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Publié par philippe guillaume

En cette période pascale je vous invite à découvrir un des meilleurs " biopics "consacrés à Jésus (en ligne intégralement sur " You tube ").

Le cinéma muet est un continent oublié sinon perdu, le passé du cinéma et l'avenir du cinéphile, puisque nous retrouvons, en l'explorant, l'enthousiasme et l'excitation propres à la découverte d'une Atlantide engloutie.

Cecil B.de Mille  se souvenait des récits entendus dans son enfance et chevillait la foi du bûcheron à un sens aigu de la dramaturgie sans rien ignorer des passions humaines.

Si, retenant les leçons de Dumas, il violait l'histoire sainte c'était à coup sûr pour lui faire de bien jolis enfants.

Tout comme Spielberg dans " Il faut sauver le soldat Ryan " et Scorsese dans " Gangs of New York " De Mille ouvre son " Roi des rois " avec une séquence " choc ", en couleurs ( nous sommes en 1927 ), digne du " Satyricon " de Fellini.

Nous voilà dans une partouze chez la callgirl du coin, une certaine Marie-Magdala, furibarde de constater que son amant Judas Iscariote l'a plaquée pour suivre un minable charpentier (Une révélation que le " Da Vinci Code " avait occultée...).

Revêtue d'un très court ensemble " léopard ",elle bondit, telle une furie sur un char qu'elle mène à tombeau ouvert dans les rues de la ville et découvre, en même temps que nous, le charpentier prêcheur à travers le regard d'une gamine guérie de sa cécité.                           

S'enchaînent alors les épisodes attendus : la résurrection de Lazare, la femme adultère (très sexy elle aussi) ," rendons à César ", les marchands du temple, la Cène, les jardins de Gethsane, la comparution devant Pilate, un Ramsès soumis à sa craquante Claudia Procula, incitée à la pitié devant la flagellation de Jésus (pas un film de Cecil B. sans ce passage obligatoire). Ponce Pilate,sur ses suppliques, laisse donc aux vilains prêtres aussi gros et laids que les séides du docteur Mabuse, le soin de décider du sort de l'infortuné Nazaréen.

De Mille s'en tire très bien en lestant chaque épisode d'un poids de réalisme, d'humanité et de sensualité ajoutant une dimension tragique à cette histoire un peu niaise. Sans illusions sur l'amitié, Jésus sait qu'il sera trahi par Judas et renié par Pierre, tous ces apôtres qui ont ici une épaisseur qu'on ne leur connaissait pas. Il renonce à la bagarre, conscient que le pire est toujours devant nous. Les jeux sensuels et coquins lui sont interdits, la mentalité marchande l’écœure, et il se prépare pour la croix..

La fin ne vaut pas le début car il  faut bien un peu de prêchi-prêcha dans les fleurs et les flonflons du paradis annoncé, Marie-Madeleine a troqué sa tenue sexy contre la burqa et suit un cortège de mines déconfites, dénué du moindre sentiment de révolte.

La scène du Golgotha fut tournée en Décembre 1926, et la foule des figurants entonna " Load Kingly "un moment émouvant, " un voyage dans le temps "selon De Mille, la terre s'entrouvrit à nouveau et les vitraux se mirent à vivre.

 " Grande machine prétentieuse et vide. Satisfaction roublarde de l'épicier convaincu "(Jean Mitry). A croire que les historiens du cinéma à l'instar de nos journalistes se copiaient les uns les autres sans souci de vérifier leurs sources DE VISU.

 Dommage que nous ne puissions voir sur " You Tube " que le prologue des " Dix commandements " de 1923 ne pouvant vérifier, avec la suite, ce qu'il en coûte de ne pas les respecter aujourd'hui ! Les moments clés y figurent et seront développés en 1958.

On commence " in media res ".

Sur l'image du sphinx se dessine la silhouette d'un garde-chiourme qui donne la cadence au peuple hébreu. Ramsès, dieu vivant très efféminé, passe par là et écrase un esclave comme un insecte...Suit la visite de Moïse, abbé Pierre sermonneur, au tyran.

Le garnement de Ramsès donne des coups de fouet au malheureux vieillard. Ce petit fumier va payer son impolitesse de fils à papa car Dieu va le rappeler à lui pour lui infliger la fessée que ses parents ne lui ont jamais donnée. L'épouse de Ramsès, contrairement à Anne Baxter en 1958, est discrète et insignifiante et ne fait que montrer ses cuisses grassouillettes sous sa jupette, le souverain n'a pas besoin d'elle pour décider sur un caprice motivé par la haine d'exterminer le peuple de Moïse.

  L'arrivée au bord de la Mer Rouge semble filmée dans les mêmes décors que ceux de 58, à ceci près que le noir et blanc enlève le côté " dessin animé ".

Ramsès et son armée sont engloutis par les eaux. Et nous voilà sur le Sinaï. L'écrit, cette fois, remplace la voix sourde de Yahvé qui scandait les commandements tandis qu'en bas  se déroule une même orgie où le diable ne reconnaîtrait pas ses petits tout emmêlés.

Une créature a échangé ses guenilles contre un bikini et se love et se frotte contre le veau  d'or.

Titre original : « The Ten Commandments »

Soudain, l'abbé Pierre se pointe avec deux grosses plaques de marbre dans les bras et les jette sur la foule, provoquant une catastrophe bien plus meurtrière que celle qui toucha le dancing de St Laurent du Pont en 72.

Si on m'avait montré les films de Cecil B. de Mille au catéchisme , j'y serais allé plus souvent.

                                                                  

 PS. Un de ces prochains jours je vous dirai quelques mots d'un autre De Mille étonnant:"Le signe de la croix"...

Extrait de King of the kings 1927

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