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Publié par Philippe Guillaume

 

Moins connu que ses copains de la Nouvelle Vague avec lesquels il écrivit  dans " Les cahiers du cinéma " de la grande époque, Luc Moullet n'en est pas moins l'auteur d'une quarantaine de films qui lui ont valu d'être présent à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes et de recevoir entre autres le prix Jean Vigo en1988.

Logique de voir BB lire son " Fritz Lang " dans la baignoire du " Mépris "  tant la filiation avec Godard est évidente même si Luc dit avoir tué Jean-Luc comme on " tue le père " en psychanalyse.

Ceux qui, péremptoires, jugent le cinéma de Moullet " con comme la lune " sont encore récupérables car l'extravagance décalée de ce personnage atypique mérite l'épithète " lunaire " et on sait que traditionnellement, en littérature, le voyage dans la lune élargit les perspectives et modifie notre regard sur les terriens.

Les références à son sujet sont nombreuses : Bunuel, Tati, Jarry ...mais c'est du côté des humoristes anglais qu'il faut chercher les sources de son inspiration et en particulier chez Tom Sharp que je vais m'empresser de lire sur les recommandations de l'intéressé.

Dans " La terre de la folie "( 2008 ) Moullet dessine un " pentagone de la folie " sur la carte des Alpes de Haute Provence et parodie ce mélange parfois imbuvable de documentaire et de scènes  " jouées " , outrancièrement dramatisées, qu'on appelle docu-fiction. 

Il démontre que la topologie des lieux engendre une folie à l'origine des faits divers sanglants qui ont défrayé la chronique dans cette région, de la célèbre affaire Dominici au triple meurtre perpétré par son ancêtre, fâché d'avoir vu sa chèvre déplacée de deux mètres .
 Au milieu d'une suite d'entretiens qui ravivent les souvenirs du " Petit rapporteur " Moullet insère des séquences pseudo-illustratives ou carrément pléonastiques à la Gotlib, et débite lapalissades, coqs-à-l'âne, calembours et calembredaines didactiques sur un ton monocorde et superbement malicieux. Il se paye même le luxe de désarmer les éventuels contradicteurs  dans une scène de ménage provoquée par le scepticisme de son épouse, excédée par des postulats et des conclusions acrobatiques.

Il est vrai que Moullet dans cet exposé pataphysicien se montre digne du docteur Hendry de Chesterton pour qui le daltonisme est une des causes de la décadence de la société et, comme le disait si bien Tomas More, " Tandis que je vais, cherchant à guérir la folie des autres, il faut que je sois aussi fou qu'eux " .

 

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