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Publié par hacène bouziane

 

057.jpgTaux d’humidité relativement moyen, ensoleillement entre chien et loup, ombre claire d’une aurore de printemps généreusement précoce.  Une lumière ombragée s’infiltre doucereusement par la fenêtre orientale de la mensure. La mise en clarté de la prairie fleurie, sauvagement arborée, sur les  faibles pentes de ses arpents vallonnés, laisse présager une certitude de quiétude campagnarde, propice à l’écoulement des heures vagabondes d’une journée buissonnière.


Aucune fausse note, la brise printanière porte à merveille le chant des oiseaux, naturellement préoccupés par de nobles tâches de séductions amoureuses.Rêverie libertaire, Amour cognant fort dans la poitrine, l’homme aux semelles de vent étire sa condition squelettique de libre consentement à disposer de lui-même, sans autre détour que celui de l’échappée belle des amants mis  sous tutelle de  serment éternel.


Le songe se prolonge en des pensées, stimulées par une fredaine d’innocence juvénile.
« Ce soir à la lune nous irons ma brune cueillir des serments, cette fleur sauvage qui fait des ravages dans les cœurs d’enfants », cette ritournelle mise en boucle au fronton de sa condition de vagabond céleste, procure à Jean de la lune une conviction de se sentir pleinement, voire plus, vivant.


Sa survivance, il la chérit à l’image de l’aimée de l’Aimé. L’exploit de prise de conscience, du salut de l’âme  par l’anonymat, devint manifeste pour Ruan (Jean en ibérique) lors d’une  absence prolongée, sereinement méditée donc assumée, au tableau des recensements obligatoires de la liberté surveillée. Nourri d’amour et d’eau fraîche, Yaya (Jean en arabique) mahjub devant l’Unique, déconditionné psychiquement devant le commun des mortels, un soir de fin d’hiver se signa devant sa parentèle, mit en confidence son cadet, du saisissement d’Amour, que son êtreNum-riser0062.jpg rencontrait à la lisère de la fin de sa quarantaine. Epris, corps et âme par l’ivresse de l’essence de cet état d’esprit purificateur, Jean enfant de bohème, extériorisa toute la candeur de sa promesse de cœur, en une course effrénée le menant plus courtement auprès de la belle Sophia.


Simplement distinguée en une image furtive de prégnance surréelle, la belle de celles qui ensorcellent, lors du combat d’avec l’ange, lui pesa le cœur et rétribua la noblesse de Ruan mise à nu, par un baiser salvateur. Ce dévoilement initiateur, fit s’écarter les arbres de la forêt intérieure de Yaya, pour lui dévoiler le chemin sur de la voie du milieu.


Préparé en une nuit de ténèbres, à voyager en des subtilités d’inconnu, l’épreuve de la partance sans bagage saisit la volonté existentielle de Jean, qui au bout du chemin des contours sans détour, viendrait à le mener au cœur de la clairière enchantée, là ou s’écoule la source de toute vie. Sophia, vierge de la souillure du jour des jours, le précédant en ces lieux, par innocence d’humilité enfantine, l’enfanterait à nouveau lors d’une étreinte chaste et féconde. Ce témoignage d’une seconde naissance mise en certitude, ne permettait plus le doute et la crainte dissolvante d’une seconde mort. L’ombre portée de sa contingence et de sa finitude, pouvait bien rôder à l’entour, même surgir en effroi mortel, tel un saint- Antoine ivre de mescaline, il ne succomberait aucunement à la tentation de la négation, il contraindrait son petit moi à ses propres limites, jusqu’au bout de son dernier souffle, pour un tout autre inspire, cela va de Soi. 


Ruan, solitairement accompagné par la mémoire vive de l’entre-deux de cette présence, humait la générosité solaire par l’entrebâillement de la fenêtre, rien ne laissait présager une quelconque trahison.
Sa longue préparation à déjouer les assauts sournois des ouvriers iniques de la dernière heure, lui permettait une respiration d’avance en ces temps suspendus de la fin. Un seul souhait, vivre la sérénité de ce jour printanier, comme le renouvellement d’une jeunesse en préambule d’éternité.
Les heures les plus douces d’une vie s’égrenaient, en ce logis de fortune, Yaya ne présupposait aucunement une quelconque menace intrusive, de celle qui se fabrique, se manufacture dans les entrailles grouillantes de Babylone.


Num-riser0065.jpgNon, en un tel vestibule du camp de sainteté, les artifices scientistes ne sauraient étendre leurs intrusions invasives.  Puis le rossignol du soir, vint à siffloter la célébration de la montée de la lune pleine, l’ombre bleutée du soir perçait par la fenêtre occidentale, laissant voir toute l’étendue d’un désert inopportun en ce lieu de quiétude forestière. Jean ne désespérait pas de la ponctualité de Sophia, sa présence irradiante planait dans le parfum rosé de la brise du soir.


Une sonnerie inopinée troubla le calme poétique de l’état de surconscience de Ruan.
La vibration sonore insistante, en un tel lieu de féerie, plongea Yaya dans la perplexité. Là où le doute s’immisce, la ruse du diable demeure prompte à occire la victime consentante.
Jean se voyait confronté à la dualité de répondre ou d’omettre l’impératif alarmiste, qui venait perturber la convalescence d’une retraite chèrement acquise, puisque conjuguée par tous les verbes, à tous les temps du renoncement, dans un espace qui ne tolère que d’aimer.


Il connaissait ce signal bruitiste émis par un de ces artefacts communicatifs, d’où s’échappent, subjuguées, des voix humaines en perdition d’elles-mêmes, par  trop de compromissions aux nécessités suscitées par des besoins créés de toutes pièces, par les vicissitudes du temps de la fin.
Certains de ces objets se portent partout et nulle part, jusque dans les latrines infernales, créant de multiples addictions névrotiques, pour celui qui s’y adonne trop assidûment. Permettant le repérage furtif par émissions de micro-ondes sournoises, ils peuvent s’avérer fatals aux aficionados de l’anonymat.
Ruan succombera t-il à la curiosité, se laissera t-il absorber par la mise en acte d’une réponse de sa part ? Son hésitation s’estompa d’elle-même, Sophia, plus belle que jamais dans sa robe de luminosité lunaire, lui tendait l’objet de ses tourments du moment.


« Ceci se présente comme l’épreuve ultime, brave Yaya, réponds donc, décroche de ta torpeur sceptique et le sésame du voyage sans retour deviendra effectif ».
Jean, certain de la bonne foi de l’aimée de l’Aimé, saisit l’objet du litige, cette boîte téléphonique usinée par de complexes machines, sinistres prolongements sophistiqués et substituts de l’intelligence de la main de l’homme. Malgré l’incongruité de la présence d’un tel parasite en ces lieux, il décrocha puisque son ange lui en intimait l’ordre.


Ce fait troublant mettra en garde le plus téméraire chercheur de vérité, à l’orée2391236955_006623b1d9.jpg du pré carré de l’aboutissement de toutes quêtes, le dragon peut prendre l’aspect terrible de nos phobies les plus enfouies.
Ruan, souvent malmené par l’intrusion de la technique dans sa vie ordinaire, persistait dans une résistance de non-compromission, vis-à-vis de certains usages en vogue dans son entourage. La pression  exerça son usure scélérate, les intimes, la famille, lui reprochaient son manque de souplesse, surtout lorsqu’ils désiraient tant que l’on puisse le joindre, à tout moment et surtout partout.


Par compassion, il céda à la remontrance et s’occupa de l’achat de l’un de ces artefacts communicatifs, dans la grande surface de marchandisation du coin. Il opta pour le modèle des plus basiques, faisant fi de toute la panoplie technologique de dernière génération, dont la réclame ventait les mérites. Soit dit en passant comme si ces objets contre nature, pouvaient se reproduire par eux-mêmes, la contrepartie d’une telle aberration, déborde des poubelles de Babylone.


Il n'usait que très rarement de l’objet intrusif, essentiellement pour répondre aux appels légitimes.
Pour l’heure, il accompagna le geste par la parole, au « allô ! » d’irritation sourde qu’il émit instinctivement, il se vit répondre par la disgrâce d’une voix féminine synthétique, qui lui tint ce langage : « il vous reste une seconde à vivre »…


 En une fraction de seconde, un halo de lumière atomique imprégna la totalité de l’atmosphère.
Yaya, sous protection angélique, lors de cette confusion de lumière sur Lumière, se vit saisir l’âme par l’Esprit de l’ange, Sophia en une étreinte chaste et féconde l’enfanta de nouveau dans un corps incorruptible tissé de fil d’Amour.


Pour certains, téléphoner tue, sachez user avec modération de la fausse communication, pour apprendre à bien mourir.

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