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Publié par S.Granjon

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L’adieu au chansonnier libertaire : Benjamin Ledin

 

« Quand tout finit, tout recommence ; /La vie est fille de la mort », écrivait Benjamin LedinComme la flore prépare les semences, lorsqu’elle devient humus.

 

D’ailleurs, en guise d’un crêpe de lourds nuages, seule une gaze de brume ensoleillée accompagnait l’impressionnant cortège. Depuis le domicile mortuaire, au 13 rue Wilson, plus de deux mille personnes remontaient les trottoirs qui menaient au Crêt-de-Roch. Tandis que devant le cercueil flottait le drapeau de la Libre Pensée, Lucie, la fille de Benjamin Ledin, conduisait le deuil. Elle avait refusé tout discours au cimetière.

 

Mais dès que la nuit souffla les dernières clartés de la Toussaint 1935, les couronnes offertes se mirent à parler du défunt…Un peu le juste retour des choses, du temps où il murmurait lui-même à sa compagne : « J’ai porté, ce matin, une fleur sur ta tombe ; /Fleur unique pour toi, mais aux tons éclatants ».

 

A commencer par la gerbe du conseil municipal, jusqu’à d’autres venues d’associations philanthropiques, chacune fit entendre sa voix. La première rappelait l’entrée en politique du frère d’un « maire ouvrier de Saint-Etienne ». C’est ainsi que Jules Ledin aimait s’appeler. D’abord devenu curieusement évangéliste, Benjamin Ledin n’en faisait pas mystère. Ses goûts pour l’étude avaient retenu l’attention du pasteur stéphanois. Formé à Paris, envoyé dans le Pas-de-Calais puis dans l’Aisne, il rencontra des supérieurs « qui avaient plus d’amour pour l’argent que pour Dieu ». Un président d’une société d’abstinence « ne s’abstenait que de s’abstenir ».

 

Du prédicateur au libre penseur


Alors Benjamin bifurqua sur la philosophie positiviste, correspondit avec son frère à propos du socialisme qui l’attirait déjà, et fit une tout autre profession de foi. « J’abandonnai le ciel pour prêcher le bonheur sur la terre par la fraternité humaine ». Une fois à la tête de la Libre Pensée de la Loire, il abordait l’engagement politique, en même temps que l’action sociale. Secrétaire de mairie à Saint-Jean-Bonnefonds, à La Ricamarie, il garda longtemps la présidence de la Ligue Stéphanoise des Droits de l’Homme. Elu conseiller municipal sur la liste de gauche en 1919, il fut reconduit deux fois dans son mandat. Lorsqu’il fut nommé administrateur des Hospices, il avait depuis longtemps appris à rester serviable.

 

Tant de fonctions n’empêchaient pas Benjamin Ledin de cultiver les Muses, invoquées au nom du peuple. Outre des « Variations sur le fil », cet enfant de tisseur avait composé« la Complainte du Battant ». Titre qui, au fond, d’un sens du mot à l’autre, pouvait résumer l’œuvre de celui qui avait toujours su conserver…l’étoffe d’un battant.

 

 


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