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Publié par Philippe Guillaume

  "Après avoir descendu les escaliers rouges du Mac Mahon, on découvrait les plaines Walshiennes cinémascopées, les petites maisons Rayennes sous la neige."
   Simon MIZRAHI

 
 

Le flash back, au cinéma, est la figure de style qui a ma préférence
et le souvenir d'Eric Rohmer, dans un fondu enchaîné, m'a entraîné vers cette époque ou le cinéma représentait un enjeu esthétique, éthique, voire politique, excluant la consommation passive et la multiplication des pseudo "films événements" ," cultes " ou non, oubliés trois mois plus tard.
Si aujourd'hui Alfred Hitchcock et Howard Hawks sont renommés pour être de très grands metteurs en scène,  ils le doivent en partie aux jeunes critiques qui en 1950-1960 écrivaient dans "Les Cahiers du Cinéma" avec la volonté polémique de proclamer " auteurs "des gens qui n'étaient pas reconnus.

Pour Bresson et Chaplin la question ne se posait pas " il n'y avait débat que pour ceux qui effectivement travaillaient dans un système contraignant " ( Rohmer).

Affirmer que la période américaine de Fritz Lang  était supérieure à sa période allemande ou souligner les traces de catholicisme chez Hitchcock, comme le firent Rohmer et Chabrol, relevait de la provocation, dans ces années ou il était de mise de croire que les grands metteurs en scène européens avaient vendu leur âme et sacrifié leur talent à l'hydre hollywoodienne.
 

C'est André Bazin qui le premier s'attacha à montrer que la mise en scène était le facteur déterminant de la réussite d'un film. Plus réticent à l'égard des " hitchcocko-hawksiens " il n'en accueillit pas moins Truffaut et Rohmer dans les colonnes des " Cahiers ".Avec l'intolérance consécutive à la passion, ces jeunes loups pourfendaient les valeurs sûres du cinéma français et faisaient découvrir au public le cinéma américain.

La " politique des auteurs "donna naissance à  plusieurs courants cinéphiliques dont le moindre ne fut pas le " mac mahonisme "qui regroupa autour d'une salle du XVIIème arrondissement parisien et de la revue " Présence du cinéma "  quelques jeunes gens qui radicalisèrent la  politique de Bazin .

Quatre metteurs en scène constituaient leur fameux carré d'as : Joseph Losey, Otto Preminger, Fritz Lang et Raoul Walsh et le diptyque hindou (" Le tigre du Bengale"  et " Le tombeau hindou " ) de Lang, assassiné par la critique, était une de leurs œuvres de prédilection.

Cahiers du cinéma logo.gif En 1959 dans " Les Cahiers du cinéma " leur chef de file Michel Mourlet, dans un article repris dans le recueil " Sur un art ignoré " définissait la notion d'auteur par "l 'emprise que le cinéaste exerce ou n'exerce pas sur la nature même de son art, sur ce que l'écran nous délivre sur la lumière, l'espace, le temps, la présence insistante des objets, le brillant de la sueur, l'épaisseur d'une chevelure, l'élégance d'un geste, le gouffre d'un regard ".

Ce n'était ni les idées ni les sujets des films qui retenaient l'attention des mac mahoniens mais la vision du monde révélée par une mise en scène au plus près de la réalité sensible, à cent lieues de ce cinéma " boum boum " fier de redevenir l'attraction foraine qu'il était à ses origines.
Est il possible d'évaluer l'importance historique de ces mousquetaires de la cinéphilie ? On leur doit la découverte ou la redécouverte de Losey, Lang, Preminger, Walsh, Vittorio Cottafavi, Ricardo Freda, Jacques Tourneur mais Don Weis méritait -il d'être élevé au rang d'auteur pour le seul " Hadji Baba "? La réponse à cette question n'a en fait aucune espèce d'intérêt car le mac mahonisme était aussi et je dirais même surtout lié à une attitude voire une philosophie qu'il n'est pas excessif de rapprocher du dandysme.

 

En 1959, contre l'avis des distributeurs de la MGM  qui le réservaient, non sans mépris, à la province, les mac mahoniens imposèrent " Les contrebandiers de Moonfleet " à l'affiche de leur cinéma. Ce n'est pas sans émotion, vous le devinez, que, cinquante ans plus tard , j'y ai vu  ce bijou qui reste un des plus beaux films de Fritz Lang.

Alors que les salles de cinéma dignes de ce nom disparaissent les unes après les autres, bouffées par les grands complexes distributeurs de pop corn, le Mac Mahon défie le temps, fidèle à sa programmation. Chaque fois que, place de l'Etoile, je passe devant ce temple de la cinéphilie j'ai le sentiment d'appartenir à une confrérie secrète mais cette émotion ne se paye pas d'illusions, Il est TROP TARD, les bretteurs du Mac Mahon ont mené et gagné sans moi leurs batailles d'Hernani et de cela je resterai à jamais inconsolable.


PS : Pour en savoir plus vous pouvez lire " SUR UN ART IGNORE"  de Michel MOURLET réédité en 2009 aux éditions de poche Ramsay mais aussi le brillant, définitif, subjectif DICTIONNAIRE DES FILMS de Jacques LOURCELLES paru aux éditions ROBERT LAFFONT dans la collection BOUQUINS.

Et si l'un d'entre vous, en fouillant chez un bouquiniste, trouve le légendaire numéro 13 de " Présence du cinéma "consacré à Raoul Walsh ou mieux s'il l'a en sa possession je suis preneur.                                

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anofilm 05/02/2010 20:08


Bonjour,
Si vous cherchez le numero 13 de Presence du cinema , il est à vendre sur ce site.
Cordialement .

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/presence-du-cinema/presence-du-cinema-revue,26560219.aspx