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Rappel des faits :Le lundi 27 juillet 1891, à la tombée de la nuit, les Dames Marcon, commerçantes bien connues, étaient assassinées chez elles, rue de Roanne. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué.

" Ravachol ? Qui connaît Ravachol ? Qui sait comme il est fait ? Est-ce un être ? Est-ce un mythe ? Est-ce un homme ? Est-il blond comme le miel, brun comme un Espagnol ? " Au début du printemps 1892, le " Figaro " publia cette sorte d'épigramme signée d'Albert Milhaud. Sous des dehors sobrement sarcastiques, elle traduisait les piétinements de l'enquête. Comme si la satire faisait office d'incantation, le jour même Ravachol était arrêté à Paris.
 

Résultat d’images pour l'attentat à la bombe du boulevard Saint-Germain ravacholIl avait fallu attendre fin mars après l'attentat à la bombe du boulevard Saint-Germain, pour que le signalement de l'homme, dès lors le plus recherché de France, fût transmis, à travers le pays, à toutes les forces du maintien de l'ordre.Et encore disposaient-elles d'éléments peu révélateurs : taille...ordinaire, tête de dimensions...moyennes, comme le nez...moyen, plutôt long, cheveux noirs...ou châtain foncé, yeux clairs...peut-être bleu verdâtre. Même avec le secours de l'anthropométrie judiciaire, alors à ses débuts, les journaux parisiens diffusèrent des visages parfaitement discordants du même Ravachol, uniquement auréolés du sinistre éclat d'avoir servi pour Tropmann, Prado, Pranzani et Doré.  Si cette forme de clonage avant l'heure pouvait frapper les foules sensibles au délit de faciès, elle  ne servait pas à l'arrestation du coupable, en l'absence de vrais clichés reproduits, ce qui ouvrait la porte à toutes les hypothèses.

C'était le cas dans les heures et les mois qui suivirent le meurtre des deux quincaillières, rue de Roanne. Il venait à peine d'être appris, que certains juraient a priori leurs grands dieux que l'assassin s'appelait Ravachol. Selon leurs convictions, il aurait brusquement quitté les bois de Rochetaillée où il avait été traqué en vain, pour commettre l'assassinat de ces femmes réputées archi-millionnaires, et se procurer de la sorte des rentes pour ses vieux jours. Autant d'intuitions auxquelles ne manquaient que des preuves.

MAIS IL FUT BIEN COURT LE TEMPS DES MYRTILLES

Faute d'utiles descriptions permettant de l'identifier, beaucoup voyaient Ravachol partout, ce qui faisait circuler les rumeurs les plus fantaisistes. Début août 1891, la nouvelle se répandit que la gendarmerie l'avait arrêté au Bois Noir, alors qu'il s'agissait sans doute d'un simple prisonnier amené de Saint-Genest-Malifaux. De quoi donner libre cours aux chimères : l'assassin de l'ermite de Chambles y aurait monté une distillerie spécialisée dans l'eau de vie aux airelles. A telle enseigne que l'octroi se serait trouvé sur le point d'y établir un poste de surveillance. Ainsi, après passeur d'alcool converti en faux monnayeur, comme il l'avouerait aux assises de Montbrison, il devenait fabricant contrebandier au dire de la population.

Deux lettres fantaisistes signées Ravachol étaient parvenues fin juillet au " Mémorial de la Loire ". Dans l'une il racontait qu'il s'était tranquillement promené à Terrenoire, tout le dimanche précédent. Il ajoutait qu'on avait tort de  le chercher dans le barrage, car il n'avait aucune envie de se noyer. Et s'il désirait prendre un bain, il irait de préférence à Andrézieux. L'autre missive, d'une écriture différente, ne plaisantait même pas, comme la précédente, sur le soi-disant suicide de Ravachol dans le Rhône. Elle annonçait le départ de son auteur pour Vichy, où il ne ferait qu'une demi-saison, afin de revenir assister à l'ouverture de l'Exposition sur la place Carnot.

Aux approches du 15 août, le bruit courut qu'il se trouvait dans le bois de Fournel, entre Saint-Genest-Lerpt et La Fouillouse. La fillette d'un cultivateur au Poyet faisait paître son troupeau dans une clairière isolée lorsqu'un individu, sorti d'un bosquet, se mit à faire des gestes réprouvés par la morale. L'enfant se sauva, revint le lendemain en compagnie de son père. Ils aperçurent le personnage, au teint jaunâtre, précisait le rapport de police, avec un pantalon troué aux genoux, alors que le signalement officiel de Ravachol évoquait un homme " très soigné de sa personne " souvent de sombre vêtu, entre autres d'une redingote noire...qu'illustrait en toile de fond le spectacle place Gambetta, les soirs où s'élevait le chant du double meurtre.

...A suivre jeudi prochain...

 

 

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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