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Rappel des faits : Le lundi 27 juillet 1891, à la tombée de la nuit, les Dames Marcon, commerçantes bien connues, étaient assassinées chez elles, rue de Roanne. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué. 

 

cholMême pour le procès le plus retentissant du siècle, qui mettait en émoi la ville aux eaux rêveuses, la cour d'assises de Montbrison avait conservé sa façade endormie. L'herbe frémissait toujours dans l'escalier disjoint, et les larges aiguilles du vaste cadran de l'horloge donnaient encore l'impression de musarder.

Mais dans ces moments graves de la fin de juin 1892 personne n'aurait songé à rire de leur lenteur, pour la comparer à celle de la justice. Après une instruction menée tambour battant en une poignée de semaines, la triple inculpation s'approchait du verdict à l'issue de courts débats. Au soir du second jour, les avocats prenaient la parole. Jeunes et conscients de vivre un instant unique dans leur carrière, ils se jetèrent à langue déliée dans l'arène où un parterre de journaux guettait chaque syllabe.

 

UN FOUGUEUX PLAIDOYER

Comme si les paroles devaient à jamais se ficher dans les murs, sous les rugosités d'un pâle crépi, le défendeur de Béala alla bien au-delà de simples effets de manches. Il misa sur ceux qu'allait produire son préambule. D'emblée sa voix sonore se mit au service de phrases brèves, incisives : " L'accusation a adopté un évangile, l'évangile suivant Chaumartin. Chaumartin est un oracle. Il accuse Béala. Béala doit être coupable. Eh bien ! Non ! l'accusé avait dans sa ville natale, Firminy, une excellente réputation. Cette réputation il l'a conservée intacte. Ah ! On relève un terrible grief contre lui : il connaissait Ravachol ! Connaître Ravachol est donc un crime. mais alors, arrêtez la moitié de Saint-Etienne, Amenez sur les bancs de la cour d'assises, en commençant par Chaumartin, la plupart des témoins qui sont venus déposer. Ils connaissaient Ravachol eux aussi ! AH ! On a relevé uneravachol aux assises accusation autrement plus grave contre Béala ! Il serait le complice de l'assassin des Dames Marcon. Mais sur quoi est basée cette accusation, quelles preuves a-t-on apportées ? Aucune... " Et il fit allusion aux déclarations contradictoires des témoins, déjà relevées par l'avocat de Ravachol.

Celui-ci, d'une voix aussi aiguë que l'était son propos, venait de démontrer qu'il fallait innocenter son client de ce double crime, comme de celui de la Varizelle : " la base sur laquelle on a échafaudé cette double accusation est le témoignage, l'unique témoignage de Chaumartin. C'est vraiment trop insuffisant pour prononcer un verdict de culpabilité, d'autant que les déclarations de ce témoin ne sont qu'un tissu d'inexactitudes et de contradictions. " Il faisait  surtout allusion à la déposition faite par Chaumartin, quelques heures avant à la barre. A la question du Président lui demandant si Béala montait la garde devant la quincaillerie, il répondit qu'il devait y être, puisqu'il le lui avait laissé entendre. Alors le Président releva cette faille singulière : " Je dois vous faire observer que vous n'avez pas toujours tenu le même langage. Dans un interrogatoire que vous avez subi à Paris, le 28 mars 1892, alors que vous étiez le coaccusé de Ravachol, vous avez dit ceci sur le compte de Béala. : " j'ignore, ne voulant pas transformer mes soupçons en accusations, si Béala est ou n'est pas le complice de l'assassinat des dames Marcon. " Expliquez-vous là-dessus ! "

Chaumartin justifia ainsi cette déclaration antérieure qu'il donnait des faits : " A l'époque du procès de Paris, il y avait intérêt pour mes compagnons et pour moi à ménager une issue heureuse au débat. " ( Le procès de l'attentat à la bombe du boulevard Saint-Germain ). La fragilité de son témoignage, qui n'était pas seule en cause, laissait présumer la difficulté qu'auraient les jurés à juger en leur âme...autant qu'en leur conscience.

Epilogue jeudi prochain : Jury- prudence.

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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