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Publié par elsapopin

Le 6 août 1840, vers trois heures du matin, un brigadier de douanes nommé Guilbert, qui était de service à Wimereux, entendit des bruits qui lui parurent suspects. D'un vapeur, mouillé à un quart de lieue de la côte, s'était détaché un canot qui, secrètement, avait gagné le rivage. des soldats en armes avaient alors débarqué. Quatre fois cette manoeuvre se reproduisit.

Intrigué, Guilbert, suivi de quelques-uns de ses hommes, s'avança enfin vers la petite colonne qui s'était formée sur la plage.

- Qui êtes-vous ? jeta-t-il, et que faites-vous à cette heure-ci ?

- Nous sommes des soldats du 40é de ligne qui changeons de garnison, lui répondit l'officier. Le navire qui nous porte a subi une avarie.

Curieux par nature et par profession, le brigadier des douanes continua d'avancer. Il Tentative_de_Boulogne.JPGvit alors qu'une soixantaine de soldats et d'officiers avaient débarqué. A leur tête se trouvait un général  aux cheveux gris paraissant âgé d'environ soixante ans.

- Vous allez nous conduire à Boulogne, ordonna-t-il.

- Mille regrets, répondit Guilbert, mais je ne puis quitter mon poste.

- De gré ou de force, vous le ferez, jeta un officier d'un ton tranchant.

D'instinct le brigadier fit un pas en arrière, tandis qu'une angoissante question se posait pour lui : Ces hommes revêtus d'uniformes étaient-ils vraiment des soldats ?

Voyant son hésitation, un officier dégaina, et, le menaçant de son sabre, lança :

- Allez, pas de résistance ou sans cela !...

Trop tard pour lui, Guilbert crut comprendre qu'il se trouvait  en face de conspirateurs. Un instant plus tard, contraint de conduire ces faux soldats vers Boulogne-sur-Mer, il entendit l'un d'eux lui glisser d'un ton engageant :

-  Savez-vous qui vous escortez ? C'est le prince Napoléon !

Le conjuré ne bluffait pas :  c'était Bien Le prince Louis Napoléon Bonaparte, neveu de l'empereur, qui se trouvait parmi ces conspirateurs et pour qui cette poignée d'hommes allaient tenter un coup d'état : essayer de renverser le gouvernement de Louis-Philippe pour asseoir le futur Napoléon III sur le trône.

Ce n'était pas la première fois que ce jeune homme de 32 ans  à la face pâle et maigre, à la physionomie fermée, flegmatique, aux yeux bleus perdus dans le rêve, se risquait dans une pareille aventure. Quatre ans auparavant Louis Napoléon Bonaparte avait essayé de soulever en sa faveur la garnison de Strasbourg ; il avait piteusement échoué et avait été expulsé de France.

Retiré à Londres, il avait formé une nouvelle conspiration : par l'entremise de quelques-uns de ses partisans, il avait acheté à Paris, chez un fripier du faubourg du Temple, plusieurs dizaines d'uniformes français. Un industriel anglais de Birmingham lui avait vendu des fusils. Enfin, des amis de Paris, avaient engagé à son service comme domestiques nombre d'anciens soldats, qui avaient été dirigés sur Londres ; mais ses derniers ignoraient les projets du prince et ce qu'on attendait d'eux.

A Lille se trouvait un ancien officier de Napoléon 1er, le général Magnan, qu'on croyaitgeneral-magnan.jpg bonapartiste. Mais quand un des fidèles du Prince Louis Napoléon, le chef d'escadron Mesonan, avait proposé à Magnan de servir son idole, ce dernier avait refusé catégoriquement. Devant cet échec, Louis Napoléon s'était rabattu sur Boulogne : c'était là que son sort se déciderait.

Boulogne-sur-mer ne comptait alors comme troupes que deux compagnies du 42é régiment de ligne. Dans ce corps, Louis Napoléon n'avait qu'un fidèle : le lieutenant Aladezine. C'était peu, on l'avouera...Mais le prétendant espérait soulever les troupes en sa faveur, puis marcher sur Paris.

Le 4 août, Louis Napoléon Bonaparte s'était embarqué avec une soixantaine d'hommes sur l'Edimburg Castle, un navire anglais qu'il avait loué. Le lendemain il avait réuni sur le pont tous les fidèles et anciens soldats qu'il avait engagés, il leur avait enfin avoué le but de cette expédition.

- " Dans quelques jours, nous serons à Paris, et l'histoire dira que c'est avec une poignée de braves tels que vous que j'ai accompli cette grande et glorieuse entreprise ".

En réponse, les fidèles de Louis Napoléon avaient clamé :

- " Vive l'Empereur "

Tandis que les anciens soldats engagés comme pseudo-domestiques s'étaient entre-regardés l'air interdit ou vaguement inquiet : dans quelle dangereuse aventure allait-on les entraîner ?

 

La suite le 14 mai prochain

Photos : La tentative de Boulogne - Général Magnan

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