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Publié par S. Granjon

                                                                             Cyrano de Bergerac à L'Eden Théatre

« C’est sous Louis-Treize…Un coteau vert que le couchant jaunit ; Puis un château de brique à coins Num-riser0073-copie-1.jpgde pierre, ceint de grands parcs »…D’une rocaille aussi, avaient sur ce décor enchéri les Beaux-Arts.

 

L’école de dessin renforçait ainsi son style avec bonheur. Au point que, si Nerval l’avait connue, il l’aurait animée, dans un rêve obstiné, de Cadets de Gascogne. Occupés à ferrailler dans l’ombre, ils seraient chaque nuit venus braver la lune…jusqu’aux premiers soirs de 1906. A la vue des mousquetaires au théâtre des Ursules, ils auraient alors dévalé la colline pour grossir la troupe de passage. Riches costumes et somptueux décors spéciaux promettaient déjà l’éclat aux effets de cape et d’épée, dans la comédie héroïque signée Edmond Rostand.

Le jeudi 4 janvier 1906, le rideau se leva sur « Cyrano de Bergerac », dont le succès s’avéra prodigieux, après deux générales. A Saint-Etienne on n’avait jamais rien vu de tel, depuis Mounet-Sully avec « Oedipe roi ». En matinée bien autant qu’en soirée, la feuille de location, rapidement noircie, ballottait les coeurs entre inquiétude et l’espoir, qui sait, de réserver ne fût-ce qu’un strapontin. Il fallut chaque fois refuser du monde, même à l’ultime séance. La pièce tiendrait l’affiche vingt jours, serait jouée dix-huit fois. Car, sur la demande expresse du public, la direction s’estima vite obligée à la prolonger.

 

Faute de grive ou de coque..lin

Pourtant manquait précisément l’acteur-fétiche Coquelin. Sept ans auparavant, dès la sortie de la pièce à Paris, il s’était mué en un Cyrano incontournable. Taillé sur mesure pour le rôle, il imposait d’emblée un personnage plus truculent que nature, par son art de donner du geste et de la voix. Mais n’était pas Coquelin qui veut ! Et l’excellent Duval, sur la scène stéphanoise, s’essouffla parfois dans l’ombre du géant. Sa tirade du « nez » se fit vite asthmatique, faute de nuances et de rapidité, comme par excès de pauses. Il se réservait cependant pour l’acte final, à dimension humaine davantage à sa portée. Il laissait s’épancher une philosophie détachée, adaptée au sacrifice librement consenti. Ce n’était somme toute pas si mal, de la part d’un comédien, glissé pour la première fois, dans les ori…peaux d‘un écorché vif.

Le public lui trouvait une impeccable diction, une aisance parfaite où brillait de mille feux la personnalité d’un Cyrano à facettes, aux à-coups imprévisibles de l’âme. Parfait Gaulois, pour tout dire. De quoi le consoler, coïncidence fortuite ?...de toute personne existant ou ayant existé, du genre d’un certain Boulanger, ce « général Revanche » dont il ne s’était jamais remis de l’absence.

Au début des années trente, alors que des nuages noirs risquaient à nouveau d’obscurcir la ligne bleue des Vosges, avant d’envahir l’horizon des Ardennes, « l’Eden » prit pour nom « le Cyrano ». A la manière d’un défi…bien involontaire.

 

 

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