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Rappel des faits :Le lundi 27 juillet 1891, à la tombée de la nuit, les Dames Marcon, commerçantes bien connues, étaient assassinées chez elles, rue de Roanne. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué.

LE JUDAS DE L'ANARCHIE

" Nonante-deux verra trois marmites, Par quatre fois, maisons mettre en poussière Sera sauvé l'enfant avec sa mère Et prise malfaiteurs presque subite " Comme si tout se déroulait, ou presque, selon cette centurie de Nostradamus, à Paris la bombe anarchiste du boulevard Saint-Germain, pour ne citer que la première posée le 11 mars 1892, conduisit, la semaine suivante, à l'arrestation de celui qui l'avait inspirée.

 Il avait pour nom Chaumartin, appelé Chaumentin souvent, puisque l'un ou l'autre pouvait se dire.( link )

Agé de trente-six ans, il était employé aux chantiers de la Loire en tant que forgeron-mécanicien. Courtaud et la tête massive entre deux épaules solides, il paraissait bâti pour l'enclume, bien plus que pour jouer les dandys. Allant même jusqu'à se couper la mouche, sa seule coquetterie sous forme d'une touffe de poils entre lèvres et menton, il ne conservait plus qu'une moustache ordinaire.

Le fait est, au propre comme au figuré, qu'on ne le tenait plus par la barbichette. Lui, par contre, maintenait sous sa coupe ses anciens comparses.

 

1ermai1891.jpgIl s'était pourtant largement hasardé dans les milieux . " Il est venu plus de mille anarchistes chez nous " reconnut un jour sa femme. Et, leur domicile, 12 square Thiers à Saint-Denis, servit d'ailleurs d'asile à Ravachol, recommandé par Béala.

Ensemble ils mirent au point l'attentat à la bombe du boulevard Saint-Germain, qui visait le juge d'un des leurs ( link ), responsable d'une échauffourée à Clichy le 1er mai précédent.

A la suite d'une bagarre avec les policiers, il avait été inculpé de " blessures à agents de la force publique avec intention de donner la mort. "

Dénoncée par une indicatrice, Chaumentin et sa femme, arrêtés les premiers, ne tardèrent guère à " se mettre à table ".Ils se souvinrent à temps qu'ils avaient quatre enfants...ce qui leur délia plus aisément la langue. En compagnie de Ravachol, Béala et sa maîtresse, leur procès eut lieu aux assises de la Seine. Près de deux semaines avant le verdict, le bruit courait que Chaumartin, pourtant l'instigateur du complot, allait bénéficier d'une ordonance de non-lieu, avant d'être remis en liberté.

UNE ACCUSATION ECRASANTE

Sa rencontre avec Béala, il l'avait faite à Saint-Etienne, dont son épouse était d'ailleurs originaire. Cette petite femme pleine de vivacité était devenue l'amie de Ravachol, que Chaumartin invitait plus souvent que les autres à partager un repas, et qui surtout avait appris à lire à leurs enfants. Lui-même déclara quand il vint à la barre aux assises de la Loire : " Je l'estime encore pour son bon cœur ".

Il avait toutefois livré cette déposition accablante, à propos du meurtre des deuxchol quincaillières :

-" Vers le 15 août de l'année dernière, j'ai eu à Saint-Etienne une conversation avec Béala, lequel m'a fait le récit du crime. Ravachol est entré avec un complice chez les dames Marcon en demandant à acheter un marteau de cordonnier. Après leur achat il ont remis à Mme Marcon un billet de 50 francs à échanger, comme elle se retirait pour aller prendre de la monnaie, Melle Marcon reçut un violent coup de marteau sur la tête qui la renversa. Ils appelèrent alors la mère en lui disant que sa fille venait de se trouver mal, et au moment où elle s'approchait, elle fut assommée. les meurtriers fermèrent alors la porte du magasin et se mirent à fouiller la maison dans tous les sens. A un moment donné des jeunes gens passant dans la rue de Roanne tapèrent sur les volets pour s'amuser. A ce bruit le complice de Ravachol prit peur et se sauva, tandis que Ravachol se présentait à la porte, revolver au poing.

"- Pendant ce temps, ajouta Béala, je faisais le guet sur le trottoir de la rue de Roanne. Je n'ai pasarrestation-ravachol.jpg attendu la sortie de Ravachol et je suis allé me coucher dans ma chambre, 16 rue de la providence. mais sur le matin, inquiet de ne pas voir mon ami revenir, je me suis rendu rue de Roanne, où je l'ai rejoint et nous sommes repartis ensemble. Nous n'avions trouvé chez les dames Marcon que 2 francs 50.

 

Début avril 1892, une confrontation entre Chaumartin et Ravachol avait été orageuse. Celui-ci s'écria : " la justice aura peut-être quelque indulgence pour vous, mais vous êtes le Judas de l'anarchie.

 

 

Photos : Echauffourée de Clichy 1er mai 1891. Dessin représentant le crime des dames Marcon. Arrestation de Ravachol.

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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