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Publié par hacène Bouziane

Texte issu de l'Atelier d'écriture de Maître Henry.

Consigne :Compléter le texte tronqué, issu du roman de Gustave Flaubert, « Bouvard et Pécuchet »

 

Num-riser0068.jpgEt l’aube survint… Tout en délicatesse d’une clarté émergente, la naissance du jour annonça le triomphe de la lumière, sur les ténèbres d’une nuit agitée. Dans l’antique chambre des souvenirs vaporeux, au travers des persiennes de la fenêtre orientale, l’astre généreux caressait doucereusement, en un baume de flammèches rayonnantes, le visage expressif du rêveur. Dans le plan large des détails cinématographiques, d’une scène matinale, anonyme et des plus banales, l’univers conspirait à l’éveil d’un homme.

 

Fût-elle une révélation primordiale, pour la bonne compréhension de l’histoire, qui s’achemine à la suite de ce déroulement temporel, de réactions en chaînes, nous ne dévoilerons pas l’origine de cette transmission mystérieuse, qui façonne la tessiture de ce conte de la vie ordinaire. Aucune logique rationnelle de l’écrit, ne pourra trahir cette transmission orale faite sous serment traditionnel, ceci de pères en fils et de mères en filles.

Même pour tout  l’or du monde ! 

 

Le façonnage des lettres en signes de caractères, linguistiques, communs, se cantonnera à la simple copie de paroles entendues, çà et là, au gré des conversations de multiples veillées au coin du feu, lors des campements immémoriaux de l’ultime clan des chasseurs et cueilleurs de mots. Le scribe assermenté demeurera fidèle à cette règle établie. Dès lors que le silence règnera en maître sur les derniers îlots d’espaces de libertés ou seules les traces terreuses d’un nomadisme révolu témoigneront, de plus en plus difficilement, d’une vague présence d’infinitude du récit, seul l’écrit demeurera.

Ne dépassons pas les bornes du prologue, si nous ne voulons pas solliciter l’énervement, voir l’endormissement, favorisant l’abandon prématuré d’un quelconque lecteur.  Loin de nous d’user et d’abuser à loisir du concept elliptique de l’arborescence littéraire où le sens de l’évidence se cache, dans une succession de tiroirs, dissimulant une kyrielle de poupées russes. Nous jouerons la carte de la franchise, de la retranscription spontanée, par souci de transcrire les subtilités des confessions intimistes suivantes :

Reprenons la trame de notre introduction, tout juste quittée lors d’une usurpation frauduleuse de la part de l’incise, ennuyeuse, de cette explication de texte alambiquée et déplacée.  

 

Notre dormeur parfaitement réveillé, pratiqua une toilette sommaire, tout juste utile pour la réminiscence des songes de la nuit, il ouvrit les volets de la baraque de foire, pour laisser pénétrer pleinement la luminosité, prometteuse d’une belle journée de printemps.  Son regard prenait plaisir à divaguer au gré de quelques détails, des premières agitations du champ de foire.  Tout en dégustant son café, clope au bec et pain sec, il jouissait d’une vue sans aucun vis-à-vis inquisiteur, situation parfaite, pour sa solitude légendaire.  IMGP1348[1]

La baraque de fortune, dernière construction de la colline des merveilles, entourée d’arbres fraîchement feuillus, faisait office de niches chantantes, pour de multiples oiseaux.  Elle lui avait été louée, pour la nuit et la journée, par la confrérie des bateleurs aveyronnais, en contrepartie d’une prestation: démonstration de ses divers tours de prodiges spectaculaires. Sur parole, le gîte et le couvert, lui avait été concédé, par le grand maître de la confrérie des bateleurs, le Sieur Dupotet, sans autre preuve que la bonne foi qu’inspirait son visage

d’éternelle jeunesse, bien enchâssé dans une tignasse noir de jais. 

 

Notre homme, infatigable voyageur devant l’Eternel, cheminait de village en village, au gré des étoiles, pour faire office et démonstration de sa science mystérieuse. Il ne demeurait pas plus de deux jours, en chaque bourgade, pour ne pas se laisser happer par la renommée populaire et préserver son seul trésor: la liberté de l’errance anonyme.  Les bonnes grâces de la providence ne manquaient pas de le servir à satiété. D’où venait-il ? Peut-être bien des confins de la terre et ce dès l’aube du monde, tant son pèlerinage singulier semblait ne pas avoir de début, ni de fin précise. Une chose est certaine, nous ne pourrons qu’en dévoiler, présentement, une vague notion de l’invariable milieu de sa pérégrination. Après s’être rassasié du spectacle commun du monde affairé, il quitta ses méditations indulgentes, pour revêtir sa tenue de scène, une simple tunique couleur safran, liserée de fil de soie couleur turquoise, rehaussée de fil d’or. 

 

Il rassembla tout un tas d’objets hétéroclites dans sa besace de marchand de rêves et descendit le sentier boueux, en contrebas de la baraque, pour regagner prestement, pieds nus, le centre du champ de foire.  Une multitude d’étals de produits divers et variés, utilitaires, décoratifs, récréatifs et alimentaires, du plus simple au plus extraordinaire, s’offraient à la vente, au gré d’une vocalise savante, sortie de la gouaille de toute une faune de bonimenteurs et autres forains. Pour agrémenter, en joie, cette foire des premiers jours du joli mai, diverses auberges de plein air et éphémères proposaient moult bombances pour pas cher.  Des saltimbanques et quelques bateleurs cheminaient entre les étals, quelques-uns en fixe, proposaient toute une diversité de spectacles circassiens. 

 Les bouviers et autres marchands de bestiaux rivalisaient entre eux, de mille astuces pour rendre présentables leurs bêtes quelque peu apeurées par tout ce tintamarre de foire. L’ambiance de fête s’emparait des esprits, les rires, les paroles hautes, les retrouvailles, les cris et autres bruits de foule se mélangeaient en une sarabande joyeuse d’effervescence humaine. 

 

IMGP1337[1]Notre homme choisit un emplacement de fortune, à l’écart, sous le chêne ancestral de la place. Il déploya tout son attirail de bric et de broc de façon méticuleuse, sur une belle nappe de soie noire,rougeoyante de blancheur.  Il s’accroupit au sol et entonna mélodieusement un chant d’oiseau de paradis, à l’aide d’une simple flûte de bambou, d’ou s’échappait parfaitement toute la gamme des notes, des plus graves aux plus aiguës, de la musicalité indienne.  Toute une sonorité enchantée s’amplifiait dans l’azur du champ de foire. Pour sûr ! Krishna demeurait son seul maître en musique savante .

 

 

Bientôt l’ambiance sonore environnante s’estompa, pour ne laisser planer que cette mélodie céleste. Un attroupement ne tarda pas à se constituer autour de notre homme. Les femmes et les enfants plus particulièrement s’installèrent en bonne place, charmés par ce chant angélique et qui, pour sûr, en remuera d’autres tant sa complainte semblait provenir d’une indicible nostalgie primordiale. L’homme faiseur de prodiges continua  sa mélopée jusqu'à ce que le silence se fît dans la foule, serait-elle devenue inerte ?  Un Bavarois, sourd et imbibé de schnaps depuis la veille au soir, s’étonna de l’attitude de ses congénères qui affichaient des mines d’extase muette. Pris d’effroi, il cria de toute son âme, ce qui le dessaoula instantanément et par là même lui rendit l'ouie comme par miracle.  Aussitôt  sa misère s'apaisa, ainsi baignée par la prégnance sensorielle de ces notes savantes.

 

L’homme à la tunique safran, sûr de son effet, termina sa fredaine faiseuse de miracles en une suite de notes à la tonalité décroissante. Chacune des âmes présentes en cet auditoire, recueillit une bienfaisance salvatrice pour tous leurs maux intimes. Le  " hourra " unanime de la foule retentit de plus en plus fort,tandis qu'à Toulouse, dans le même temps, une tout autre clameur se propageait dans les rues de la ville rose, celle des aficionados, adeptes des bûchers de la grande Inquisition. La chasse à l’hérétique était ouverte...

A suivre...

Toiles d'Hacène Bouziane.

 

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