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A partir de ce mois-ci et durant tout l'été, Serge Granjon, historien bien connu des Stéphanois nous plonge dans l'atmosphère angoissante et néanmoins passionnante d'une affaire criminelle qui secoua la ville à la fin du dix-neuvième siècle : le 28 juillet 1891, les dames Marcon, quincaillières réputées de la rue de Roanne étaient sauvagement assassinées. L'affaire fit grand bruit car un des accusés n'était autre que François Koënigstein, plus connu sous le nom de RAVACHOL, anarchiste responsable de plusieurs attentats à la bombe (l' attentat de la rue de Vichy à Paris le 27 mars 1892 fera sept blessés et plus de 120000 frs  de dégâts ).

De l'assassinat à l'exécution du présumé assassin, Serge Granjon nous fait revivre avec émotion et force,  à travers 13 chapitres,  ce crime et son procès .   

Elsapopin

 

  UN DOUBLE ASSASSINAT

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Plus lugubre qu'un glas déversé par les baies de la proche église Saint-Louis, une sombre complainte allait envelopper la place Gambetta.

A la tombée d'une nuit de septembre 1891, des chanteurs entonnèrent chacun leur couplet.

Mieux que pour tenir la cadence, un accordéon, histoire de créer l'atmosphère, venait les épauler de miaulements plaintifs.

 

 ET CE N'ETAIT PAS TOUT. L'image complétait le tout. Une toile accrochée aux arbres montrait la scène évoquée : une femme à terre et une autre violemment frappée par l'assassin, un monsieur en habit. Dans un coin le bourreau, de rouge vêtu, observait le crime, en attendant le châtiment. L'assistance reprenait en chœur chaque strophe, à commencer par la première :

" Venez entendre l'histoire, habitants de tous pays, de l'assassinat commis dans la Loire, à Saint-Etienne, ; les victimes, vous les plaindrez, les assassins vous les maudirez ! "  

Le mardi 28 juillet 1891, une foule énorme se massait aux abords de la rue Saint-Honoré et de la rue de Roanne ( actuelle Charles de Gaulle ). Elle venait aux nouvelles pour le meurtre de deux commerçantes connues, les dames Marcon, qui habitaient le quartier depuis plus de vingt-cinq ans. chol.jpg

Les badauds s'agglutinaient jusque sur la chaussée, à la fois troublés par un double crime plus angoissant que ceux, passionnels, vécus au quotidien, et attirés par une curiosité morbide.

L'après-midi, les dix mille exemplaires de l'édition spéciale du  " Mémorial de la Loire " s'étaient arrachés en à peine plus d'une heure. Cependant les victimes, mère et fille, n'incitèrent pas à la compassion.

 

" Aux Cyclopes "

 

À cette enseigne du 13 rue de Roanne, elles tenaient une quincaillerie, dans un immemble qui faisait l'angle avec la rue Saint-Honoré ( actuelle rue Honoré de Balzac ). A l'unique étage un vaste local, où se réunissait autrefois un cercle, connaissait l'abandon depuis près de vingt ans.

D'autres logements aussi devenaient vacants : rue Saint-Honoré, dans une maison plus haute d'un niveau, après une cour à gauche du magasin. À sa droite enfin, derrière un grand jardin, en retrait de la rue de Roanne, restait inhabité un dernier bâtiment, lui encore propriété des deux femmes. Intraitable sur les locations, la mère en demandait un prix exagéré. Alors depuis des années la plupart des chambres demeuraient disponibles, à l'exception de deux, dans la bâtisse de la rue Saint-Honoré, tout juste désertée par les derniers occupants. Mais là, près de la cour, des vagabonds venaient chercher refuge, à défaut de trouver ce que proposait l'inscription : " Chambres à louer / Le tout à bon marché ". Deux vers bien plus vengeurs précédaient cette sorte de raillerie : " La mère à pendre / la fille à vendre. " Le premier s'avéra d'un funeste présage... 

Tôt le matin du 28 juillet, un jeune garçon apporta aux marchandes le lait, comme chaque jour à la même heure. Il trouva les volets clos, alors que, levées de bonne heure, elles livraient l'accès à leur échoppe vers 6 h 30 au plus tard. le gérant de l'" Épicerie parisienne ", située à l'angle opposé, lui conseilla de passer par la cour de la rue Saint-Honoré et d'aller frapper à l'arrière-boutique. 

L'enfant revint, " biche " en main. Il avait appelé en vain. Deux autres gamins envoyés annoncèrent, au retour, qu'ils avaient trouvé la porte ouverte. Du coup l'épicier s'y rendit, accompagné par un agent qui montait la rue de Roanne. Ils découvrirent l'entrée bel et bien entrebâillée. Ils avancèrent dans le couloir, pénétrèrent dans la chambre, et battirent en retraite devant un désordre effrayant : des meubles béants, ou carrément fracturés, le sol jonché de linge et de papiers épars. Désemparés, ils tirèrent par mégarde la porte derrière eux, sans savoir encore qu'ils venaient de découvrir une sordide affaire. 

La complainte, colportée de bouche en bouche, en rappela deux mois plus tard les raisons, seulement suggérées, pour prolonger le suspense, à la chute du second couplet :

" La fille ainsi que la mère, rue de Roanne habitaient ; ces deux personnes exerçaient la profession d'quincaillières ; elles passaient depuis longtemps, pour avoir beaucoup d'argent. "

 

A suivre...

Image : site Forez Info 

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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