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Publié par p. Guillaume

En ce temps là,  mon cousin arborait une barbe qui faisait de lui le sosie de Robert Redford. On était enclin à se marginaliser, à regretter la nature et à se lamenter devant sa destruction systématique par la croissance économique. On philosophait  et on LISAIT ! Et pas uniquement le programme  des candidats écologistes ( il n'y en avait d'ailleurs pas ) mais Henry David THOREAU, Alan WATTS et quelques autres..

Alors, " Jeremiah Johnson " connut le succès !

De plus il se situait dans la mouvance du western pro-indien, dans le cadre d'un renouvellement du genre dont on attendait beaucoup. Simplifions...à la télé on tuait encore des indiens et au cinéma, on faisait ami-ami avec eux, c'était au tour des tuniques bleues de collectionner les têtes patibulaires.

Le puritanisme et la religion des blancs les rendaient laids, des sales gueules pas possibles revêtaient l'uniforme du 7eme de cavalerie.

Johnson se laisse convaincre, il faut sauver cette caravane perdue dans le blizzard et éviter que ce lieutenant ne s'égare dans les sentiers enneigés. Résultat ? La profanation d'un cimetière " Corbeau " qui entraîne une réaction légitime des indiens ( les réactions des indiens et des guerilleros étaient à l'époque toujours légitimes ) et JohNson pour n'être pas resté à l'écart de cette histoire comme l'aurait fait un gunfighter individualiste perdra sa femme, son fils et le foyer qu'il avait bâti.                                        

En fait  son itinéraire picaresque obéit au hasard. Hasard qui lui fait partager la vie du vieux trappeur, qui le conduit à la famille massacrée, qui lui fait adopter l'enfant survivant, sauver le chasseur au crâne rasé. Conduit par ce dernier dans la tribu indienne, le voila doté d'une femme tendre et jolie. A l'instar de Tarzan qui trouva lui aussi femme et enfant dans la jungle, il va désormais tenter de jouer les pater familia.

C'est la ferme ardéchoise..Mais le destin vous renvoie à la solitude et à la vengeance. De vieux compagnons croisent votre route et enlève son caractère idyllique à la de vie de " wilderness " .

Le film qui à l'époque m'avait un peu ennuyé, ce matin, me captive.

Le sens de l'espace, l'utilisation dramatique du paysage....C'est qu'en 72 je n'avais pas encore découvert ce contact avec la nature que donne la grande randonnée.

Certes, dans ces randonnées manquent les indiens " Corbeau ", les soldats égarés ( encore que l'aventure et la rencontre soient toujours possibles ) mais on comprend ce que peut apporter le crépitement d'un feu, un élan qui s'approche d'un campement, la chaleur et l'intimité de la cahute soudain retrouvée....Cette proximité avec Curwood et Jack London ! Pollack ne la retrouvera plus.

Jeremiah Johnson est un homme de nulle part qui ne va nulle part a écrit quelqu'un , un " homme des vallées perdues ". J'aime cette phrase du critique Bernard Cohn qui trouve en moi des échos :

" Tous les efforts faits pour vivre avec d'autres, comme les autres, sont voués à l'échec "....malgré lui... 

 

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