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Publié par Serge Granjon

Le Mystère de la rue de Roanne

  Rappel des faits : A la nuit tombée du lundi 27 juillet 1891, deux commerçantes ayant pignon sur rue allaient être assassinées chez elles, tout près du centre-ville. Ce double crime souleva une énorme émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage.

Alors, s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué.

Comme inspiré des frissons contraires qui gagnaient l'assistance, un vent léger agitait la feuillée. Ballottée entre ombre et lumière sous les réverbères de la place Gambetta, elle imitait à sa manière les outrances du mélodrame, qui basculait du pleur au rire. la complainte de l'assassinat de la rue de Roanne fit bientôt recette quand chacun des couplets, repris avec entrain par des voix éraillées, laissait la gouaille ou la tristesse au fond des yeux.

Dans ces premières soirées de l'automne, la façade voisine de l'église Saint-Louis résonnait d'insolites cantations :

" Donc un matin vers huit heures

Du mois de juillet dernier,

Leur magasin resta fermé,

C'qui fit redouter un malheur ;

Les voisins tout étonnés

Préviennent les autorités. "

Ce matin-là en effet, le commissaire de police du 5éme arrondissement, accompagné d'un serrurier, qui dut forcer un volet et casser un carreau pour ouvrir l'intérieur. En vain fut fouillée la chambre, dans ses moindres recoins, et un réduit attenant, la cuisine et la salle à manger. Tout était là aussi, fracturé. Tiroirs et objets de toutes sortes étaient répandus pêle-mêle au sol. Pendant que le commissaire ordonnait des recherches dans la cave, il s'engagea dans le magasin, qui ne présentait rien d'anormal, au premier aspect. Un agent s'approcha pour prendre une bougie posée sur l'une des deux banques de la rue de Roanne. Il recula, épouvanté, à la vue de deux jambes qui en dépassaient l'alignement. La première victime découverte était la fille Marcon, près du mur bordant la cour de la rue Saint-Honoré.

 

UNE SINISTRE PIÉCE A CONVICTION

L'examen du médecin légiste facilita beaucoup le début de l'enquête. Chose singulière, la fille n'avait pas les mains crispées, ce qui laissait supposer une mort par effet de surprise, contrairement à sa mère. Pour celle-ci, le cou terriblement congestionné permettait de présumer un étranglement. Le décès, pourtant, avait une même cause : l'enfoncement de la boîte crânienne, mais à l'avant dans un cas, et pour l'autre à l'arrière. Sur un petit poêle en bordure de la banque, où se trouvaient éparpillés quelques échantillons de vis et deux porte-monnaie vides, on avait reposé l'instrument des crimes. Simple outil au départ, il s'avérait infiniment dangereux, utilisé en tant qu'arme. C'était un énorme marteau dont se servent les riveurs.

A l'appui de ces indices, un scénario fut vite envisagé. Le soir de 27 juillet les deux femmes allaient fermer la boutique. Les volets déjà clos, la porte bientôt poussée, surgit, l'air troublé, un client de dernière minute, prétextant un achat urgent. On le laissa entrer. Il s'avança vers la banque au fond du magasin, demanda vis et tournevis à Mlle Marcon. Pendant qu'elle cherchait dans les tiroirs, derrière elle, l'inconnu remarqua le maillet dont il frappa la marchande. Au bruit de sa chute, la mère accourut. Un complice alors entra-t-il dans la place ? Le second meurtre le faisait pressentir : il n'était pas dû à la strangulation, mais au coup de massue sur la partie postérieure du crâne. Il en fut d'ailleurs porté un autre à la mère et plusieurs à la fille. Un tel acharnement avait pour équivalent la rage de vider les meubles de tout leur contenu, comme si, après leur crime crapuleux, les assassins avaient voulu saisir quelque papier compromettant.

Seule aurait pu répondre une poupée en carton servant de modèle. Restée debout sur le dernier rayon de l'armoire, elle fixait obstinément les draps jetés sur le plancher, les matelas éventrés.

Mais l'unique témoin de la scène gardait les lèvres figées, et si ses yeux de verre semblaient écarquillés d'horreur, ils n'avaient fait que regarder sans voir.

A suivre...

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