Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par Edouard Piolet

LE DERNIER FEU

 

Un feu défait flambe au fond de la ferme.

Qu'attendez-vous, les farfadets du soir ?

Les bancs vieillis frottent leur épiderme

Où de vieux dos ne viennent plus s'asseoir.

 

Comme un poignard aux chairs d'une fenêtre,

Le temps sans bruit en blesse les rideaux.

Quel forgeron saura faire renaître

Un seul instant la chanson des marteaux ?

 

Les bras rayés des grilles sans grillage

Plantent les croix d'un cimetière mort.

Méticuleux dans son grand nettoyage,

Ainsi l'oubli n'attend pas le remords.

 

Un vrai-faux nez fait le centre des masques,

Comme un loquet sur des vantaux rouillés.

L'avoine est sèche. Et les vieux bérets basques,

Piqués de cerfs, pleurent aux andouillers.

 

Le souvenir flambe dans ce qui reste

Des chars rongés par l'inutilité.

La croix s'endort au ralenti du geste

De son Christ nu saignant d'éternité.

 

Mars 1996

 

 

ENCHANTEMENT

 

Couper les blés, coucher encore

Leur tige et les coquelicots

Faire une herbe de l'aurore

Et garder du vent les échos.

 

Laisser la faux siffler dans l'herbe

Devant les pieds du moissonneur,

Entrelacer de gerbe en gerbe,

Au pain à venir le bonheur.

 

Accorder aux chants d'alouettesemaille.jpg

Les gazouillements d'un ruisseau.

Au sable étonné du poète

Découvrir la pelle et le seau.

 

Trouver les mots d'après semailles,

De pain de seigle et de beurre frais,

Les rires d'enfants dans les pailles 

Et de cailles dans les guérets.

 

Marcher vers le parfum des choses

Par des chemins mûris d'été.

S'arrêter où les pas se posent

Pour un instant d'éternité.

 

Tableau : le Semeur de Van Gogh

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article