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Résultat d’images pour hitchcock

                    Sir Alfred Hichtcock

Résultat d’images pour l'ombre d'un douteCet homme traqué que nous découvrons allongé, cigare aux lèvres, perdu dans ses pensées, pour qui le monde est sinon une porcherie du moins une " vaste blague " est un beau causeur qui plaît aux veuves et les étrangle pour leur apprendre à mieux utiliser leur pognon. Il s'immisce à quelques kilomètres de là dans les "rêves " stupides "d'une nièce qui porte son prénom et qui depuis l'enfance idéalise cet oncle détenteur des secrets du vaste monde. Lasse de  la médiocrité routinière dans laquelle se complait la petite ville de Santa Rosa, elle se félicite du retour inopiné de celui dont la fantaisie, l'audace et l'insolence viennent ébranler ce microcosme encroûté de la province américaine. Mais ce tonton Cristobal, cet oncle Esteban n'est que l'incarnation méphistophélique de la " tontonitude " dont la révélation progressive de la face cachée conduit vers la lucidité et la perte de l'innocence. Loin de nous aider à devenir ce que nous sommes, ces tontons peloteurs ou névrosés peuvent même aller jusqu'à nous tuer!

La veuve joyeuse et son heure exquise, tout droit sorti du cerveau de l'oncle Charlie, ponctue le film. La valse élégante, suave et mélancolique, délicieusement désuète, est ici, dansée par des vieillards et se mue en tourbillon obsessionnel et nauséeux dans une récurrence de cauchemar, semblable en cela aux songes pénibles dont on a, une fois réveillé, le plus grand mal à percer le secret, l'anxiété qu'ils communiquent restant imperméable à la raison.

Résultat d’images pour l'ombre d'un doute photoFaisons un saut dans le temps, télescopons les époques, " L'ombre d'un doute " est  le plus " Lynchien " des films d'Hitchcock. Santa Rosa jouxte Twin Peaks et, ce qui est suggéré de l'âme noire de l'oncle Charlie, est exhibé dans la nuit de " Blue Velvet ".

Nous retrouvons ces maisons de poupées, ces jolies cages à poules au gazon bien entretenu dont on ne s'échappe que par l'imaginaire : la cadette de la famille dévore des bouquins, le père, benêt et sa nouille de copain imaginent des " whodunit " et la jeune Charlie rêve aux béatitudes de l'exil.

On bovaryse à tout va et à moindres frais, et l'oncle Charlie surgit dans l'inconscient de sa nièce au point de former avec elle un " androgyne reconstitué "(1). Cet oncle dont la présence instille l'inquiétude dans le quotidien de ce cauchemar climatisé a la beauté du diable. Ah ! Pourquoi le bien est-il si fade, si cucul la praline ? et le mal toujours aussi fascinant ? Pourquoi s'orienter vers le bien quand sont jugés avec tant de condescendance et de mépris bonnes pâtes, braves types et bons père de famille ?

La jeune Charlie, encouragée par le discours moralisateur du flic " équilibré " et " bien dans sa peau ", effrayée par les abîmes entrevus dans le regard déterminé de son oncle, choisit le principe de réalité.

Résultat d’images pour l'ombre d'un doute finL'ironique épilogue devant l'église ou on enterre cet oncle adoré rassure le public de 1943. L'oncle Charlie passe avec cette oraison funèbre sous les fourches caudines de la bonne conscience qui font de lui un " malheureux qui n'aurait trouvé le bonheur nulle part et que la mort a sauvé ". Ben voyons, il suffisait d'y penser.

Tag(s) : #Ciné -phil - Philippe guillaume

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