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Publié par ph. Guillaume

Il manquait une dizaine d'années à Arthur PENN pour arriver à l'âge canonique de Jack Crabb,l'anti-héros de " Little big man ".

Celui qu'Ingmar Bergman avait désigné comme un des " plus grands cinéastes du monde " restera le parangon d'un " cinéma par excellence " qui jeta ses derniers feux dans les années 70 en inscrivant les genres traditionnels dans une réalité sociologique marquée par le mouvement hippie et la guerre du Vietnam.

A cet égard," Little big man " signale " la fin d'une époque pour la carrière de Penn et pour les Etats Unis "( 1 ). J'ajouterai ..pour le cinéma américain que nous aimions, et qui dans la décennie suivante, à quelques exceptions près, basculera dans l'infantilisme et la niaiserie.

Avec le temps, cet anti-western est devenu un classique. Si Penn s'autorise quelques beaux mouvements d'appareil dans les batailles afin d'intensifier l'émotion, aucun ralenti, aucun placement de la caméra sous les chevaux ,aucune fioriture pseudo baroque ne vient brouiller son regard, et il nous livre ,selon les historiens, la plus fidèle reconstitution de la bataille de Little big Horn.

Ce classicisme est enrichi par l'héritage du roman picaresque européen et du conte philosophique du XVIIIème siècle. Il s'agit bien d'"extravagantes aventures d'un visage pâle ",de l'initiation sexuelle et idéologique d'un petit frère de Candide et Gil Blas, picaro ballotté d'une communauté à l'autre dans un monde chaotique et absurde que résume cette réplique : " un ennemi avait tué mon meilleur ami pour me sauver la vie ".

Conformément à la tradition du conte voltairien, la " civilisation " en prend plein la poire et fait les frais d'une série de situations comiques dignes de Lucky Luke ( le personnage de MERRIWEATHER, Jack devenu Kid Limonade,...etc ), marchands, chercheurs d'or et ganache en quête de gloire militaire s'entendent objectivement pour spolier les indiens. Brutale et sournoise, la société des blancs engendre un cortège de refoulements et de névroses qui pousse, par exemple, la puritaine épouse du révérend Pendrake à devenir la putain Lulu Kane.

 Les Cheyennes,en revanche,tout comme au temps du " bon sauvage "des Lumières, montrent une attitude de tolérance en matière sexuelle et maintiennent avec la Nature et le Religieux le lien qui caractérise les sociétés Traditionnelles.On reconnaîtra quelques aspirations et revendications des hippies de Woodstock car ce western pro-indien est encore réalisé par un blanc.

Néanmoins, la sage dignité du vieux " Peau de la vieille hutte "joué par l'étonnant chief Dan George me fait songer au chef Tahca Ushte dont les mémoires publiées dans la fameuse collection " Terres humaines " de Jean Malaurie ( 2 ) offraient sur le devenir des nations indiennes un point de vue dénué du pathos compassionnel dicté par la bonne ou la mauvaise conscience. Il considérait entre autres comme un sacrilège ( et une connerie ) la défiguration du mont Rushmore par les têtes des fondateurs de la démocratie américaine,  comme une humiliation la statue de Sitting Bull dans les Black Hills et concluait son livre par ces mots :

" Wakan tanka,tunkashila,onshimala "  " Esprit, esprit tutélaire, aie pitié de moi, que mon peuple vive ".

On sait ce qu'il en advint...

 Phillippe Guillaume

   ( 1 ) Bertrand Tavernier et Jean Pierre Coursodon :" Cinquante ans de cinéma américain "

   ( 2 ) Tahca Ushte et Richard Erdoes :" De mémoire indienne " ed.PLON

 

 
 
 
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