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Rappel des faits :

cholUn double meurtre sauvage.

A la nuit tombée du 27 juillet 1891, deux commerçantes ayant pignon sur rue étaient sauvagement assassinées chez elles, tout près du centre-ville. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. Mais, celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage.

Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué.

 

Faute d'un coupable dûment identifié, l'enquête livrait en pâture au public une série d'arrestations. Au début du mois d'août 1891, deux musiciens ambulants furent jetés en prison. Trois semaines plus tard vint le tour d'une femme alcoolique, accusée d'un recel imposé par son beau-frère. Comme depuis il était en fuite, elle le fit soupçonner d'avoir commis les meurtres. Pourtant, bientôt lassée d'être tenue en haleine, l'opinion se forgeait déjà une certitude.


Elle se résumait à un nom qui, d'abord, d'un quartier à l'autre, circula vite de porte en porte et puis, le soir, en famille, entre deux louchées de soupe. Il s'agissait de Ravachol, plus facile à prononcer, surtout en parlant la bouche pleine, que son autre patronyme, Koenigstein, à fortes consonances germaniques. En peu de temps il était sorti de l'incognito. Et dès la fin juin 1891, il défrayait la chronique, quand il avait, pour le dévaliser, assassiné l'ermite de Chambles.

LES JAMBES DE LA RENOMMÉE

Il fut vite identifié après être obstinément retourné sur les lieux pour récupérer les sacs d'écus dissimulés. Dans les jours qui suivirent, il s'échappait, menotté, des mains du commissaire et des agents venus le capturer, sur les hauteurs de Villebœuf.

Sa course éperdue à travers la colline, où il avait, malgré d'encombrants bracelets de malfaiteur, semé ses poursuivants, ne pouvait déplaire aux gamins. Si la cour de récréation n'offrait pas le cadre idéal, pour une reconstitution fidèle, à défaut ils faisaient galoper leur imagination. Beaucoup se sentaient plutôt attirés par ce genre de héros en désaccord avec les lois que par l'accord...des participes passés. Et dès lors ils servirent d'escorte à tous ceux que l'on traînait au bureau ADH39.jpgde police, du simple ivrogne au fieffé malandrin. Ils le saluaient en chœur d'un unanime signe de reconnaissance : " C'est Ravachol ! C'est Ravachol ". Mieux qu'un leitmotiv, il devint le refrain et l'unique couplet glapi d'une seule voix par des dizaines de galopins, comme une sorte de référence suprême.

Furent même reconnues des reliques : une habitante du 39 rue Saint-Roch ( Antoine Durafour de nos jours ) trouva les fameuses menottes sur un tas de charbon dans sa cave, sans doute lancées depuis le soupirail. Les cadenas subsistaient sur la chaîne, à deux endroits nettement cisaillée.  la découverte remontait au 23 juillet, soit dix jours après que Ravachol eut annoncé sa décision de quitter ce monde. Le fait est qu'abandonnée en bordure du quai Perrache à Lyon, une redingote contenait son testament social : " Camarades, ne voulant pas servir de jouet à la justice bourgeoise, ne pouvant compromettre plus longtemps des camarades qui, jusqu'à ce jour m'ont prêté aide et assistance, je me décide à en finir avec la vie. Je ne regrette qu'une chose : c'est de n'avoir pas eu le temps de mettre l'argent en lieu sûr, car la propagande en aurait au moins profité. Que les camarades, lorsqu'ils auront l'occasion, tâchent de me faire mieux. Adieu à tous et vive l'anarchie. "( restitué tel quel ). On saurait par la suite que, deux heures après s'être  " noyé ", il envoyait une lettre à sa sœur, depuis la poste de Bellecour, le timbre à date faisant foi.

COUP DE THÉÂTRE

Pourtant, Ravachol s'était bel et bien jeté à l'eau, en tout cas au sens figuré. A l'adresse des anarchistes qui doutaient de sa sincérité, il claironnait sa fidélité à la cause. Et un suicide réussi dans sa version simulée, l'aiderait à brouiller les pistes. L'éventualité d'une imposture, tout de suite imaginée, rendit le grand public incrédule. La presse elle-même ne cachait pas son scepticisme, quand elle évoquait le désespéré de Lyon, d'un ton narquois qui en disait long. L'intérêt de la ruse apparut évident : sans le laisser tomber dans l'oubli, à la première affaire crapuleuse, personne ne chercherait Ravachol là où il n'était pas attendu.

Le hasard faisait bien les choses...quatre jours seulement avant le double meurtre de la rue de Roanne.

A lire jeudi prochain : Ravachol, ou le don d'ubiquité

 

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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