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Rappel des faits :Le lundi 27 juillet 1891, à la tombée de la nuit, les Dames Marcon, commerçantes bien connues, étaient assassinées chez elles, rue de Roanne. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué

Le 22 juin 1892 tombait la sentence : Le Cour de Montbrison condamnait  RAVACHOL à la peine de mort. Depuis son arrestation à Paris, l'épilogue devenait prévisible par l'accumulation des indices. le premier qui l'avait trahi révélait son identité. C'était un haut-de-forme acheté chez Ravel Fabricant, 44 rue de Lyon, avec, à demi effacés, les mots " à Saint-Etienne ".

 

ravachol aux assisesLe deuxième à le dénoncer aurait été Béala en personne. Sans doute espérait-il ainsi se concilier l'indulgence des juges pour l'attentat à la bombe du Boulevard Saint-Germain, avant de comparaître devant les assises de la Seine.

mais quand, à celles de la Loire, fut évoqué l'assassinat des deux quincaillières, il nia en avoir appris le déroulement à Chaumartin, ne serait-ce qu'afin d'éviter l'inculpation de complicité. Il démentit cet aveu qu'on lui attribuait, d'avoir, lors du crime, surveillé les abords de la quincaillerie, à l'angle des rues de Roanne et de Saint-Honoré. N'empêche que la déposition de Chaumartin n'était pas exempte  de singularités.

 

L'ARGUMENT MASSUE

Résultat d’images pour proces ravacholRavachol, accompagné d'un mystérieux complice, serait entré chez les dames Marcon dans le but d'acheter un marteau de cordonnier. Or, parmi les pièces à conviction présentées dans une caisse au procès de Montbrison, figurait le marteau. Il était marqué de deux initiales : RE. le bruit courait que l'objet avait été vu  peu de temps avant l'assassinat des deux femmes, chez le père de Béala, à Saint-Etienne, au moment où Ravachol y était caché.

De ce fait, si c'était celui du crime, les assassins n'avaient nul besoin de s'en procurer un dans la quincaillerie. le troublant témoignage, à la barre, d'un jeune ouvrier confirma pourtant l'affirmation de Chaumartin.

Par contre, la fille Marcon, quand le crime fut découvert, crispait encore sa main droite sur un paquet de vis. Selon toute vraisemblance, l'acquisition d'un marteau avait pu servir de prétexte aux assassins, qui avaient dissimulé le leur avant d'entrer, pour ne pas effaroucher les marchandes. Une fois à l'intérieur de la quincaillerie, il durent le montrer sans vergogne à leurs proches victimes, prétextant la comparaison avec celui qu'ils étaient censés acheter.

Elles leur dirent forcément qu'elles n'en vendaient pas. Et, à la place, ils se firent apporter vis, clous et rivets ou objets semblables pour en justifier l'usage....

ENTRE CONTRADICTIONS ET PRESOMPTIONS

Des écoliers avaient tapé, pour s'amuser, sur les volets fermés de la boutique, côté rue de Roanne. Un barbu, en redingote et chapeau melon, les avait poursuivis de la rue Saint-Honoré jusqu'à celle du Grand Gonnet. Pas un seul enfant cependant, en présence de Ravachol, ne déclara le reconnaître, même s'il portait alors la barbe et affectionnait toujours la redingote. Les révélations enfin que Chaumartin prétendait tenir de Béala portaient en germe une contradiction : d'une part les assassins auraient remis à Madame Marcon un billet de 50 francs qu'elle s'apprêtait à échanger, et de l'autre ils n'auraient, trouvé après avoir vidé tiroirs et meubles, que 2,50 francs ! A moins que ce ne fut une dérobade de Béala, pour éviter de tout partager avec la cause de l'Anarchie.

En dernier recours, le Président du tribunal exhorta Ravachol à dire la vérité : " Vous pouvez bien avouer ! Au point de vue légal, cela ne changera guère votre situation. " Il se contenta simplement de répondre : " Je n'ai pas commis ce crime ". Alors, si ce n'était pas lui, il pouvait bien taire l'identité du coupable, qu'il ne connaissait que trop.

A défaut de certitudes, seules des présomptions l'emportaient, ce que le jury n'estima pas suffisant pour charger le meurtrier de l'ermite de Chambles de ce crime supplémentaire.

Trois ans  plus tard, une chape de pierre recouvrait de silence le mystère étouffant. Un immeuble de belle apparence l'ensevelissait dans l'oubli avec ou sans le fantôme de Ravachol.

 

« Je souhaite que les jurés qui, en me condamnant à mort, viennent de jeter dans le désespoir ceux qui m'ont conservé leur affection, portent sur leur conscience le souvenir de leur sentence avec autant de légèreté et de courage que moi j'apporterai ma tête sous le couteau de la guillotine. »

  François Koënigstein, dit Ravachol, Le Révolté, n°40, 1-7 juillet 1892 - Guillotiné le 11 juillet 1892 à Montbrison, Loire.

Résultat d’images pour proces ravachol

Ainsi s'achève l'affaire de l'assassinat des dames Marcon, qui conduisit à la guillotine l'anarchiste François Koënigstein, dit Ravachol...sans doute pour le seul des crimes qu'il n'ait pas commis.

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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