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Publié par elsapopin

La télévision qui fait partie de la vie courante aux États-Unis, commence à se répandre commercialement en France. Bien que le nombre des postes récepteurs sont encore limité, personne n'a plus le droit chez nous d'ignorer qui sera demain dans de nombreux foyers, comme l'est aujourd'hui le poste de radio.  Nous avons d'ailleurs tout lieu d'être fiers de cette réalisation car notre pays, en dépit de la modicité de ses réalisations, a su acquérir la première place dans le monde en ce qui concerne la technique.

Un peu de technique

Puisque nous en sommes à la technique, rappelons le principe d'une liaison en télévision : il s'agit en fait de transmettre une image animée d'un endroit à un autre, par l'intermédiaire d'une onde radio. On comprend tout de suite qu'il n 'est pas possible d'envoyer une image en une seule fois : une image, en effet, est composée d'une infinité de points plus ou moins lumineux. Pour vous en convaincre, regardez les photographies contenues dans votre journal. Pour transmettre l'image en une seule fois, il faudrait reproduire simultanément  les intensités lumineuses de chacun des points, ce qui nécessiterait autant de liaisons  que de points, c'est à dire des milliers.

Il est beaucoup plus simple de transmettre l'intensité de chaque point l'un après l'autre. Pour cela, à l'émission, on fait parcourir l'image par un " oeil électronique ", comme on lit les pages d'un livre, ligne par ligne, dans le sens horizontal. L'"oeil électronique " est influencé différemment par chacun des points contenus dans une ligne et communique ces variations à l'onde du poste émetteur.

A la réception l'inverse se produit : les modulations de l'onde influent sur l'intensité d'un faisceau qui balaie l'écran du poste, ligne par ligne, de la même façon qu'à l'émission. L'appareil dans lequel s'effectue la réception cette opération s'appelle le " tube cathodique ".

Bien entendu, ce balayage de l'image doit s'effectuer très rapidement afin de donner à l'oeil humain une impression de simultanéité. Heureusement l'oeil ne différencie pas les variations lumineuses inférieures à 1/16 de seconde. De ce fait si toute l'image est analysée point par point et reproduite dans un temps inférieur au 1/16 de seconde, l'oeil humain ne peut suivre le trajet du faisceau et il a une vision d'ensemble. Pour obtenir une marge de sécurité, on balaie l'image en 1/25ème de seconde.

Voilà qui est bien pour une image fixe, me direz-vous ; mais le mouvement, comment le rendre ? Rien n'est plus simple : l'image mobile est balayée et transmise 25 fois par seconde. On obtient ainsi en une seconde 25 positions différentes qui, à la réception, se superpose en partie dans l'oeil, grâce à la persistance des impressions sur la rétine, suivant le même processus qu'au cinéma.

Enfin les ondes que l'on est obligé d'employer en télévision ( inférieures à 10 mètres ) ne peuvent porter à plus d'une cinquantaine de kilomètres bien que les antennes soient placées le plus haut possible ( sur la Tour Eiffel pour l'émetteur de Paris ), c'est pourquoi le gouvernement à décider d'entreprendre la construction de secteurs à Lille et à Lyon.

La qualité de l'image

Maintenant que nous connaissons le principe, voyons de quoi dépend la qualité de la réception qui intéresse avant tout le " téléviseur ".

Reprenons l'exemple de tout à l'heure sur une photographie de journal. Il est bien évident que plus il y aura de points, plus la photographie sera nette, plus la " définition " sera bonne. En télévision il en est de même : plus il y a de points, c'est à dire de lignes de balayage, plus l'image est fidèle.

C'est dans ce domaine que la France tient la tête : en effet, si notre standard actuel est de 455 lignes pour un écran moyen, il a dû être porté dès le mois de novembre 1949 à 819, laissant loin derrière la Hollande,  avec 625 lignes, les États-Unis avec 525 lignes et la Grande-Bretagne avec 405. Il est vrai qu'il n'est pas impossible que ces pays améliorent rapidement leur technique.

Mais là se pose un problème : un poste conçu pour recevoir sur 455 lignes, par exemple,  ne peut capter les émissions sur 819. Chaque fois que l'on augmente la définition de l'image il faut changer le récepteur. Fabricants et acheteurs avaient de ce fait lieu d'être inquiets. Pour résoudre ce problème, le gouvernement a donné l'assurance que jusqu'au 1er janvier 1958, les émissions sur 455 lignes se poursuivraient parallèlement à celles sur 819. Ainsi les propriétaires de postes ont la certitude que ceux--ci ne deviendront pas désuets avant neuf ans.

Où  en est la télévision sur le plan commercial

Alors que les Etats-Unis comptent 1600000 récepteurs en fonctionnement et la Grande Bretagne 150000, la France n'en possède que 10000. Alors que les EU ont 83 émetteurs ou relais d'émissions, la France n'en compte qu'un seul, comme d'ailleurs la Grande Bretagne. L'Union Soviétique n'en possède pas encore mais le plan quinquennal prévoit la construction de cinq studios. Enfin, tandis que le nombre d'heures d'émission par semaine et par poste est  de 36 aux EU et de 30 en Grande-Bretagne, il n'est que de 22 en France.

Le retard de notre pays est dû à l'insuffisance des crédits accordés par l'Etat pour la création de nouveaux postes émetteurs et par le coût des appareils récepteurs qui est de l'ordre de 100000 francs, en Grande-Bretagne il revient à la moitié et aux États-Unis au quart.

Espérons que tous les efforts seront tentés rapidement pour que la télévision française serve au divertissement et à l'instruction du plus grand nombre de citoyens.

Article du samedi 24 février 1951 - François Noël

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