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Publié par dix vins blog

 

Les acrobates de l'arithmétique sont des phénomènes qui ont toujours intrigué vivement le public.

Jules César, dit-on, était capable de dicter trois lettres en même temps, tout en en écrivant lui-même une quatrième. De Napoléon 1ér on raconte aussi des tours de force analogues. Thémistocle passe pour avoir eu une mémoire infaillible : il connaissait parfaitement, dit-on, le nom de tous les citoyens d'Athènes. Et Sénèque, le philosophe raconte de lui-même qu'il pouvait répéter sans faute deux mille vers après les avoir entendus réciter une seule fois.

Le fait pour être rare n'est pas impossible. De nos jours nous connaissons aussi de pareils acrobates de la mémoire. Par exemple, le jeune Franck Huxley, qui mourut en 1929 âgé de dix-neuf ans et qui, dès l'âge de huit ans, avait étonné un collège de professeurs en répétant sans une faute, après une seule lecture, un texte qui lui était totalement étranger et qui ne comptait pas moins de douze pages.

200px-Zerah_Colburn.gifUn don de la même sorte était départi à un enfant de treize ans, Zerah Colburn, dont le calcul de tête était la spécialité. En trois minutes il donnait des résultats, qui ne peuvent être obtenus à l'aide  de la table des logarithmes qu'en dix minutes minimum, en se servant uniquement d'un papier et d'un crayon.

Un autre spécialiste de la mémoire, qui s'exhibe sur les scènes anglaises et dont le pseudonyme, Datas, est tiré de sa spécialité, à accumuler dans sa cervelle toutes les dates historiques possibles et imaginables de sorte  qu'il est en mesure de répondre instantanément à toute question portant sur ce sujet. Il peut, par exemple, dire le jour exact auquel a eu lieu telle ou telle bataille de l'Antiquité ou des Temps Modernes, quand tel roi ou tel ministre a commencé de régner, quand il est mort etc...

En France, nous avons l'extraordinaire calculateur Inaudi, qui fit l'étonnement non seulement des foules qui viennent l'applaudir, mais aussi des savants.

Mais le plus étonnant de tous ces monstres de la mémoire, est sans doute l'Allemand Fred Brauns. A seize ans,il passait à la fois,en se jouant, son doctorat de médecine, son doctorat ès lettres et son doctorat juridique ! Pour se rendre compte de l'exactitude avec laquelle travaille son cerveau, un exemple suffit : lors d'une représentation à Dresde, un spectateur lui demande la racine carrée du nombre 8503052944. Brauns donna très vite la bonne réponse : 92212. Mais il ajouta qu'il était extraordinaire que la même question lui eût été posée deux ans auparavant à Hambourg. le spectateur qui l'avait interrogé reconnut qu'il avait en effet posé la même question à Brauns à Hambourg, deux ans plus tôt. Brauns ne se sert d'aucune supercherie. Il a naturellement des méthodes à lui pour résoudre les problèmes. D'une part il se rappelle les chiffres visuellement et, d'autre part il se rappelle auditivement. Pour résoudre les problèmes, il a également deux méthodes, il individualise les chiffres : c'est-à-dire qu'il les sépare en leurs facteurs premiers, ou bien en la somme déclarée. Voici, par exemple, comment il procède pour le chiffre 149.

- " Je partage ce nombre en deux nombres, dit-il, l'un est 100 et l'autre 49, c'est à dire 10 au carré et 7 au carré. Le nombre 100 je le partage à son tour en deux carrés, 64 et 36, 64 étant 8 au carré et 36 étant 6 au carré. J'obtiens ainsi 149 : 6 au carré plus 7 au carré. Ainsi je fais un instrument docile de chaque chiffre ingrat." C'est encore Brauns qui, en 1928, a fait un match contre vingt machines à calculer, résolvant les vingt problèmes alors que le meilleur concurrent muni d'une machine à calculer n'en avait encore résolu que quatre ! Et qui aussi réussit ce tour de force de se faire lire en même temps trois article de trois journaux de langues différentes ( allemand, anglais, français ) et de répéter ensuite sans faute dans la langue originale le contenu exact des trois articles.

On pourrait multiplier les exemples de ces mémoires extraordinaires, il resterait à savoir ce que prouve de pareils exercices. Rien, sinon que ceux qui en sont capables sont des phénomènes, presque des monstres ! On ne doit pas attacher trop d'importance a ces amusements. Les parents et aussi certains maîtres sont parfois tentés d'attribuer un trop grand prix à l'éducation de la mémoire. cette éducation a du bon mais à condition de ne pas être exclusive. Là comme ailleurs, c'est un développement harmonieux qui est nécessaire avant tout et il est peut-être moins important de savoir seriner une fable que d'exercer d'autres compartiments de sa mémoire que l'on néglige d'une façon systématique ; par exemple la mémoire visuelle.

Ne serait-il pas plus utile cependant de pouvoir décrire correctement un tableau ou une scène après les avoir vus, que d'apprendre par cur cent vers latin ou même français ?

Almanach Vermot - dimanche 15 mai 1938

Almanach Vermot 1938 - Les calculateurs prodiges

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