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Publié par S.Granjon

Un laboratoire du logement social

 

Chateau-Dorian.-jpg.jpgMême isolé dans son parc sur les hauteurs de Fraisses, le château Dorian ne borna jamais son histoire à celle de la montagne qui mit une souris au monde. Si elle n’accoucha pas « d’une cité plus grosse que Paris », auraient dit les rieurs inspirés de La Fontaine, elle conserva cette butte-témoin d’un germe de phalanstère éclaté.

 

Resté jusqu’à sa mort en relation avec Victor Considérant, Dorian ne renia pas l’idéal de sa jeunesse. En revanche il le modula, de façon prudente et raisonnée, aux besoins de ses usines. Le respect de l’autorité nécessitait à ses yeux une résidence en vue, sur les hauteurs, à la mode féodale (lire notre édition du 16 mai), avec l’orgueilleux retranchement des nids d’aigles en moins. Bien que réservé à son usage, et à celui de sa famille, le château savait s’ouvrir au peuple. Le nouveau seigneur, digne d’une lignée de bons aristocrates, y préparait des kermesses fraternelles, où il mêlait sans distinction ouvriers et contremaîtres, ingénieurs et employés. Mais il pouvait aussi bien les convier à titre personnel, pour une aide, fût-elle matérielle, ou juste pour un conseil, agrémentés souvent d’un air de bonhomie au moment du tour dans le parc.

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 ( Pierre frédéric Dorian  link )

Apparition d’un bourg-usine

Pourtant Dorian ne s’embarrassa pas de concessions, à la lettre, au phalanstère-type présenté par Fourier. Le manoir ne se prolongeait pas, ni à droite, ni à gauche, de ces bâtiments latéraux en fer à cheval, gracieusement repliés sur eux-mêmes.

Le maître à penser les envisageait de la sorte, quand il les destinait aux métiers bruyants. Ici, ils étaient relégués au creux de la vallée, en bordure de l’Ondaine. Et près d’eux les logements s’édifiaient, ce que n’aurait pas souhaité Fourier. Il voulait éviter « un fâcheux inconvénient des villes civilisées où l’on trouve à chaque rue quelque ouvrier au marteau brisant le tympan à cinquante familles du voisinage ».

Par contre, demeurer près du lieu de travail évitait à la main-d’oeuvre fatigues superflues ainsi que temps perdu. Sans pour autant oublier son intérêt, le tenant d’un fief aux temps modernes y trouvait son propre compte, à mieux surveiller ses vassaux… Là encore, les Schneider au Creusot prenaient valeur d’exemple. Ils avaient dû parer très tôt à l’accroissement de la population, lié au rapide essor de leurs usines. Alors, sans solliciter d’aides financières, ils avaient pris l’initiative d’élever des habitations, louées à des prix modérés. Dès 1851, il s’en était construit près de quatre cents, dont deux vastes maisons ouvrières. En 1847, Jacob Holtzer réalisait déjà la sienne à Unieux, appelée la « Grande Caserne ». L’expérience, unique dans la région, fut poursuivie par Dorian au début des années.1860. En même temps qu’à Unieux s’achevait la Grande Maison au lieu-dit du Vigneron, d’autres bâtiments importants, dont une « Caserne », surgissaient près de sa fabrique de faux à Pont-Salomon.

 

A la « Caserne » d’Unieux

Le surnom, tout trouvé, n’avait rien d’usurpé, car la Caserne, côté rue, était formée d’un mur austère percé de hautes fenêtres découpées à l’identique. Et surtout elles affirmaient leur symétrie rigoureuse par rapport à une large entrée cintrée, capable de livrer passage à un escadron de gendarmerie. Côté cour, la Caserne offrait l’élégant assemblage de ses balcons, qu’à intervalles rapprochés soutenait une charpente en bois. Ses extrémités en V rappelaient un peu les pans coupés des murs à colombages qui abondaient au pays des travailleurs alsaciens. Jacob Holtzer en faisait venir beaucoup, en compatriote soucieux de réunir tant de lointains parents. C’était renouer avec les liens du sang, raviver une des passions affectives, directement sociales, qui semblaient primordiales à Fourier.

Comme si l’ombre de sa main s’était posée au Vigneron…pour veiller aux fruits du cépage.

 

Serge GRANJON 

 

 

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Sainte - Thérése de Lisieux - le dernier essai historique de Serge Grangon

 

Il se peut qu'il existe parfois entre certains saints, éloignés dans l'Histoire, des dyades et des couples. Beaucoup d'étoiles au ciel sont des étoiles doubles... Proclamées toutes deux patronnes secondaires de la France, Thérèse de Lisieux et Jeanne d'Arc illustrent à merveille cette formule radieuse du philosophe Jean Guitton.

Thérèse elle-même devait écrire : Lorsque je commençais à apprendre l'histoire de France, le récit des exploits de Jeanne d'Arc me ravissait et je sentais en mon coeur le désir et le courage de l'imiter. Et presqu'au seuil de sa dernière année passée ici-bas... animée d'un souffle prémonitoire qui déjà n'était plus de ce monde, la petite Carmélite assimilait à la mission de Jeanne la vocation suprême de sa vie . Dans son dernier livre intitulé Une prodigieuse identité, Serge Granjon montre quelle fut la trajectoire de Thérèse... jusqu'à la plénitude.


(En vente à la librairie de Paris, Siloé, Forum, et la FNAC)

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