.jpgOn était le dimanche 10 juillet 1904, et c'était bien sur la place Fourneyron, la première d'importance en venant de Lyon, que devait avoir lieu le contrôle de l'étape, partie de la ville voisine. Et ceux qui tenaient à découvrir à la fois la tête et les jarrets de cette toute neuve race de champions, cherchaient à se trouver proches de leur passage. Il y avait, bien sûr, Maurice Garin à reconnaître, le vainqueur du Tour de l'année précédente - le premier Tour de France - mais aussi Alfred Faure, un coureur stéphanois qui, au bout du pédalier, disposait de l'honneur de ses compatriotes.

A 14h45 précises, un mouvement de joie bouscula les rangées et fit se raidir un peu plus les moustaches des malheureux agents qui symbolisaient l'ordre. Alfred Faure était signalé, en tête s'il vous plaît ! Et c'est lui qui signa le premier au contrôle, au milieu d'un tonnerre d'ovations. Il avait réussi à distancer Maurice Garin - la gloire du moment - même si c'était seulement de quelques tours de roue. Parti sur sa lancée, Alfred Faure, arriva le premier à Bourg-Argental, et encore à Valence, dans une condition physique exceptionnelle. Et grâce à cette avance, il parvint à Marseille en cinquième position.

Cinq années s'écoulèrent, pendant lesquelles le Tour de France s'éleva peu à peu au rang d'institution. En 1909, le tour partit de Paris, à l'aube du 5 juillet, fort de 150 concurrents. De nombreux cyclistes amateurs les escortèrent, en témoignage de leur estime. On aurait dit des petits bateaux accompagnant les grands navires à quelques courtes encablures du rivage. Et puis ce fut très vite le combat des Titans, dès la première étape : le terrible Paris-Roubaix, qui éclaboussait de boue, bien plus que de gloire.


HONNEUR AUX DEUX FAURE !

En 1909, deux Stéphanois figuraient au nombre des coureurs. Soit dit en passant il y en avait trois en 1904. La fédération sportive de la Loire n'avait pas voulu, cette fois, passer sous silence pareil événement. Voilà pourquoi elle entendait recevoir avec tous les honneurs Faure...ainsi que Faure, puisqu'elle liait le sort de ces deux homonymes, aussi indissociables que seraient par la suite les Dupont et Dupond de " Tintin ".

Et il en fut ainsi décidé. Alfred et Antoine, pour avoir défendu les couleurs de la ville, à défaut d'avoir reçu un trophée de victoire, auraient leurs Champs-Elyséees à la sauce stéphanoise. IL était prévu qu'ils seraient accueillis à Châteaucreux par un cortège de flambeaux. C'est ainsi que plus de 10000 personnes les attendirent à la gare. Une fois de plus le service d'ordre, en nombre insuffisant malgré l'envoi de la brigade cycliste, fut vite débordé. La foule se pressait autour des deux héros, précédés des trompettes de " l'Etendard " qui jouaient des pas redoublés. A la brasserie Gary eut lieu le vin d'honneur, où des discours, eux aussi en fanfare, se firent entendre après une vibrante " Marseillaise ".

Si hommage d'une telle importance était rendu aux deux valeureux sportifs, c'était un images_tranche_histoire_sportive_TDF1903-1942.jpgpeu pour se faire pardonner de ne pas avoir fêté, cinq ans auparavant, la victoire d'étape du coureur Alfred Faure. D'autant plus qu'il était classé 13ème au Tour 1909. Quant à Antoine Faure, moins chanceux, mais aussi moins endurant et surtout moins entraîné, il avait quand même bien mérité de sa patrie, puisqu'il avait eu le courage de terminer l'épreuve.

Le président de l'USS déclara que l'heure était venue de rendre les deux coureurs à leurs familles et à leurs amis, et qu'il ne voulait pas imposer une harangue interminable. Après tout Monsieur Jourdain faisait bien de la prose sans le savoir...

" Réfléchissez à la solitude dans la nuit noire, au vent,  à la pluie, à la boue, à la chaleur torride, aux routes poudreuses, aux chutes, aux accidents de machine,  aux roublardises toujours possible de concurrents plus favorisés, à l'ascension des hauts sommets, tels le Ballon d'Alsace, la Côte de Laffrey, etc...Réfléchissez aussi à la faim, à la soif, au manque de soins. "

Et afin que chacun sente bien toutes les difficultés rencontrées dans ces 5000 kilomètres, les arguments les plus frappants étaient gardés pour la fin : " obligés souvent de chercher leur itinéraire " les coureurs se heurtaient " au peu de civilisation de certains paysans de France qui vous refusent un morceau de pain ou un verre d'eau;".

Aucune erreur possible : c'était à coup sûr une autre époque, et le Tour de France en était à ses temps héroïques. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article