Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

LE BANC DES SUSPECTS

Cimetière Crêt de Roch - Photo Flickr


Ici, tout se passait à l'inverse de la tradition d'un vieux monde païen. L'acropole du Crêt de Roch, en guise de temples, se couvrait d'une nécropole. Elle élevait vers le ciel purifié sa préfiguration du paradis chrétien, quand les ténébreux enfers, le royaume des morts transformé plus bas en galeries de mine, demeuraient hantés seulement par les vivants.

Au cimetière Saint-Claude, une curieuse épitaphe, inscrite au pied d'une croix tombale, par tous les vents balayant la colline : " juste juge, juge suprême, Dieu du calvaire, ô Jésus, accordez-nous que nos meurtriers et nos détracteurs tombent à vos pieds et demandent grâce ". Ces mots post-mortem des deux quincaillières assassinées, à mi-chemin entre l'invocation et l'incantation, étaient creusés dans du marbre. Ils en avaient la dureté gravée dans la durée. Mais la justice transcendante implorée, dans ce lieu entre ciel et terre, n'excluait pas, d'abord, celle d'ici-bas. Dès les premières heures, l'enquête fournit une série de suspects.

La veille même de l'enterrement, 30 juillet 1891, deux hommes et une femme furent appréhendés à la descente du tram, en gare de la Terrasse. Il s'apprêtaient à prendre le train de Roanne avec de nombreux colis en leur possession.

Plus significative se révéla, début août, la capture à Montrond par les gendarmes de Saint-Galmier d'un certain Pierre Bayard, ex-courtier en librairie, âgé de 35 ans. Originaire de l'Ardèche, installé à Saint-Etienne deux ans plus tôt, il travaillait en dernier lieu à la cartoucherie du Rey. Il se faisait passer au début pour le précédent secrétaire du commissaire central de Besançon et, à ce titre, inspirait confiance à la police. Mais s'il paraissait sans peur, Bayard  ne resta pas sans reproche. Il faisait la traite des blanches et pour avoir extorqué des bijoux et de l'argent à l'une de ses proies, qu'il avait placée dans une maison de la ville, il avait été condamné à six mois de prison. A l'époque il habitait en face de la quincaillerie Marcon, où il occupait un garni en compagnie d'une femme.

Le lendemain un dénommé Philippe Reynaud était arrêté à Firminy. cet ancien mineur, pensionné de la compagnie de Chazotte, possédait des antécédents judiciaires. Il avait d'abord enregistré à l'état civil un nourrisson virtuel, à même de remplacer sa fille aînée,  qui, ayant atteint sa douzième année, ne devait plus toucher la caisse. Cette première condamnation pour nouveau-né, n'ayant jamais vu le jour, fut suivie d'une autre, pour vol sur la place des Ursules. A peine libéré, il prélevait une couronne sur une tombe afin de la déposer sur celle de sa femme. Presque un larcin à la Jean Valjean qui lui valut un nouveau jugement.

 

UN CLIMAT DE PSYCHOSE


Au même moment, un autre incident survenait à Firminy, Tout avait commencé en gare du Clapier. Une femme y attendait le train. Montée dans le compartiment des dames seules, elle remarqua à Bellevue un personnage vêtu d'un complet gris. Il semblait vouloir se cacher et s'installa dans le compartiment voisin. Intriguée par son attitude, la femme l'épia par la lucarne de la cloison. Il lui sembla remarquer des taches de sang sur le côté gauche de son pantalon. Arrivée à Firminy, elle le signala au chef de gare, qui fit venir les gendarmes. Ils interrogèrent l'individu qui parut assez embarrassé.

Enfin, courant octobre, les services de la Sûreté apprenaient qu'un certain Auguste Courbon, âgé de 24 ans, oubliait son passé assez loqueteux. L'y aidait un opulent vestiaire, pour se glisser dans de nouvelles peaux. Il vivait avec une fille soumise pour laquelle il fit de son logis, au 38 rue d'Annonay, une cage dorée en mobilier de prix. Lorsqu'on lui demanda des comptes, il fournit des réponses embrouillées, et finit par dire qu'il avait trouvé l'argent dans la rue. Et le fait d'être le petit cousin des victimes risquait de le désigner comme un suspect rêvé.

Mais de là à le convaincre d'assassinat...Il serait, ainsi que les autres, relâché faute de preuves.

Ce fut la police qu'on accusa pour un peu de préméditation : celle de tenir en vain le public en haleine.

A suivre...

 

 

 

 

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

Partager cet article

Repost 0