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Publié par elsapopin

Il restait quelque chose de ces moines copistes courbés sur leurs enluminures : les couvents de la ville hébergeaient tous les livres. Hormis la bibliothèque des prêtres sociétaires, toutes les autres étaient contenues dans leurs murs. Minimes, Ursulines et Capucins constituaient, avec les prêtres sociétaires de la Grand-Eglise, de Notre-Dame, Le périmètre du savoir.

La palme en revenait surtout aux Capucins , dont les livres étaient de loin les plus nombreux. Ils se trouvaient alors à l'ouest de la cité, en somme très près de la toute nouvelle bibliothèque municipale du quartier Tarentaize. A croire, comme le pensent les poètes, qu'il est des lieux où souffle l'esprit.

 

UN SORT LIE A LA MAIRIE

praire.jpgMais tant de livres n'avaient que bien peu de lecteurs. Les capucins eux-mêmes n'étaient qu'une dizaine.

Vint la Révolution : les biens du clergé furent vendus comme biens nationaux. Faute de place, leurs livres furent rassemblés dans la maison qu'occupait le maire Praire-Royet, à l'angle des rues Philippon et Gambetta. Abritée dans des appartement privés., la bibliothèque ne pouvait pas être ouverte au public, même si Claude Fauriel, que la Convention envoyait pour trois mois dans sa ville natale, fut celui qui, le premier, en dressa le catalogue.

Les livres, dès lors, lièrent leur sort à celui de la mairie, établie aux Minimes  ( Eglise saint-Louis ) avant de s'en aller à l'angle des rue de Foy et des Jardins ( Michel Rondet ) , pour se fixer ensuite dans les locaux de l'actuel Hôtel de ville.

Enfin ouverte au public le 13 mars 1834, tous les jeudis de neuf heures à midi, la bibliothèque ne connut pas ses faveurs, à tel point que l'année suivante elle fut fermée.

En 1842, Jean-Antoine de la Tour-Varan en devint le distingué bibliothécaire. Son esprit volontaire allait changer le cours des choses

 

JULES JANIN  : EN SIGNE DE GRATITUDE

 

Dès le 4 janvier de l'année suivante, la bibliothèque s'ouvrait de nouveau au public, chaque jeudi, vendredi et dimanche de dix heures à midi et de dix-huit à vingt et une heures. Mais, pour une affluence que la Tour-Varan envisageait grande, les 2791 volumes qui la remplissaient étaient bien insuffisants. Aussi appel fut-il lancé aux donateurs éventuels.

Au rang de ceux-ci figurait l'accadémicien Jules Janin. Dans une lettre à son frère Sébastien, libraire rue de Foy, il clama son enthousiasme d'apporter sa pierre à une telle entreprise :

" Ce n'est pas pour cinquante volumes mais pour cent  volumes qu'il faut

m'inscrire ". 

Il savait bien ce qui le conduisait à agir de la sorte :

" Une bibliothèque publique à Saint-Etienne nous eût rendus si heureux quand nous jules-janin.jpgn'avions pas quinze ans ! En ce temps-là, les livres étaient rares et partout ils étaient chers ! "

Et il revendiquait pour tous les enfants le droit à la lecture, aussi légitime que celui " de regarder le soleil, de voir pousser l'herbe dans les champs, d'entendre chanter le rossignol dans les bois ".

Il se souvenait parmi " les grands bonheurs de sa jeunesse " , de cette fringale de livres qui le conduisait " chez un certain vieillard honnête et bon, quoiqu'un peu renfrogné, qui, par un hasard tout providentiel, vendait de vieux livres dans une sombre boutique de la maison de Mme Gagnière " ( sa maison natale, qui existe toujours, au 22 de la place du Peuple ).

C'étaient " d'abominables bouquins de cuir pourri, de papier moisi, où les vers couraient à travers la prose ". Mais qu'importait ! Un jour, il faillit mourir enseveli sous une énorme pile qu'il avait déplacée ! " Dans ce trou étaient contenus tous les livres ".

Il y pêchait au hasard ceux qu'il pouvait comprendre. Et il allait trouver refuge pour les lire, à quelque distance de la ville enfumée : " J'allais, tout droit devant moi, dans de beaux petits endroits que j'avais découverts, à Rochetaillée, sur les hauteurs de Montaud, à Terrenoire, dans cet admirable vallon si calme, si reposé, au bord de cette eau limpide ". ( les hauts fourneaux n'y étaient pas encore installés ). Surtout Valbenoîte aux doux ombrages m'accordait l'hospitalité de ses prairies ". Et tout à son bonheur, il y lisait, couché dans l'herbe.

De temps à autre, une escapade à Lyon le faisait revenir porteur de quelques livres, qu'il avait achetés à un marchand du bord des quais. Sa mère avait beau le gronder, menacer de le priver de souliers vernis ou d'un nouveau costume pour le prochain printemps, rien n'y faisait. D'autant plus que ces menaces n'étaient jamais exécutées, sinon sur elle-même, puisque c'est elle qui se privait d'une jolie robe pour que Jules Janin, avec la tendresse qui laisse des regrets lorsque le temps s'enfuit, savait trop à présent à quel point elle lui aurait été seyante.

A travers cette lettre écrite à son frère, il sut si bien faire partager ses premières ferveurs que les dons affluèrent. En 1846, la bibliothèque offrait au public plus de 5000 volumes.

Le prince des critiques avait donné l'exemple : il s'était souvenu de ses joies enfantines.


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