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Publié par hacène Bouziane

IMGP1337[1]Un an auparavant, jour pour jour, notre homme y avait laissé grande bénédiction de rosée céleste, inspiratrice de prescience en toute chose, sur une foule de gueux médusés. 

Comme soudainement inspiré par l’esprit saint des simples, il s’était cantonné à leur octroyer le nécessaire de sainte logique pour se prémunir contre les dérives délirantes d’une inquisition toute puissante. Il s’était sagement contenté d’une présence de deux jours en ces lieux, pour pouvoir secrètement plier bagage et s’éclipser en pleine nature, avant que les autorités locales, mandatées par les pouvoirs religieux et royaux, ne s’intéressent  de trop près aux particularités de ses prestations, peu ordinaires en matière de prodiges spectaculaires.

 

Faut-il admettre une substance maléfique, lors de pareils agissements ? Aucunement, loin de nous toute idée d’une quelconque utilisation, de sombre sorcellerie, voire de magie blanche, même la plus infime, de la part de notre homme. La science traditionnelle, utilisée lors de ses manifestations publiques, ne saurait être autre que celle usitée par tout thaumaturge, mandaté par les puissances du ciel et de la terre, unifiées en un seul être. Telle sera toujours honorée la fonction du serviteur divinement inspiré. 

 

Notre homme s’inclina bassement pour remercier son auditoire et d’un geste sûr il intima le silence, à cette foule désinhibée de toutes pesanteurs produites par sa masse. 

Il ne craignait pas l’impondérable, une sorte d’omniscience l’accompagnait à chacune de ses mises en scène, sa prestation recelait une pratique rituelle, adaptée à chacune des situations présentes.  Le service se devait d'être irréprochable, approprié au plus juste des besoins, sans qu’il puisse outrepasser le rôle qui lui était assigné. Ainsi l’équilibre demeurait sauf en absolu. Seul les sons de la nature environnante brisaient le silence obtenu, il entonna alors un chant, une psalmodie nomade, pareille à la brise chaude caressant les herbes naissantes, le trot du cheval libre et fier, il augmenta le rythme jusqu’au galop, modula l’ensemble, pour le plaisir d’en extraire l’imitation d’une course sans entrave. 

 

La foule comme hypnotisée par cette cavalcade chevaleresque, se mit à vibrer à l’unisson, les cœurs battaient fort, les souffles exaltaient la complainte ancestrale humaine, tout devint vibratoire sur le champ de foire. Dans la prégnance d’une telle énergie bénéfique, les corps grossiers libérèrent, la luminosité de leurs propres formes subtiles. Un spectateur positionné au loin, aurait pu se méprendre et assister à une danse de lucioles en plein jour.  Notre homme ne relâchait pas la mélodie et le rythme ainsi esquissés sur l’imitation de la nature. La foule en un écho de bonne résonance, s’ajustait parfaitement aux prescriptions de cet homme orchestre, les lueurs de cette toute autre modalité corporelle, dansaient telles des créatures des quatre vents, chacune d’elle concourait à faire naître un arc-en-ciel des plus nuancés.  Ainsi les leçons du Khird, enseignant mystérieux du soufi réalisé, prenaient effet, ici même, en cette improvisation chorégraphiée.  

Quelques esprits scientifiquement rationnels, expliquent la lueur que les mahométans émettent, lors de leurs séances de la pratique du Dirk, par une interaction physique des forces magnétiques, de celles des corps en symbiose avec celles de la terre. Par là même ils omettent grossièrement l’action du ciel. D’autres pseudo-savants, plus englués dans l’occultisme et le spiritisme, expliquent cela par la certitude et la preuve de la présence de la forme des fantômes.  Notre homme formé à bonne école, connaissait au sens propre du terme toute l’ampleur de l’exaltation de cette part des petits mystères, à jamais incommunicables aux profanes.

 

La cession de danse chantonnée, dura la brièveté de son propre instant d’éternité.  IMGP1348[1]

Les corps ainsi régénérés semblaient être parfaitement préparés, pour le tableau suivant, que notre homme se préparait à leur offrir. Il déploya une grande toile de sept coudées sur deux, entre deux mâts de fortune, telle une bannière de blanche virginité, elle s’offrait au regard de tous. Profitant de l’effet de surprise de l’immaculée blancheur, il se procura un pinceau de taille moyenne, aux poils de martre soyeux. D’un geste rapide et sûr, il le trempa à plusieurs reprises, dans une encre de chine diversement colorée pour peindre tout un paysage féerique. En l’espace de quelques minutes, il avait réalisé un chef d’œuvre. 

Les oiseaux du ciel venaient virevolter à son entour, comme saisi d’un vif désir de paradis. Chaque regard de cette foule amadouée se délectait de cette image pieuse, que notre homme leur offrait en un tableau des plus suprasensibles. La beauté ainsi rendue en perspective imagée, aiguisait parfaitement l’acuité visuelle.  Une telle vibration de couleurs ne pouvait, que rendre la vue à quelques aveugles, qui sans mot dire, réajustaient parfaitement leur vision intérieure. Quelques œuvres de la même facture avaient été retrouvées, en quelques monastères isolés de montagne, sur plusieurs continents. La période de réalisation de tels chefs d’œuvres iconographiques s’étalait sur plusieurs siècles, ce qui laissait présager plusieurs générations de peintres chevronnés, tous anonymes. 

Notre homme semblait maîtriser la science traditionnelle du geste sûr et de la restitution spontanée, d’une inspiration méditative des plus pures. Les maîtres imagiers les plus chevronnés devaient lui avoir transmis le secret d’une telle pratique à jamais inégalée. Ces images ne seraient donc pas des légendes, de par leurs forces opérantes et curatives, sur les âmes, même les plus enténébrées. Laissant son public se perdre dans les détails colorés, de cette singulière peinture de nature vivante, il  nettoya et rangea soigneusement son matériel d’artisan imagier.

Sans qu’aucun ne put s'en apercevoir, il grimpa d’une avancée simiesque, jusqu’à la cime du chêne ancestral. Du haut de son perchoir, il émit fortement mille chants d’oiseaux, la foule interpellée, ne put que lever les yeux au ciel, pour ouïr  précisément la provenance d’une telle symphonie, digne des meilleurs oiseleurs.  Les volatiles présents à cent lieux à la ronde ne s’y trompèrent pas et vinrent spontanément tournoyer autour de notre homme. Qu’elle soit rapace ou passereau, chaque espèce s’entrecroisait dans un vol d’escadrille de haute voltige. Notre homme ne cessait de les encourager, usant de chacun des chants particuliers, de cette faune aérienne. 

 

Les oiseaux prenaient plaisir à esquisser de multiples figures, des plus complexes, sans aucune gène il parcellait l’azur, de leurs traces colorées, ainsi devenu kaléidoscopique.

Grands et petits, admiratifs, écarquillaient leurs yeux, pour mieux se laisser prendre par la vision tournoyante de ce ballet célestin, tout de plumes légères et bigarrées. 

Pour accentuer le tour final, de ces escadrilles pacifiques à souhait, notre homme s’élança de tout son corps du haut de l’arbre ancestral, pour simplement venir se poser sur le fond de l’air et planer gracieusement parmi les créatures  volantes, amadouées par la virtuosité de son chant d’oiseleur, certainement appris auprès de quelques taoïstes anachorètes.

IMGP1340[1]Les regards  se focalisèrent sur cet incroyable prodige, d’un homme volant sans l’aide d’aucun artifice. Par Dieu, seuls quelques saints moines rendus plus légers que l’air, par la vertu d’une vie ascétique, s’étaient compromis en de pareils faits contre nature, seulement usités ordinairement par les disciples de Satan, pour réduire la distance qui les séparait de leur maître en malfaisance.  Notre homme n’étant pas connu comme portant l’habit monastique, des cris comme ceux des possédés, pareils à ceux des somnambules réveillés  en sursaut, se firent entendre parmis les dévots. Les autres demeuraient cois, ne sachant trop si leur raison ne leur jouait pas quelques tours d’ivresse hallucinatoire. 

Notre homme sûr de son effet, s’en vint atterrir au pied de l’arbre, comme soutenu par deux anges, que certains certifièrent avoir bien aperçu. Nul n’osa l’approcher, pour le saisir les dévots en appelaient à la sainte inquisition, les autres ne pouvaient que les contenir, pour éviter le lynchage systématique. Notre homme se saisit de la première pierre d’achoppement, posée là à ses pieds et la tendit à ces dévots hystériques extrémistes, vociférant l’enfer à son encontre. Ils comprirent spontanément le geste de notre homme et se mirent à rougir, tant leur culpabilité pécheresse se fit voir à leur propre conscience, dans un état tellement éloigné de la charité véritable. 

Ils purent boire ainsi, en pénitence, toute l’eau usée de leurs propres péchés contre l’esprit saint. Notre homme ne semblait vouloir que leur enseigner, en paraboles démonstratives, pareil à son Seigneur et maître secret, toute une science sacrée de servitude christique, qui rend éternellement libre. 

 

Précédemment, le chant des oiseaux, leur condition de créatures célestes, leur état de nature dépendant et contingent, la légèreté de leur bonne volonté, ceci fut aisément compris par la majorité et après coup même par le plus bigot d’entre eux.  Quelle qu'en soit l’origine, il y a une explication à la pratique, pas très catholique, quoique… de notre homme.  Elle est une simple et étrange contribution à vivifier le cœur des hommes, pour le salut des âmes, tant qu’il en est encore temps. Lui et quelques autres œuvrent par miséricorde, sans compter leurs heures, sous l’habit de l’humilité du service divin, pour qu’advienne le rassemblement du petit reste. La plupart de ces gens ne présupposaient pas la venue rapide des signes des temps en cet occident qui se prédestinait prochainement à une contrefaçon civilisationnelle des plus redoutables, servit telle une renaissance, qui ne fera qu’accentuer l’éloignement des hommes de cette fin de cycle, de tous principes régulateurs traditionnels et intronisera le règne de la quantité, sous les auspices de la négation du principe transcendant en toute chose.

 

Notre homme sentit venir l’heure, de prendre congé de cette foule pleinement revivifiée, par la teneur miraculeuse de sa prestation régénératrice. Il vivifia ainsi moult cœurs appesantis par la lourdeur et les affres des temps de l’âge sombre.  En silence il rassembla ses affaires de bric et de broc, plia la nappe de soie noire, rougeoyante

de blancheur.  Il salua son auditoire bassement, mains jointes, des larmes de gratitude perlèrent aux yeux de ces gens du peuple, rendus pleinement heureux. Num-riser0060.jpg 

Pour sûr, de tout cela il  ressortira qu’une génération de résistance germera, pour permettre à la postérité de la dignité humaine, d’ennoblir ses qualités de créatures spirituelles.  La plupart des témoins de cette petite histoire de sainteté anonyme, n’oublieront jamais jusqu'à leur mort, le bénéfice d’une telle présence de la grâce, faite homme ; Bien au contraire ils la  transmettront à leur progéniture, les soirs d’hiver, au coin du feu, sous une forme de sainte histoire contée et quelque peu transformée, pour mieux que s’opère et se propage la bénédiction, ainsi reçue.  Ils laissèrent notre homme s’éloigner simplement du champ de foire et ainsi lui permirent de poursuivre ses pérégrinations de pèlerin faiseur de miracles.  Notre homme disparut, peu à peu, derrière la colline de l’Est. A sa place sous le chêne ancestral, l’œuvre peinte flottait au vent exaltant un parfum de rose des plus encenseurs.

 

Le champ de foire reprit peu à peu son air commun de fête champêtre. Après son départ, la nouvelle de tels faits prodigieux ne tarda pas à se propager jusqu’aux oreilles des instances religieuses et royales du comté aveyronais, par l’entremise de langues dévotes irrévocablement bavardes...

 

A suivre... mercredi prochain

 

 

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