Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

                       

Rappel des faits :Le lundi 27 juillet 1891, à la tombée de la nuit, les Dames Marcon, commerçantes bien connues, étaient assassinées chez elles, rue de Roanne. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué

ADH39" Regarde cette main. Autant elle a de doigts, autant elle a tranché d'existence.

Il y en a cinq qui reposent par elle, et j'espère bien qu'elle arrivera à la douzaine. "

L'homme ponctua l'étrange confidence d'un regard assez impénétrable et d'un sourire suffisamment mystérieux pour entretenir le secret. Il n'était autre que Ravachol.

Cette sombre moisson dévoilée à l'ami Chaumartin, qui abritait sa fuite à Saint-Denis après le meurtre de Chambles, avait de quoi le faire frémir.

Même si d'un rire convulsif, il le soulagea d'un malaise naissant, l'ami en question n'allait plus le rester très longtemps. Quelques mois avant l'ouverture du procès de Ravachol à Montbrison, Chaumartin s'était fait dénonciateur. Et l'accusation produisit, pour l'essentiel, ses propres dépositions.

21 juin 1892,à la cour d'assises de la Loire : ces doigts d'une main qu'avait, selon Chaumartin, évoqués Ravachol devaient justement servir de référence. Forte néanmoins parut la tentation d'imputer à l'anarchiste d'autres crimes inexpliqués, tous commis avec sauvagerie. A la suite d'une sélection délicate, il n'en fut en définitif retenu que cinq. le plus ancien d'abord, perpétré à la hache : un double assassinat courant mars 1886, au lieu-dit la Varizelle, près de Saint-Chamond. Le première victime était un vieillard connu sous le sobriquet de " Petit Bon Dieu ".

Comme il appartenait à la communauté religieuse des Béguins, on lui avait donné le surnom de celui qui, quarante ans plus tôt, s'y était fait passer pour le prophète Elie. Sa servante eut beau tenter de fuir, elle fut retrouvée morte en bordure du chemin. le crime fut par la suite rapproché de celui  de l'ermite de Chambles, un vieillard aussi presque centenaire, disparu à son tour de mort violente.

Avec les deux quincaillères de la rue de Roanne, c'étaient cinq cadavres, au total, qui jalonnaient le parcours criminel supposé de Ravachol.

 

RAVACHOL RECONNAIT LE MEURTRE DE CHAMBLES

Pour compléter, il était accusé d'avoir profané à Saint-Jean-Bonnefonds, la sépulture de la baronne douairière de Rochetaillèe, afin de la dépouiller d'éventuels bijoux. Le fait d'attenter à son repos éternel, revenait à s'en prendre à cette survie souterraine, auréolée de respect et nourrie de souvenirs, où s'entretient la mémoire d'un défunt. Il semblait un sixième doigt du crime qu'avait négligé Ravachol, en montrant sa main à Chaumartin...dont la véracité des témoignages restait tout de même à démontrer.

Au cours de l'audience du 21 juin 1892, il reconnut d'emblée le meurtre de Chambles. Formellement identifié, il ne pouvait d'ailleurs le nier. Il ne contesta pas non plus la violation de la tombe de saint-Jean Bonnefonds. Il rejetta, par contre, les révélations de Chaumartin, à propos de l'affaire de la Varizelle.

En substance il lui aurait dit qu'après son renvoi d'une teinturerie, se trouver sans ressources l'avait poussé au vol. Et il prétendit l'avoir informé, sans plus, des comptes-rendus présentés dans les journaux.

 

DES PRESEMPTIONS SANS PREUVES.

Résultat d’images pour proces ravacholPuis fut abordé le sanglant épisode de la rue de Roanne. Tout l'arsenal mis en œuvre par l'accusation se heurta à un front de dénégations, commun aux trois inculpés. Ravachol soutint ne pas s'être trouvé à Saint-Etienne au moment du crime, sans doute pour couvrir Béala, qui l'hébergeait alors rue de la Providence ( actuelle rue Philippe-Blanc ).

Quant à Béala, il déclara n'avoir connu Ravachol que plus tard à Paris, même s'ils avaient pu se rencontrer sans le savoir place Grenette, au café de la marine, lors de réunions anarchistes. Et bien sûr il nia qu'il avait fait le guet dans la rue Saint-Honoré, pendant qu'on assassinait les quincaillères. Mariette Soubère, sa maîtresse, en fit tout autant. Un témoin affirma l'identifier à l'absence d'une dent sur le devant de la bouche, ce qui eut pour effet de déclencher des rires quand elle répondit : " Il m'en manque même plusieurs et je ne suis pas la seule. "

En réalité, ce qui manquait surtout à l'accusation, c'était des preuves solides. 

Faute d'un réquisitoire suffisamment consistant, Béala et sa maîtresse furent acquittés. Et que Ravachol, fût ou non l'auteur des deux meurtres, ne pouvait peser sur le verdict : avoir tué l'hermite de Chambles suffisait à le conduire à l'échafaud.

A suivre...

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

Partager cet article

Repost 0