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Visage buriné, coiffé d'un éternel Stetson, l'œil couvert par le bandeau noir de la flibuste, son nom évoque le bruit des vagues heurtant de plein fouet les récifs : Walsh, Raoul Walsh. Avec lui les quatre éléments ne font plus qu'un, le chant  Walshien puise son inspiration et son souffle aux sources de l'appétence vitale et communique " ce sentiment d'être en vie que certains peuvent transmettre à leurs amis "(1)

Qu'importe les moyens employés, seuls comptent la puissance et le bonheur de l'expression.

Alors qu'en 1971, Howard Hawks tournait un " Rio Lobo " pépère et paresseux sans parvenir à revivifier le bon vieux temps, Walsh clarifiait, approfondissait et couronnait son œuvre cinématographique en écrivant un roman qui reste sinon son plus beau film, du moins le plus achevé et le plus libre :" La colère des justes "(2)              

Gable et Eleanor Parker dans "King and 4 Queens" de Walsh

La guerre  de Sécession terminée, 3 soldats sudistes se retrouvent sans emploi. Johnny Mc Graw, un boxeur enrôlé de force après une beuverie, Jeb Carter, un avocat venu par hasard dans l'armée et Wesley Connaght Saint George alias Pretty Boy pour les dames, lord anglais nostalgique des charges de cavalerie aussi à l'aise dans les salons que dans les bordels.

Si on hésite à dire qui de Robert Mitchum ou de Clark Gable aurait pu interpréter les deux premiers, en revanche le troisième doit son allure aristocratique, son passé aventureux et ses succès féminins à Errol Flynn, l'ami fidèle, le compagnon de bordée de l'oncle Raoul.

Mêlant la truculente désinvolture des pieds nickelés et le panache des mousquetaires, les trois amis repoussent les bornes d'un El Dorado mythique que Pretty Boy  a entrevu dans les yeux de la juvénile Joan Leslie. Bientôt traqués par les tueurs du chemin de fer ils mourront comme Wes Mc Queen et Colorado dans " Colorado Territory ".

Avant de vendre cher leur peau, ils auront traversé, du Kansas à la frontière mexicaine en passant par Frisco, un Ouest bariolé et tonitruant où se bousculent, pêle-mêle, mountain men, bonimenteurs, charlatans, chasseurs de primes et même ex-officier de la cavalerie d'Ukraine devenu acrobate de cirque.                         

Walsh, en même temps que celui des dames, dénoue le corset des conventions hollywoodiennes et donne libre cours à sa verve paillarde en posant sur ce monde un regard franc mais jamais vicelard.

A l'hypocrite Barbara Huntington qui veut harponner un lord en jouant à la fausse vierge, Walsh préfère les sympathiques Olga et Greta, deux occasionnelles ( dont une finira propriétaire d'un luxueux lupanar ), idéales compagnes de ces aventuriers, jamais en reste pour montrer leurs " toques de Davy Crockett ".

On verra aussi un vieux prédicateur lubrique, sorti tout droit d'un conte de Boccace, affublé de ceintures de chasteté, ses trois sœurs de charité et mille autres épisodes dont certains inspirés par la vie picaresque de " l'oncle Raoul ", et, selon la loi qui veut que la somme ne soit pas uniquement l'addition de toutes les parties, l'unité tragique du roman ne souffre aucunement de cette profusion de séquences burlesques.

En filigrane se dessine l'œuvre  cinématographique de Walsh : la cohabitation de Robert Ryan, Jane Russell et Clark Gable dans " Les Implacables ", la mort  des amants de " Colorado Territory ", l'ambiance de la Barbary Coast de " World in his arms "et bien d'autres encore.

Si je partais sur une île déserte j'emporterais  " La colère des justes " et tous les films de Walsh défileraient sous mes yeux...Jacques Saada, avec la tonicité que communiquait Walsh à tous ses partisans de la première heure, disait à ceux qui voyaient ces films tombés dans l'oubli : " Il faudra mettre à notre passion plus de bruit et de fureur. S'il le faut nous le referons, nous nous rencontrerons et nous nous compterons ". J'en suis, les amis ! UN POUR TOUS ET ..TOUS POUR WALSH. 

 Philippe Guillaume                                                                                                      

(1)Citation d' Errol Flynn qui surnommait  son ami Walsh : l'oncle et nous voilà de nouveau avec cette chère tontonitude.                          

( 2)" La colère des justes ", parue en 1972 aux éditons Belfond fut éditée aussi en Livre de Poche" mais j'ai bien peur que ce roman à l'heure actuelle soit introuvable...Il mériterait amplement une réédition..

Tag(s) : #Ciné -phil - Philippe guillaume

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