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Publié par p.Guillaume

Maintenant que nul ne conteste plus la valeur et l'importance des impressionnistes, l'heure n'est-elle pas à la clémence envers ces imagiers inspirés du XIXème, peintres des mœurs antiques et préhistoriques, les Paul Jamin, Jean-Paul Laurens et autres Fernand Cournon, jetés sans discernement dans les poubelles de l'histoire de l'art sous l'étiquette infamante de " pompiers "?

Doit-on ce terme aux casques guerriers portés par les personnages représentés? A l'assimilation de l'art académique à un éteignoir? Peu importe! Avouons que ces pompiers se montrèrent parfois pyromanes à l'instar de Cecil B.de Mille ( encore lui !) accusé non sans raisons de pompiérisme pour ne rien faire à moitié, n'avoir pas honte de ses gôuts et trouver son inspiration dans la vie mondaine, l'Histoire et la  religion.

  J'ai déjà dit que lorsqu'il se faisait aumônier je ne manquais aucune leçon de catéchisme ! Son " Signe de la croix " inspiré de " Quo Vadis " est un OVNI atypique, baroque et bariolé qui nous plonge dans le chaudron bouillonnant de la Rome néronienne. Si, dans les " Dix commandements " Yahvé donne la preuve matérielle de son existence en faisant entendre sa voix caverneuse, il brille ici par son absence, indiffèrent aux souffrances de cette tribu de chrétiens, isolée au milieu des Romains cyniques et débauchés. Sexe et volonté de puissance sont, si je puis dire, les deux mamelles de cette Sodome où les loups jouissent entre eux et méprisent les agneaux promis à l'abattoir. 

                        Fichier:Thomas Couture 003.jpg

Le tableau de Couture s'anime dans une succession d'orgies au jardin des supplices annonçant moins le retour du messie que le " Caligula " de Tinto Brass. Elles sont folles, ces Romaines sous leurs péplums transparents ! Poppée, fidèle à sa réputation historique, incite sa suivante à la rejoindre dans son jacuzzi laiteux... tandis que la danse frénétique, sensuelle et caressante d'Anacondra, prêtresse d'Eros, n'ébranle en rien la vertu de la frigide Marcia. La chasteté étant pour le libertin le meilleur des aphrodisiaques et faute d'intégrer la jolie jeune file dans son cercle de sybarites, le préfet Marcus se convertit au christianisme et suit Marcia dans l'arène où ses coreligionnaires demi-nues repoussent les avances lubriques d'un petit frère de King Kong avant de finir bouffées par les crocodiles ou les lions...non sans avoir auparavant le bon goût de prendre des poses lascives et provocantes, semblables à celles des patriciennes romaines livrées à la concupiscence victorieuse du gaulois Brennus.(1)

La foule éructe et exulte, se paye des tranches de chrétiens sans une seule fois crier " pouce ! "devant les combats d'amazones et de pygmées. Néron, lui, ne lève jamais le sien quand il faut donner du lard à ces cochons et des parts de gladiateurs aux lions.

Nous sommes en 1932, il est temps qu'Hollywood instaure sa propre censure avec le fameux code Hayes!

En 1944 " Le signe de la croix " ressortit encadré par un prologue et un épilogue moralisateurs :

" Braves paroissiens, voyez quelle abjection le christianisme nous épargne! Voulez-vous vivre ainsi ? Cela ne se peut, nom de Dieu !! " De Mille aurait- il été surpris, voire choqué, de constater, il y a quelques années, que son film avait été projeté non dans un cycle " cinéma et religion " mais au sein d'une rétrospective " cinéma ,sexe et censure " dont il était un des plus beaux fleurons ? Rien n'est moins sûr !!

Philippe Guillaume 

 

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harry-l-blackbird et elsapopin 17/04/2010 19:43



superbe comme toujours merci Phil