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Publié par Pierre Thévenin et elsapopin

 

L'andropause 

 

1
Aux quatre coins de France, émanant, je suppose,
De maris rancuniers par la haine conduits,
Le bruit court que j'atteins l'heure de l'andropause,
Qu'il ne faut plus compter sur moi dans le déduit.

2
Ô N'insultez jamais une verge qui tombe !
Ce n'est pas leur principe, ils crient sur tous les tons
Que l'une de mes deux est déjà dans la tombe
Et que l'autre à son tour file un mauvais coton.

3
Tous ces empanachés bêtement se figurent
Qu'un membre de ma famille est à jamais perclus,Brassens1t.jpg
Que le fameux cochon, le pourceau d'Épicure
Qui sommeillait en moi ne s'éveillera plus.

4
Ils me croient interdit de séjour à Cythère,
Et, par les nuits sans lune avec jubilation,
Ils gravent sur mon mur en style lapidaire :
« Ici loge un vieux bouc qui n'a plus d'érections» !

5
Ils sont prématurés, tous ces cris de victoire,
Ô vous qui me plantez la corne dans le dos,
Sachez que vous avez vendu les gémitoires,
Révérence parler, de l'ours un peu trop tôt.

6
Je n'ai pas pour autant besoin de mandragore,
Et vos femmes, messieurs, que ces jours-ci j'ai reçues,
Que pas plus tard qu'hier je contentais encore,
Si je n'ai plus d'érections, s'en fussent aperçues.

7
A l'hôpital Saint-Louis, l'autre jour, ma parole,
le carabin m'a dit :« On ne peut s'y tromper,
En un mot comme en cent, monsieur, c'est la vérole.»
Si je n'ai plus d'érections, comment l'ai-je attrapée?

8
Mon plus proche voisin n'aime que sa légitime,
Laquelle, épouse modèle, n'a que moi pour amant.georges_brassens_by_gondo_t_800.jpg
Or tous deux de la vérole, ils sont tombés victimes
Si je n'ai plus d'érections, expliquez-moi comment ?

9
Mes copains, mon bassiste et tous ceux de la troupe
En souffrirent bientôt, nul n'en fut préservé.
Or je fus le premier à l'avoir dans le groupe.
Si je n'ai plus d'érections, comment est-ce arrivé ?

10
Minotaures méchants, croyez-vous donc qu'à braire
Que mon train de plaisir arrive au terminus,
Vous me cassiez mes coups ? Au contraire, au contraire,
Je n'ai jamais autant sacrifié à Vénus !

11
Tenant à s'assurer si ces bruits qu'on colporte
Ces potins alarmants sont ou sont pas fondés,
Ces dames nuit et jour font la queue à ma porte,
Poussées par le démon de la curiosité.

12
Et jamais, non jamais, soit dit sans arrogance,
Mon commerce charnel ne fut plus florissant.
Et vous, pauvres de vous, par voie de conséquence
Vous ne fûtes jamais plus cocus qu'à présent.

13
Certes, elle sonnera cette heure fatidique,
Où perdant toutes mes facultés génétiques
Je serai sans émoi,
Où le septième ciel, ma plus chère ballade,
Ma plus douce grimpette et plus tendre escalade,
Sera trop haut pour moi.

14
Il n'y aura pas de pleurs dans les gentilhommières,
Ni de grincements de fesses dans les chaumières,brassens4-copie-1.jpg
Faut pas que je me leurre.
Peu de chances qu'on voie mes belles odalisques
Déposer en grand deuil au pied de l'obélisque
Quelques gerbes de fleurs.

15
Tout au plus gentiment diront-elles "Peuchère,
Le vieux Priape est mort", et, la cuisse légère,
Le regard alangui,
Elles s'en iront vous rouler dans la farine
De safran, tempérer leur fureur utérine
Avec n'importe qui.

16
Et vous regretterez les manières civiles
De votre ancien rival qui, dans son baise-en-ville,
Apportait sa guitare,
Et faisait voltiger en gratouillant les cordes
Des notes de musique à l'entour de vos cornes,
Mais il sera trop tard !

 

 

 



LE GRAND CHÊNE - Interprété par Alain NARDINO
 

 

 

 

Retouches à un roman d'amour de quatre sous


Madame même à quatre sous notre vieux roman d'amour souf-
Frirait certes quelque mévente. Il fut minable,
Permettez que je farde la vérité,
La réinvente, la réinvente.

On se rencontra dans un car nous menant en triomphe au quart,
Une nuit de rafle à Pigalle. Je préfère affirmer, sang bleu !
Que l'on nous présenta chez le
Prince de Galles, prince de Galles

Oublions l'hôtel mal famé,

 L'hôtel borgne où l'on s'est aimé.
Taisons-le, j'aurais bonne mine.
Il me paraît plus transcendant de situer nos ébats dans
Une chaumine, une chaumine


Les anges volèrent bien bas,
Leurs soupirs ne passèrent pas

L'entresol, le rez-de-chaussée
Forçons la note et rehaussons très au-delà du mur du son
Leur odyssée, leur odyssée.

Ne laissons pas, quelle pitié !
Notre lune de miel quartier

De la zone, je préconise

Qu'on l'ait vécue en Italie,

Sous le beau ciel de Napoli
Ou de Venise, ou de Venise.


Un jour votre cœur se lassa

Et vous partîtes, passons ça,

Sous silence, en claquant la porte
Marguerite, soyons décents,

Racontons plutôt qu'en toussant
Vous êtes morte, vous êtes morte.

Deux années après montre en main

Je me consolais, c'est humain,
Avec une de vos semblables.
Je joue, ça fait un effet bœuf,

Le veuf toujours en deuil, le veuf
Inconsolable, inconsolable.

C'est la revanche du vaincu,

C'est la revanche du cocu
D'agir ainsi dès qu'il évoque

son histoire.
Autant qu'il le peut

il tâche de la rendre un peu
Moins équivoque, moins équivoque.

 

 

 

 

 

 

 

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