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Publié par dix vins blog

Le piéton qui déambule quotidiennement sur le trottoir sait-il à qui il doit cette commodité de la circulation ? Il s'imagine peut-être qu'en ouvrant des voies à travers les villes les urbanistes d'autrefois eurent tout naturellement l'idée de ces sortes de bas-côtés surélevés, destinés à protéger le passant des voitures et aussi des ruisseaux produits par les pluies.

Il n'en est rien,  et s'il existait il y a cent cinquante ans des rues et des avenues dans une ville comme Paris, les trottoirs étaient totalement inconnus. Quel fut donc l'inventeur des trottoirs ? En compulsant de vieilles archives municipales, il nous a été donné de découvrir le nom, aujourd'hui totalement ignoré, de l'ingénieux citadin qui eut le premier l'idée de cet aménagement.

230px-Louis-SebastienMercier.jpgC'est un homme de lettres, Louis-Sebastien Mercier, né à Paris en 1740 et mort en 1814 : il fut membre de l'Institut et, sous l'Empire, afficha des opinions républicaines. Cet écrivain, auteur d'ouvrages tombés irrémédiablement dans l'oubli, a pourtant écrit en 1781 un petit traité intitulé  " Tableaux de paris ", qui devrait lui assurer une certaine renommée, puisque c'est dans cette étude qu'il réclame, pour la première fois des trottoirs. Pendant tout le reste de sa vie, Mercier ne cessa de les réclamer et il mourut en 1814, n'en ayant guère pu voir que des échantillons.

Depuis lors on les a multipliés et le piéton peut actuellement circuler dans toutes les villes sans patauger dans la boue et sans craindre les essieux des voitures qui rasaient autrefois les maisons en causant force accidents.

Cette importante amélioration poursuivie surtout depuis 1830, en a entraîné une autre : le déplacement des ruisseaux. Aujourd'hui la chaussée divise en deux les eaux de pluie qui ont lavé la rue, et elle les rejette des deux côtés le long des trottoirs où l'eau des prises d'eaux délaye les boues et les entraîne dans les bouches d'égout.Une magnifique canalisation souterraine règne sous Paris et débarrasse rapidement la ville de ses immondices

Mais lorsque Mercier publiait son " Tableaux de Paris " , le ruisseau unique, placé au milieu de la rue, avait un très long parcours à faire avant de rencontrer les soupiraux par lesquels il se déversait dans des égouts étroits et rares.

cartes-postales-photos-Grande-Rue-AMBUTRIX-1780-01-01008001.jpgOn attendait les grands jours de pluie pour nettoyer à fond  la voie publique. Par conséquent, à la moindre averse,  les ruisseaux grossissaient à vue d'œil ; ils envahissaient en un instant plus de la moitié de la largeur des rues.  Impossible de les franchir, à moins d'avoir les jarrets d'un clown.

Il fallait donc les traverser en entrant dans l'eau jusqu'à mi-jambe, si l'on avait pas la chance de rencontrer une de ces planches branlantes que posaient de loin en loin des concierges ou des locataires. Parfois même on passait le torrent fangeux à dos d'homme, en s'asseyant sur une chaise attachée aux crochets d'un vigoureux commissionnaire.

Mais les tribulations des passants ne se bornaient pas à mettre leurs pieds et leurs jambes dans l'eau, ils avaient à défendre leur tête et leurs épaules contre les gargouilles qui lançaient leurs jets puissants sur un point de la rue et tantôt sur un autre, selon la forme d'impulsion et les variations du vent.

Mercier proposait déjà d'obliger les propriétaires à mener leurs eaux jusqu'au bas des maisons au moyen de tuyaux placés sous la gouttière.

" Rien ne doit plus divertir un étranger, disait Mercier, que de voir un Parisien sauter les ruisseaux avec une perruque à trois marteaux, des bas blancs et un habit galonné ! Pourquoi les piétons ne HQ.jpgs'habillent-ils pas conformément à la boue et à la poussière ?  "

Si Mercier revenait aujourd'hui, il aurait la satisfaction de voir le pantalon et le trench-coat remplacer les culottes courtes et les bas blancs, de manière à braver la pluie et la boue ; il verrait les eaux des toits arriver dans le ruisseau en descendant le long des murs sans perte d'une goutte, et les eaux de la rue disparaître rapidement sous les trottoirs.

Jeudi 24 Mars 1938 - André Charpentier

 

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les-jardins-d-aralf.over-blog.fr 08/10/2010 15:12



Alors là je suis scotché, voici bien une question que je ne m'étais jamais posée ! Comme quoi, ce qui nous parait anodin et commun est toujours le fruit d'une grande idée. Je connaissais le
préfet Poubelle, mais pas ce bon Monsieur Mercier !


Merci de ce partage 


Aralf



harry-l-blackbird et elsapopin 09/10/2010 13:53



merci de ce commentaire... pour les petites découvertes comme celle de l'inventeur des trottoirs c'est au bon vieil almanach vermot qu'il faut dire merci. celui date de 1938.


 


EH oui l'almanach Vermot est une source inépuisable de " petites découvertes " sans compter que c'est généralement bien écrit. c'est pourquoi moi qui en suis devenu fan je l'épluche chaque
semaine et découvre de ci de la des petites pepétes que le dix vins blog met en ligne tchoun elsapopin