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Publié par elsapopin

LE COURRIER DU TSAR

 

Si extravagante qu'elle puisse vous paraître , l'istoire bouffonne que vous allez lire est absolument autentique. Elle s'est passée, aux chemins de fer de l'état, vers 1905-1906. La plupart des employés qui jouèrent un rôle dans cette galégade sont encore de ce monde, mais ils sont tous en retraite. Seul le éros de l'aventure est décédé depuis bien longtemps mais son souvenir, lui, est bien vivant. On continue à raconter dans les bureaux, ses multiples exploits, dont certains, véritablement sont déconcertants. Bien entendu le nom qu'il porte dans mon récit, très fidèle, n'est pas le sien. J'ai changé également celui des autres personnages.

EG. GLUCK

 

Donc au début du siècle, Narcisse Lecardinois était expéditionnaire au réseau, qui revendique maintenant, non sans raison, le beau titre de " réseau modèle ".

Comme beaucoup d'autres, il n'était pas satisfait de son sort, mais il se consolait, dans le commerce des Muses, des déboires que lui causait une administration ingrate. 

En effet à cinquante ans passés, Lecardinois à qui, depuis vingt cinq années, était dévolue l'importante mission de décalquer le courrier quotidien, Lacardinois n'avait que trois mille francs d'appointements et il n'oser plus caresser l'espoir de devenir un jour expéditionnaire principal.

Par bonheur, quelques rentes venaient, fort à propos, compléter ses modestes émoluments.

Et il vivait en somme dans l'aisance. Un ménage sans enfant qui, au temps heureux d'avant la guerre, disposait d'environ six mille francs, pouvait mener au existence assezchandelle agréable... C'est ce que  ses collègues faisaient observer à Narcisse, quand il gémissait sur les injustices du tableau d'avancement.

- " Tu a du toupet, toi, de te plaindre ! toi qui as de la fortune...! Nous qui n'avons que des charges, qu'est-ce que nous dirons alors, si toi tu protestes !

A quoi notre homme ne manquait pas de répliquait qu'il s'élevait toujours contre le préjudice moral qu'il subissait.

- " Enfin, s'écriait-il souvent avec amertume, enfin sapristi ! je vois un tas de blancs-becs nommés rédacteurs, alors que moi, qui fait de la littérature, je suis toujours affublé du titre d'expétionnaire ! C'est un non-sens ! Un non-sens scandaleux !

Et quand il était dans une de ces heures de découragement, il imaginait des représailles terribles contre ses supérieurs...

- " Puisqu'ils s'obstinent à me méconnaître, disait-il, je ne leur offrirai pas mon prochain recueil de poésies. "

Mais les poètes ont des trésors d'indulgence. Quand le volume paraissait, édité naturellement aux frais de l'auteur, Narcisse Lecardinois, heureux de voir son nom imprimé, oubliait sa rancune, pourtant légitime, et s'empressait d'apporter à son chef de bureau et à son chef de division un exemplaire, tirés sur Hollande, et dont la valeur s'accroissait d'une flatteuse dédicace.

Cette munificence offusquait Prosper Boutot , le vieux commis d'ordre.

- " Dieu que vous êtes bête, s'écriait-il, si vous croyez que les manitous de la boite vont vous savoir gré de votre amabilité !...Ils font des gorges chaudes de votre oeuvre !

- " je me moque de l'opinion des sots, répliquait Narcisse vexé. Tous les potentats de l'administration peuvent tourner en dérision ce que j'écris, ils n'empêcheront pas que ma plume m'ait valu ceci ! Et Lecardinois désignait le ruban violet dont s'ornait sa boutonnière.

- Elle vous vaudrez bien d'autres décorations, si vous étiez tant soit peu intrigant ! dit un jour Lucien Michois, un jeune rédacteur qui, par son élégance, impressionnait le poète.

Et il exposa qu'un litterateur de ses camarades  avait obtenu cinq ou six décorations, en adressant,  aux souverains d'Europe et d'Asie, des vers à l'occasion de leur fête, de leur anniversaire ou de la naissance de leurs enfants...

Narcisse Lecardinois répliqua avec hauteur :

- " Mon cher, quand on est aussi républicain que je le suis, on n'écris pas pour les rois ou les empereurs !

Cependant, ayant lu le lendemain que la tsarine venait de mettre au monde une fille, il estima qu'il pouvait célébrer cet événement, les Russes étant nos amis et nos alliés....

 

A suivre vendredi prochain....

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