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Publié par philippe Guillaume

Il fut un temps où le mot " série " ne désignait pas les feuilletons télévisés et conservait sa connotation péjorative : produits en série, reproduction de l'identique etc.. Le feuilleton malgré ses péripéties et ses digressions était doté d'une colonne vertébrale, une structure dramatique cohérente que chaque épisode complétait et enrichissait. De plus,on ignorait totalement le mode de fonctionnement de la télé américaine et de " saisons " nous ne connaissions que les quatre célébrées par Vivaldi, loin d'imaginer que " Bonanza "comptait plus de 450 épisodes tournés en..14 ans. Ma grand-mère qui croyait que les Cartrwright avaient interrompu leurs aventures à cause d'une brouille entre acteurs, en aurait été la première surprise !

Ma cousine Fernande aussi qui assurait que le couple Martin Landau Barbara Bain avait quitté " MISSION IMPOSSIBLE " parce que monsieur était jaloux des dictateurs et gangsters virils et velus que son épouse  était chargée de séduire ! Autre occasion de déstabilisation de la perception : les acteurs qui reparaissaient d'un épisode à l'autre dans des rôles différents. " C'est fou ce que le colonel Krim ressemble au président Rurich ! " ou encore le changement d'interprète d'un même personnage. " On dirait que le fils Carrington  n'a pas la même tête aujourd'hui ". Comme on ne pouvait pas le vérifier avec la vidéo, on concluait qu'on avait sans doute mal vu.

Certaines séries avaient l'apparence de feuilletons, d'ailleurs, comme " Le fugitif ". On craignait, la bonne blague, de louper un épisode ! Certes " Janique aimée "retrouva plus rapidement son fiancé que le docteur Kimble son manchot ( 120 épisodes aux USA, 26 en France ). Mais les téléspectateurs français de 1969 n'eurent pas à attendre quatre ans pour voir le lieutenant Gérard, que la capture de Kimble obsédait, abattre l'ignoble Fred Johnson. Bien qu'on ne parlât pas encore de taux d'écoute, le dernier épisode si j'en juge par le nombre de personnes rassemblé alors dans la salle télé du petit hôtel où je passais mes vacances de Pâques, tint en haleine la France entière tout comme la conclusion de " Belphegor ", annoncée aux " actualités "( on ne disait pas encore " journal de 20h " ) quelques années plus tôt. Le public n'aurait jamais accepté d'abandonner le docteur Kimble sur la route 66 sans que justice ne soit faite !.

En 1968, ce fut la speakerine du moment qui rassura les amateurs de " Au cœur du temps "en précisant lors de la diffusion du dernier épisode que les héros avaient pu regagner notre époque alors qu'ils sont toujours dans le chronogyre puisque la série, faute de succès, ne vécut qu'une seule saison !

Nous n'avions droit qu'à 13 épisodes de chaque " feuilleton ", peut-être à cause de la résonance symbolique du chiffre ! Reconnaissons toutefois le bon goût de ceux qui, chargés de sélectionner les épisodes, retenaient les meilleurs, évitant ainsi, fidèles à la philosophie épicurienne, l'épuisement d'un filon par la quantité et le gavage. La revue de la fédération française des ciné-clubs : " Cinéma " fut à ma connaissance la seule à consacrer un article au sujet dans le numéro 141 de Décembre 1969 :

Des " Incorruptibles " aux " Envahisseurs " les "feuilletons télévisés américains " Claude Beylie et Bernard Trout ambitionnaient de " séparer le bon grain de l'ivraie " tout en montrant le besoin de se justifier, le " feuilleton " était pour eux " le point de jonction de trois techniques qui devraient nous être également chères : la littérature, la bande dessinée et le cinéma ", et concluaient : " C'est de l'action, de l'émotion, du spectacle  : c'est donc peu ou prou du cinéma ". On mesurera le chemin parcouru depuis...                                             

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