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Publié par p.Guillaume

Georges Sadoul, grand historien du cinéma et factotum du parti communiste, voyait en Rudolf Valentino une gravure de mode à la virilité maintes fois mise en doute, un gigolo de thé dansant, instrumentalisé par le capitalisme yankee pour aliéner les midinettes, un pur produit du star system naissant dont les films ne présentaient pas le moindre intérêt :" il fut élevé à la hauteur du mythe par les agents publicitaires et apporta moins à l'art du film qu'à son industrie "Ce fut, peu ou prou, le point de vue à partir duquel le réalisateur anglais Ken Russel construisit, en 1976, sa biographie de Rudolfo Guglielmi et, c'est pourquoi il confia au russe Rudolf Noureev le rôle de ce latin lover meilleur danseur que comédien. J'en pris acte.. Valentino n'était qu'un gominé, un Tino Rossi américain, et, qu'en 1926, ses funérailles prématurées ( il n'avait que 31 ans ) aient engendré scènes d'hystérie et suicide n'était qu'une énième preuve de la connerie humaine.

 Et voilà que BACH FILMS édite une collection " Valentino " et donne l'occasion de vérifier DE VISU.

Profitons-en ! Et commençons par le film qui le consacra sex symbol, le fameux " Sheik "  suivi  du " Fils du sheik " un peu plus tard.

Pour tromper l'ennui, la solitude, et sans doute les frustrations d'une épouse dont le mari était engagé dans la boucherie suicidaire de 14- 18 Edith Mudd Hull imagina  "LE SHEIK", à savoir une projection fantasmée et théâtralisée de la libido féminine, qui transforma cette anglaise bon teint en " précurseur ", certes,de Barbara Cartland, mais également des Catherine Millet et autres Christine Angot d'aujourd'hui.

De suite, le cinéma s'empara de l'histoire de cette Lady Diana Mayo séquestrée sous la tente d'un Dodi Al Fayed dont elle finit par tomber amoureuse. On reconnaîtra " Vers le Sud " de Laurent Cantet, " L'amant " de Marguerite Duras et " Romance " de Catherine Breillat.

Qu'une femme puisse faire l'amour sans éprouver de sentiments ou qu'elle s'épanouisse, toute féministe qu'elle soit, dans des phantasmes de soumission sont des réalités aujourd'hui admises, mais en 1921, date de la sortie du film, il fallait composer avec des intertitres édifiants et hypocrites, style :" Pourquoi m'avez vous amenée ici ? Réponse du beau bédouin :" Bon Dieu n'êtes-vous pas assez femme pour vous en douter ? " Autre exemple de cette dialectique rigolote entre le mot et l'image : " Pour la jeune fille anglaise cultivée,cette loterie nuptiale évoquait les antiques marchés d'esclaves "..Ouais ! tu penses vraiment qu'on va te croire, coquine ? Alors qu'on t'a vue tout émoustillée à l'idée de te travestir en bayadère de carnaval pour mieux franchir les portes de cette soirée privée....

 IL faut accepter aussi qu'à la fin, soient révélées les origines véritables du " sheik " : un Européen de mère anglaise et de père espagnol adopté par un chef de tribu....on respire!

Qu'importe ces conventions ! Le public a compris !

A l'époque où on ne parlait pas encore de tourisme sexuel les Américaines se ruèrent en grand nombre à Biskra, lieu de l'action, et les hommes fredonnèrent " I'm the sheik of Araby and all women worship for me ".

En reprenant après Django Reinhardt et Fats Domino cette célébrissime chanson populaire, les Beatles, en 1962, reconnaissaient implicitement tout ce que cette " mythification "  devait à Rudolf Valentino. Sa sensualité virile de latino, sa présence indéniable à l'écran, son jeu économe d'outrance et de théâtralité font justice des préjugés entretenus par les WASP jaloux et emportent notre adhésion pleine et entière.                                                                               

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