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Publié par P.Thévenin

 Trompe La Mort

 

Avec cette neige à foison
Qui coiffe, coiffe ma toison
On peut me croire à vue de nez
Blanchi sous le harnais
Eh bien, Mesdames et Messieurs,
 C'est rien que de la poudre aux yeux
C'est rien que de la comédie
Que de la parodie

C'est pour tenter de couper court
A l'avance du temps qui court
De persuader ce vieux goujat
Que tout le mal est fait déjà41362473
Mais dessous la perruque j'ai
Mes vrais cheveux couleur de jais
C'est pas demain la veille, bon Dieu,
De mes adieux

Et si j'ai l'air moins guilleret
Moins solide sur mes jarrets
Si je chemine avec lenteur
D'un train de sénateur
N'allez pas dire "Il est perclus"
N'allez pas dire "Il n'en peut plus"
C'est rien que de la comédie
Que de la parodie

Histoire d'endormir le temps,
Calculateur impénitent,
De tout brouiller, tout embrouiller
Dans le fatidique sablier
En fait, à l'envers du décor
Comme à vingt ans, je trotte encore
C'est pas demain la veille, bon Dieu,
De mes adieux

Et si mon cœur bat moins souvent
Et moins vite qu'auparavant
Si je chasse avec moins de zèle
Les gentes demoiselles
Pensez pas que je sois blasé
De leurs caresses, leurs baisers
C'est rien que de la comédie
Que de la parodie

Pour convaincre le temps berné
Qu'mes fêtes galantes sont terminées
Que je me retire en coulisse
Que je n'entrerai plus en lice
Mais je reste un sacré gaillard
Toujours actif, toujours paillard
C'est pas demain la veille, bon Dieu,
De mes adieux

Et si jamais au cimetière
Un de ces quatre, on porte en terre
 Me ressemblant à s'y tromper
Un genre de macchabée
N'allez pas noyer le souffleur
En lâchant la bonde à vos pleurs
Ce sera rien que comédie
Rien que fausse sortie

Et puis, coup de théâtre, quand
Le temps aura levé le camp
Estimant que la farce est jouée
Moi tout heureux, tout enjoué
Je m'exhumerai du caveau
Pour saluer sous les bravos
C'est pas demain la veille, bon Dieu,
De mes adieux
 

 

 

création de Alice : chat barre

 

  LES CHÂTEAUX DE SABLE

1
Je chante la petite guerre
Des braves enfants de naguère
Qui sur la plage ont bataillé
Pour sauver un château de sable
Et ses remparts infranchissables
Qu'une vague allait balayer.

2
J'en étais : l'arme à la bretelle,
Retranchés, dans la citadelle
De pied ferme nous attendions
Une cohorte sarrazine
Partie de la côte voisine
A l'assaut de notre bastion.

3
A cent pas de là sur la dune
En attendant que la fortune
Des armes sourie aux vainqueurs,
Languissant d'être courtisées
Nos promises, nos fiancées
Préparaient doucement leur coeur.

4
Tout à coup l'Armada sauvage
Déferla sur notre rivage
Avec ses lances, ses pavois,
Pour commettre force rapines
Et même enlever nos Sabines
Plus belles que les leurs, ma foi.

5
La mêlée fut digne d'Homère
Et la défaite bien amère
A l'ennemi pourtant nombreux
Qu'on battit à plate couture,
Qui partit en déconfiture,
En déroute, en sauve-qui-peut.

6
Oui, cette horde de barbares
Que notre fureur désempare
Fit retraite avec ses vaisseaux
En emportant pour tous trophées
Moins que rien deux balles crevées,
Trois raquettes, quatre cerceaux.
7
Après la victoire fameuse
En chantant l'air de "Sambre et Meuse"
Et de la "Marseillaise" Ô gué
On courut vers la récompense
Que le joli sexe dispense
Aux petits héros fatigués.

8
Tandis que tout bas à l'oreille
De nos Fanny, de nos Mireille,
On racontait notre saga,
Qu'au doigt on leur passait la bague,
Surgit une espèce de vague
Que personne ne remarqua.

9
Au demeurant ce n'était qu'une

Vague sans amplitude aucune,
Une vaguelette égarée,

Mais en atteignant au rivage
Elle causa plus de ravages
De dégâts qu'un raz-de-marée.

10
Expéditive, la traîtresse
Investit notre forteresse,
La renversant, la détruisant,
Adieu donjons, tours et courtines
Que quatre gouttes anodines
Avaient effacés en passant.

11
A quelque temps de là nous sommes
Allés mener parmi les hommes
D'autres barouds plus décevants
Allés mener d'autre campagnes
Où les châteaux sont plus d'Espagne
Et de sable qu'auparavant

12
Quand je vois lutter sur la plage
Des soldats à la fleur de l'âge,
Je ne les décourage pas
Quoique je sache, ayant naguère
Livré moi-même cette guerre,
L'issue fatale du combat

13
Je sais que malgré leur défense
Leur histoire est perdue d'avance
Mais je les laisse batailler
Pour sauver un château de sable
Et ses remparts infranchissables
Qu'une vague va balayer

 

Valérie Ambroise 

 

 

 

 

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